Gilles VILLENEUVE
 G.VILLENEUVE
Ferrari
Alan JONES
 A.JONES
Williams Ford Cosworth
Clay REGAZZONI
 C.REGAZZONI
Williams Ford Cosworth

327e Grand Prix

XVIII Grand Prix du Canada
Ensoleillé
30 septembre 1979 - Montréal
72 tours x 4.410 km - 317.520 km
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
A. Jones et G. Villeneuve, roues dans roues durant la totalité du Grand Prix.

Jody Scheckter et Ferrari ont obtenu à Monza les deux titres de champions du monde pilotes et constructeurs. L'enjeu concerne désormais les places d'honneur. Avec respectivement 38, 36 et 34 points, Gilles Villeneuve, Jacques Laffite et Alan Jones luttent pour le titre de vice-champion du monde des conducteurs. Chez les constructeurs, Williams et Ligier sont au coude-à-coude pour devenir dauphine de la Scuderia. Un point les sépare.

Porté par un public enthousiaste, passionné et sympathique, Gilles Villeneuve, le « petit prince de la Formule 1 », est évidemment le favori de cette course. Il a triomphé sur l'Île Notre-Dame en 1978 et compte bien conserver ses lauriers.

 

Deux nouveaux pilotes sont engagés sur cette épreuve. Emerson et Wilson Fittipaldi ont confié une seconde Copersucar F6A au Brésilien Alex Ribeiro que l'on a déjà aperçu aux volants d'Hesketh et de March en 1976 et 1977. Ken Tyrrell engage une troisième 009 pour l'Irlandais Derek Daly, qui a déjà piloté cette voiture avec brio en Autriche, et qui devrait remplacer l'année suivante Didier Pironi, en partance chez Ligier.

 

Brabham a rompu ses relations avec Alfa Romeo et présente au Canada sa nouvelle BT49 à moteur V8 Ford-Cosworth, conçue par Gordon Murray et bâtie en onze semaines. Ce nouveau modèle est plus long mais plus léger que la BT48. C'est une belle monoplace, sans innovation patente, mais simple et parfaitement homogène. La coque se distingue par un alliage d'aluminium et de fibre de carbone. Le réservoir est plus petit car le V8 Cosworth consomme moins d'essence que le V12 Alfa Romeo. Au niveau aérodynamique, le fond plat est modelé afin d'offrir une meilleure déportance. La voiture est plus adhérente et plus rapide en virage.

 

Niki Lauda quitte la Formule 1

Niki Lauda a signé un contrat de deux millions de dollars avec Brabham pour la saison 80, mais il n'est pas heureux. Il a connu une saison calamiteuse au volant de la Brabham-Alfa, ne finissant que deux courses et n'inscrivant que quatre misérables points. Malgré ses excellents rapports avec son équipier Nelson Piquet, il a perdu sa motivation et s'intéresse surtout à sa compagnie aérienne Lauda Air fondée un an plus tôt. A Montréal, son moral est au plus bas. L'arrivée de la nouvelle Brabham ne lui procure aucune excitation. Le vendredi matin Niki effectue quelques tours de roue lorsque l'évidence lui apparaît : le pilotage ne l'intéresse plus. Il regagne son stand et s'entretient avec Bernie Ecclestone auquel il fait part de son désir de se retirer immédiatement. Ecclestone comprend la lassitude de son pilote, annule son contrat et accepte de le libérer sur le champ. Quelques minutes plus tard, Niki Lauda, champion du monde de F1 en 1975 et 1977, le pilote le plus célèbre du monde, quitte le Québec et la Formule 1 en catimini.

 

Le paddock est abasourdi par sa décision. Lorsqu'il croise des journalistes, il leur explique sereinement : « Les gens en font toute une histoire, mais pourquoi ne pourrais-je pas être comme l'homme de la rue, me sentir las, et avoir envie de faire autre chose ? » Son ami James Hunt, qui fait ici ses débuts en tant que commentateur pour la BBC, l'approuve : « Je crois qu'il a raison. Lorsqu'on en arrive à s'interroger sur le danger de tel ou tel virage [...] et qu'on lève le pied alors que les autres passent à fond, c'est qu'il est temps d'arrêter. » Et ce même vendredi après-midi, Lauda entame sa nouvelle vie : il est à Los Angeles afin de négocier l'achat d'un nouveau Lear Jet pour sa compagnie.

 

Bernie Ecclestone doit cependant trouver un nouveau pilote. Il tombe sur Ricardo Zunino, un Argentin qui a quelque expérience en Formule Aurora et en Formule 2, présent par hasard sur le circuit. Zunino est loin d'être un as, mais Ecclestone n'a pas l'embarras du choix : il lui confie la combinaison et le casque de Lauda, et voici ce malheureux contraint de faire immédiatement ses preuves, qui plus est au volant d'une voiture toute neuve !

