Carlos REUTEMANN
 C.REUTEMANN
Lotus Ford Cosworth
Jacques LAFFITE
 J.LAFFITE
Ligier Ford Cosworth
John WATSON
 J.WATSON
McLaren Ford Cosworth

314e Grand Prix

XV Gran Premio de la Republica Argentina
Ensoleillé
21 janvier 1979 - Buenos Aires
53 tours x 5.968 km - 316.304 km
Course interrompue après 1 tour suite à un carambolage, relancée pour la distance originale.
Affiche
F1
Coupe

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Constructeur
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Présentation de la saison

Lotus a dominé la saison 1978 grâce à la 79 à effet de sol. Mais ce concept est adopté pour cette nouvelle année par la plupart des équipes, aussi Colin Chapman doit encore innover. Il a en tête la future Lotus 80, mais en attendant sa sortie la 79 est encore en course. Mario Andretti entend évidemment conserver sa couronne mondiale. Mais il aura fort à faire avec son nouvel équipier Carlos Reutemann. Avec Ferrari « Lole » a arraché quatre victoires aux Lotus en 78 et espère bien cette fois-ci jouer les premiers rôles. John Player Special s'étant retiré, l'équipe est désormais financée par Martini qui a abandonné Brabham. Les Lotus abandonnent le noir pour leur couleur verte originelle.

 

Sous la férule de Marco Piccinini, Ferrari a plutôt bien résisté aux Lotus 79 l'année précédente. Cependant pour cette saison Mauro Forghieri est contraint de construire une 312 T4 à effet de sol. Elle ne sera prête qu'en Afrique du Sud. La T3 reprend du service pour la « Temporada ». Jody Scheckter est le nouveau leader de la Scuderia et est associé à Gilles Villeneuve qui entame sa deuxième saison complète chez les Rouges. Cette association s'annonce explosive. Personnage entier et revêche, pilote très rugueux, Scheckter semble mal assorti à un Villeneuve dont l'intrépidité flirte parfois avec l'inconscience. La presse italienne fait déjà ses choux gras de leur future rivalité.

 

Pour 1979 Bernie Ecclestone a demandé à Alfa Romeo de remplacer le Flat 12 par un V12 plus étroit, et ce afin de concevoir une voiture à effet de sol. Gordon Murray a ainsi imaginé la belle Brabham BT48 qui se singularise par un aileron arrière considérablement abaissé, placé dans le prolongement des pontons. Murray pense que l'effet de sol créera suffisamment de déportance pour réduire la traînée de l'aileron. Niki Lauda espère que cette deuxième saison chez Brabham sera meilleure que la première. L'Autrichien n'est pas sans exprimer une certaine lassitude, et se distrait en jetant les bases de sa propre compagnie aérienne. Son nouvel équipier est le Brésilien Nelson Piquet, champion d'Angleterre de F3, qui a effectué de très bons débuts en Formule 1 fin 78.

 

Ligier a vécu une petite révolution avec le retrait de Matra. Désormais les voitures bleues sont propulsées par le V8 Ford-Cosworth. Gérard Ducarouge a conçu une JS11 exploitant l'effet de sol qui a fait l'objet d'études très poussées en soufflerie en collaboration avec le cabinet parisien SERA. Sa grande fluidité impressionne les journalistes. Pour la première fois Guy Ligier engage deux pilotes. Jacques Laffite voit non sans crainte arriver à ses côtés Patrick Depailler. Les deux hommes semblent complémentaires : si Laffite apparaît intrinsèquement plus rapide que Depailler, celui-ci apporte un bagage technique et une professionnalisme qui font largement défaut à « Jacquot ».

 

McLaren doit se relancer après une très mauvaise année 78. John Thompson a conçu la très massive M28, voiture à effet de sol dont toutes les suspensions sont intégrées au châssis afin de perturber le moins possible le flux d'air sur la voiture. Teddy Mayer a conservé Patrick Tambay, encore inconstant mais sérieux. Il avait signé un contrat de premier pilote avec Ronnie Peterson. Celui-ci disparu, il a recruté John Watson qui est un pilote très solide sur lequel une bonne équipe peut compter. Lors des premiers tours de roues de la M28 en décembre à Buenos Aires, l'Irlandais a réalisé un excellent chrono qui lui permet de recevoir de bons pneus de la part de Goodyear.

 

Wolf entame sa troisième saison mais a perdu son leader Jody Scheckter. Il est remplacé par James Hunt remercié par McLaren. A 32 ans le champion du monde 1976 a perdu une bonne partie de son crédit lors d'une saison 1978 catastrophique. Il a déjà annoncé son désir de se retirer fin 79, ce qui n'augure rien de bon quant à sa motivation. Harvey Postlethwaite a conçu une WR7 intégrant complètement le principe de l'effet de sol. Mais cette voiture semble générer trop d'appui à l'avant et Hunt se plaint d'un terrible survirage.