 

Alfa Romeo brimée par la FOCA

Pendant qu'éclate la « bombe Lauda », l'agitation gagne le stand Alfa Romeo. L'équipe italienne a apporté cette fois deux 179 pour Bruno Giacomelli et Vittorio Brambilla. Mais ceux-ci ont pris la piste sans y être autorisés. En effet trente voitures sont engagées et le circuit ne peut en admettre que vingt-huit. Les organisateurs ont donc décidé de mettre en place une séance de pré-qualification à laquelle seront soumises la Tyrrell de Daly, la Copersucar de Ribeiro... et les deux Alfa. Peu après la FOCA, à laquelle n'est pas affiliée Autodelta, demande aux autorités d'admettre automatiquement Ribeiro et Daly aux essais officiels au détriment des Alfa. Carlo Chiti et les autres responsables italiens tempêtent et mettent en avant leur statut de constructeur automobile, arguant que jamais Renault n'a été soumise à un tel traitement.

 

Finalement un compromis est trouvé : une seule Alfa Romeo sera autorisée à se qualifier. Vittorio Brambilla est pour cela choisi. Bruno Giacomelli va rester sur la touche.

 

Les qualifications

Les Williams retrouvent le haut de la feuille des temps sur ce tracé de Montréal, même si les Ferrari y sont à l'aise grâce à la souplesse de leur moteur. La bataille pour la pole position oppose Jones à Villeneuve. Elle est remportée par l'Australien pour six dixièmes de seconde. Regazzoni est troisième sur la grille aux côtés de Piquet dont la nouvelle Brabham-Ford-Cosworth impressionne. Cette fois Laffite ne trouve rien à redire au comportement de sa Ligier et se classe cinquième devant la Tyrrell de Pironi. Le tracé de Montréal ne favorise par le moteur turbo. Au volant d'une nouvelle RS14, Jabouille est septième devant Arnoux. A cause de problèmes de freins, le nouveau champion du monde Scheckter ne s'élance que du neuvième rang. Viennent ensuite les Lotus d'Andretti et Reutemann. Stuck continue de progresser avec l'ATS et se hisse en douzième position. La septième ligne est composée de Jarier et de Patrese. Ce dernier a repris l'ancienne Arrows A1 car un nouveau train arrière installé sur l'A2 ne marchait pas du tout. Avec ce modèle Mass n'a pas réussi à se qualifier...

On retrouve ensuite les McLaren, les Shadow, la Copersucar de Fittipaldi, l'Alfa Romeo de Brambilla et la Tyrrell de Daly. Pour ses débuts Zunino est dix-neuvième. Rebaque parvient à qualifier sa propre voiture au vingt-deuxième rang.

 

Mass, Surer, Rosberg, Ribeiro et Merzario sont éliminés. Rosberg a détruit la Wolf WR9 et a dû utiliser la WR8 de réserve avec laquelle il n'a pas réussi à se qualifier. Walter Wolf est humilié dans son pays...

 

Le Grand Prix

Le dimanche le temps est couvert et frais sur Montréal, du moins une heure avant le départ. Car ensuite le ciel se dégage et la température augmente. Le choix des pneumatiques devient alors problématique. Afin de rattraper sa mauvaise qualification, Jody Scheckter décide de partir en pneumatiques Michelin très tendres.

 

Départ : Excellent envol de Villeneuve qui prend la première place à Jones. Suivent Regazzoni et Piquet. Plus loin Scheckter a essayé de déboîter les deux Renault mais a mis quatre roues dans l'herbe, levant un nuage de poussières.

 

1er tour : Villeneuve mène devant Jones, Regazzoni, Piquet, Pironi, Laffite, Andretti, Arnoux, Jabouille et Stuck. Scheckter ne pointe qu'au douzième rang.

 

2e : Roues dans roues, Villeneuve et Jones s'échappent au commandement. Laffite double Pironi.

 

3e : Regazzoni a monté des pneus trop durs et ne peut pas suivre les deux premiers. Piquet le menace. Andretti double Pironi tandis que Scheckter prend la onzième place à Reutemann.

 

4e : Jabouille prend la huitième place à Arnoux et Scheckter dépasse Stuck.

 

5e : Villeneuve et Jones se suivent de près et possèdent quatre secondes d'avance sur Regazzoni qui emmène derrière lui Piquet et Laffite. Scheckter double Arnoux et Reutemann passe Stuck.

 

6e : Scheckter continue sa remontée et double Jabouille.

 

7e : Piquet se fait pressant derrière Regazzoni. Scheckter prend la septième place à Pironi. Rebaque entre à son stand pour résoudre un souci technique.

 

8e : Piquet déborde Regazzoni dans l'enchaînement des virages 3 et 4. Laffite est aussi sur les talons du Tessinois. Scheckter double Andretti.

 

9e : Jabouille entre au stand Renault pour faire vérifier ses freins qui fonctionnent mal.

 

10e : Villeneuve mène avec une seconde d'avance sur Jones. Scheckter remonte rapidement sur le groupe de tête. Reutemann double Pironi. Laffite revient au stand Ligier, moteur cassé suite à une défaillance de soupape. Jabouille a repris la piste.

 

11e : Reutemann déborde Andretti à l'épingle du Casino au prix d'une manœuvre hardie. Peu après Lammers part en tête-à-queue à cette épingle. Les commissaires poussent la Shadow et le Hollandais reprend sa route.

 

13e : Villeneuve mène devant Jones (0.7s.), Piquet (7s.), Regazzoni (9s.), Scheckter (15s.) et Reutemann (19s.). Suivent Andretti, Pironi, Arnoux, Stuck, Jarier, Brambilla, Ickx, Daly, puis une longue chenille emmenée par Patrese qui sert de bouchon.

 

15e : Dans la partie sinueuse après les stands, Stuck manque un freinage et emboutit l'arrière de la Renault d'Arnoux. Les deux pilotes s'arrêtent quelques mètres plus loin et sont « out ». Les pneus très tendres montés par Scheckter sont déjà usés par sa remontée : le voici qui regagne les stands.

 

16e : Scheckter monte un train de pneus neufs et reprend la piste en dix-septième position.

 

18e : Villeneuve et Jones continuent leur duel et se suivent parfaitement.

 

20e : Une demi-seconde sépare Villeneuve et Jones. Piquet a huit secondes de retard, Regazzoni douze secondes. Viennent ensuite à vingt-cinq secondes les Lotus de Reutemann et Andretti.

 

20e : Tambay immobilise sa McLaren dans l'herbe avec un moteur muet.

 

21e : Patrese bloque ses roues arrière au freinage de la petite chicane qui précède l'épingle. L'Arrows part en tête-à-queue dans la pelouse. Le moteur cale et Patrese n'a plus qu'à dégrafer son harnais.

 

23e : Piquet commence à se rapprocher des deux leaders. Reutemann ralentit soudainement à cause d'un bris du support de sa suspension arrière et regagne son garage.

 

25e : Piquet est revenu à cinq secondes de Villeneuve et de Jones. Jabouille abandonne à cause de ses freins défaillants. Jarier rencontre lui aussi des problèmes de freins et se fait doubler par Brambilla et Ickx.

 

26e : De Angelis renonce à cause d'une panne de distributeur.

 

27e : Une hécatombe s'abat sur le plateau : Rebaque abandonne suite à la rupture de son support moteur.

 

28e : Piquet n'est plus qu'à quatre secondes de Jones, visiblement ralenti par Villeneuve.

 

29e : Le moteur de Daly explose à l'épingle. L'Irlandais s'arrête dans l'herbe.

 

30e : Villeneuve mène devant Jones (0.5s.), Piquet (4.8s.) et Regazzoni (18s.). Andretti est isolé au cinquième rang et précède Pironi, en proie comme son équipier a des soucis de freins, Brambilla, Ickx, Jarier et Scheckter.

 

31e : Jones est gêné par Lammers en lui prenant un tour. Heureusement pour lui, Piquet commence à perdre du terrain.

 

32e : Au ralenti, Zunino regagne le stand Brabham pour faire réparer sa commande de boîte. Il va repartir avec trois tours de retard.

 

33e : Jarier rejoint la liste des abandons à cause d'une panne d'allumage frappant sa Tyrrell.

 

35e : Villeneuve et Jones sont toujours roues dans roues tandis que Piquet est maintenant décroché. Regazzoni roule à vingt secondes de la tête de course. Scheckter prend la huitième place à Ickx.

 

37e : Scheckter double maintenant Brambilla. Le voici septième, mais il a une trentaine de secondes de retard sur Pironi.

 

40e : Villeneuve et Jones prennent un tour au duo Brambilla – Ickx. Le Belge profite de la confusion pour doubler l'Italien.

 

42e : Les deux leaders reviennent sur Scheckter qui les laisse passer très sportivement.

 

44e : Scheckter est l'un des pilotes le plus rapides en piste et remonte sur Pironi. Cependant ses chronos restent inférieurs à ceux des deux leaders, tandis que Piquet semble maintenant se contenter de sa troisième place.

 

45e : Villeneuve mène devant Jones (0.8s.), Piquet (11s.), Regazzoni (26s.) et Andretti (1m.). Suivent Pironi, Scheckter, Ickx, Brambilla et Watson.

 

47e : Ickx regagne le stand Ligier avec une boîte de vitesses cassée. Il n'y a plus que douze voitures en piste.