 

Ken Tyrrell se retrouve en difficultés financières car il a perdu le soutien financier de la City Bank tandis qu'Elf a réduit le montant de son enveloppe. Maurice Philippe a réalisé la 009 qui est tout simplement la copie conforme de la Lotus 79. Jean-Pierre Jarier a été recruté pour la développer car il a conduit cette Lotus fin 1978. Il est associé à son jeune compatriote Didier Pironi, un des grands espoirs du sport automobile français.

 

L'équipe Williams a été la révélation de l'année précédente. Avec la FW06 Alan Jones a frôlé la victoire à quelques reprises mais a aussi connu de nombreux soucis de fiabilité. Patrick Head peaufine encore sa FW07, et la 06 débute donc la saison. Jones associé à Clay Regazzoni qui, à bientôt 40 ans, sort de deux mauvaises saisons chez Ensign et Shadow et cherche à se relancer. Sur le plan financier Frank Williams est désormais très à l'aise puisqu'il a reçu le soutien de la société Technique d'Avant-Garde (TAG) présidée par le père du jeune homme d'affaire saoudien Mansour Ojjeh.

 

Renault a aussi mis en chantier une « wing car » tout en augmentant encore la puissance de son moteur turbo. Pour cette troisième année la Régie veut des résultats. La RS01 reprend du service pour ces premiers mois. Deux modèles sont engagés pour Jean-Pierre Jabouille et le Grenoblois René Arnoux. Comme chez Ligier, la paire semble complémentaire : Jabouille apporte son immense expérience et ses connaissances techniques, Arnoux sa jeunesse et sa fougue.

 

Copersucar-Fittipaldi a réalisé une belle saison 78 grâce à la FD5A qui expérimentait l'effet de sol. Pour 79 les frères Fittipaldi commandent à Ralph Bellamy une vraie « wing car », la FD6. Seulement celle-ci s'est montrée très sous-vireuse lors d'essais à Interlagos. Emerson Fittipaldi décide donc d'utiliser encore l'ancienne voiture pour le GP d'Argentine.

 

La première saison de l'écurie Arrows a été satisfaisante jusqu'à ce qu'elle soit condamnée pour avoir copié la voiture de Shadow. L'A1 qui a fini la saison 1978 est utilisée début 79, avec des éléments d'une « wing car »... sans en être une. Plus important Goodyear offre désormais à Arrows le traitement préférentiel réservée aux meilleurs équipes. Riccardo Patrese est toujours de l'aventure même s'il a en travers de la gorge son exclusion par ses pairs au GP des USA de septembre dernier. Le comportement en piste du jeune Italien va être très surveillé. Son équipier est Jochen Mass qui doit apporter son sérieux et son expérience.

 

Shadow rencontre une grave pénurie d'argent et pourtant Don Nichols continue l'aventure. Il s'est trouvé deux commanditaires : Samson et Interscope. Shadow s'est contentée d'adapter la DN9 à l'effet de sol, ce qui avait été heureusement déjà prévu un an plus tôt. Deux débutants ont été recrutés : le Néerlandais Jan Lammers, 22 ans, champion d'Europe de F3 en titre, et l'Italien Elio de Angelis, 20 ans, vice-champion de F3 en 1977. Celui-ci doit son volant à son père Giulio, un richissime industriel. Danny Ongais pourrait toutefois le remplacer d'ici quelques épreuves moyennant finances.

 

Bernie Ecclestone a exigé qu'en 1979 toutes les équipes engagent deux voitures. Cela est impossible à Ensign toujours aussi désargentée. L'équipe de Mo Nunn aligne toujours la N177 (vieille de trois ans), de nouveau confiée au prometteur Irlandais Derek Daly.

 

L'équipe allemande ATS a repensé sa D1 apparue fin 1978 et qui était censée générer de l'effet de sol. Elle s'est transformée en D2 qui ressemble à une Lotus 79 peinte en jaune. Un seul modèle est engagé pour Hans Joachim Stuck qui n'en finit pas de voyager entre les différentes petites équipes du peloton.

 

Le courageux petit Arturo Merzario poursuit son épopée avec sa propre voiture malgré des performances calamiteuses. Il pilote la très massive A1B qui est une simple évolution de son modèle précédent. Le Mexicain Hector Rebaque est lui aussi toujours présent avec sa propre équipe et exploite cette fois-ci une Lotus 79.