 

48e : Jones jette toutes ses forces dans la bataille avec Villeneuve qui ne cède toujours pas. Voilà plus d'une heure que ces deux solides pilotes se suivent sans se toucher. Scheckter les suit d'assez près, avec une boucle de retard.

 

49e : Brambilla rencontre des problèmes d'alimentation. Il revient au stand Autodelta. Ses mécaniciens changent sa platine d'allumage et il repart derrière Watson.

 

50e : Jones s'impatiente et est maintenant collé à l'arrière de la Ferrari de tête. Pendant ce temps-là Piquet rencontre des soucis avec sa boîte de vitesses et est menacé par Regazzoni.

 

51e : Villeneuve commet une petite erreur en sortant de la troisième chicane. A l'abord de l'épingle du Casino Jones plonge à l'intérieur et le déborde. Villeneuve tente aussi de prendre la corde et les deux voitures franchissent le virage côte à côte. Les roues se frôlent, mais Villeneuve est bien obligé de s'incliner. Jones s'empare du commandement.

 

52e : Jones prend aussitôt une seconde d'avance sur Villeneuve mais ce dernier ne baisse pas les bras, encouragé par le public.

 

54e : Brambilla met pied à terre, ses problème de moteur n'étant pas résolus.

 

55e : Jones mène devant Villeneuve (1.5s.), Piquet (33s.), Regazzoni (35s.), Andretti (1m. 30s.) et Pironi (1m. 35s.). Scheckter est septième à un tour devant Watson, Fittipaldi, Zunino et Lammers.

 

56e : Fittipaldi s'arrête à son stand pour résoudre des soucis de transmission et de freins. Il va repartir quelques minutes plus tard.

 

58e : Regazzoni attaque et double Piquet dont la boîte de vitesses est à l'agonie. De son côté Scheckter dépasse Pironi, en délicatesse avec ses freins, et entre ainsi dans les points.

 

59e : Insatiable, Scheckter dépasse Andretti qui n'est pas en mesure de résister puisqu'il est privé de premier et de quatrième rapport.

 

60e : A douze tours du but, Jones mène avec deux secondes d'avance sur Villeneuve qui se maintient dans son sillage. Regazzoni est troisième à plus de quarante secondes.

 

62e : Piquet regagne son stand avec une boîte de vitesses détruite. Au moins la Brabham BT49 a fait une très belle impression pour sa première sortie. Scheckter récupère la quatrième place. Il précède Pironi qui vient de doubler Andretti.

 

64e : Jones n'est pas assuré de la victoire puisqu'il n'a qu'une seconde et demie d'avance sur Villeneuve.

 

65e : Jones réalise le meilleur tour de la course : 1'31''272'''.

 

66e : Villeneuve réplique à Jones avec un beau chrono : 1'31''467'''.

 

68e : Andretti tombe en panne d'essence et doit stopper sa Lotus sur le circuit. Watson récupère la sixième place.

 

70e : Une seconde et demie sépare toujours Jones et Villeneuve. Watson tombe lui aussi en panne sèche, mais par chance il a le temps de regagne son stand. Ses mécaniciens le ravitaillent et il peut repartir pour les deux derniers tours sans avoir perdu de place.

 

71e : Jones s'inquiète pour sa consommation d'essence. Frank Williams a ordonné à ses mécaniciens de se préparer à le ravitailler car il craint une panne sèche.

 

72ème et dernier tour : Alan Jones a tenu bon et remporte sa quatrième victoire de la saison après un superbe duel avec Villeneuve qui cette fois échoue au deuxième rang au Québec. Regazzoni termine troisième, à près d'un tour de son équipier. Le nouveau champion du monde Scheckter rallie l'arrivée au quatrième rang. Pironi et Watson prennent les derniers points. Zunino est septième pour son premier Grand Prix. Fittipaldi et Lammers terminent avec cinq boucles de retard.

 

Après la course

Jones effectue le tour d'honneur en brandissant le drapeau à damiers, mais n'est guère acclamé par un public tout acquis à Villeneuve. C'est injuste car l'Australien a une nouvelle fois démontré qu'il était un combattant des plus coriaces. Jamais il n'a laissé Villeneuve respirer pendant cinquante tours avant de le « cueillir » superbement au freinage de l'épingle. Villeneuve est amer : « Gagner ici c'était formidable. Finir deuxième, c'est un cauchemar... »

 

La deuxième place de Villeneuve lui assure quasi la deuxième place au championnat du monde, puisque pour le déloger, Laffite devra l'emporter à Watkins-Glen sans que le Canadien n'inscrive un point. De son côté Williams-Ford-Cosworth est aussi presque assurée de la deuxième place de la coupe des constructeurs.

Tony