 

Enfin on enregistre la disparition de l'équipe de Bob Sparshott, et surtout celle de John Surtees. Après huit années en Formule 1, le champion du monde 1964 n'a plus un sou vaillant en poche et doit fermer son usine. Malgré des débuts encourageants, il n'aura jamais réussi à tirer son équipe vers les sommets et s'est rapidement enferré dans la spirale de la simple survie grâce à des pilotes payants.

 

Pour cette nouvelle saison la sécurité est renforcée avec l'introduction d'un nouveau système de vie requérant l'usage de l'air médical pour être injecté dans le casque d'un pilote blessé. Les habitacles sont aussi élargis. Surtout, après le calamiteux départ du Grand Prix d'Italie de la saison précédente, la FISA désigne un starter unique qui opérera sur toutes les courses. De plus le départ sera obligatoirement donné par un feu bicolore passant du rouge au vert. La coupe des constructeurs enregistre une réforme de taille : désormais les points inscrits par les deux voitures de la même écurie sont comptabilisés, et non plus seulement ceux du meilleur classé.

 

Balestre versus Ecclestone: veillée d'armes

En octobre 1978 Jean-Marie Balestre a été élu président de la CSI qu'il a aussitôt transformé en Fédération internationale du sport automobile (FISA), indépendante de la FIA. Son objectif est simple : restaurer le pouvoir politique des autorités sportives. Il entend faire face aux prétentions de l'association des constructeurs de Bernie Ecclestone qui, après avoir mis la main sur l'économie de la Formule 1, entend dicter sa propre loi.

 

Ainsi pour 1979 Ecclestone a prévu de contrôler drastiquement l'accès aux circuits, en contraignant les organisateurs à instaurer des billetteries électroniques et en faisant payer l'accès au paddock aux journalistes. La grogne s'installe chez ces derniers. Balestre veut rappeler à Ecclestone que le pouvoir sportif, c'est lui et personne d'autre. Face aux prétentions du businessman, il réplique, lapidaire : « Fini ! »

 

Présentation de l'épreuve

La guerre des pneus promet d'être féroce cette saison entre Michelin qui équipe Renault et Ferrari, et Goodyear lié au reste du plateau. La firme américaine amène en Amérique du Sud de nouveaux modèles plus étroits à l'arrière, plus larges à l'avant et au diamètre augmenté.

 

La saison de Formule 1 commence comme de coutume par le Grand Prix d'Argentine. Une épreuve décriée d'un point de vue politique puisque l'Argentine vit alors sous la dictature du général Videla dont le régime est très critiqué en Occident... ce qui n'a pas empêché la tenue de la Coupe du Monde de football 1978 dans le pays. Plusieurs politiciens de gauche critiquent la tenue d'une épreuve de sport automobile sur le sol argentin, ce dont les responsables n'ont cure.

 

En arrivant en Argentine les équipes découvrent avec colère que plusieurs voitures ont été endommagées durant leur transport aérien. Les Ligier, Lotus, Arrows, Wolf et Brabham sont les plus touchées. Elles pourront être réparées pour les essais mais plusieurs patrons d'équipe réclament un remboursement à Ecclestone.

 

Essais et qualifications

La presse a parié sur la poursuite de la domination des Lotus 79. Et à sa grande surprise, ce sont les Ligier JS11 qui se montrent les plus rapides, et de loin. La raison est simple : les bolides bleus exploitent désormais le mieux l'effet de sol. Ducarouge a dépassé Chapman. La garde au sol de la JS11 est excellente tandis que le V8 Ford-Cosworth répond mieux que le V12 Matra et est plus léger. Grâce à ces performances, Ligier obtient enfin de Goodyear les meilleurs pneus disponibles.

 

Dans ce contexte la bagarre a déjà commencé entre les deux employés du Père Ligier. Un Laffite déchaîné réalise la pole position avec une seconde pleine d'avance sur son équipier Depailler. Pour la première fois dans l'histoire de la Formule 1, la première ligne sera entièrement française. Reutemann limite les dégâts pour Lotus en obtenant la troisième place. Il précède Jarier qui est en très grande forme. Il faut attendre le cinquième rang pour voir la première Ferrari, celle de Scheckter. Il précède la McLaren de Watson. Le champion Andretti est septième devant Pironi, Tambay et Villeneuve. En sixième ligne on trouve Fittipaldi et Jabouille, dont la Renault est la première au classement à ne pas être une « wing car ». Toutefois les « théières jaunes » ont eu bien du mal à trouver la bonne pression d'essence.

 

Au rayon des déceptions, les Williams FW06 sont dépassées par les voitures à effet de sol : Jones est seulement quinzième, Regazzoni dix-septième. Hunt est dix-huitième avec la Wolf. Mais la Bérézina est complète chez Brabham-Alfa Romeo et le résultat est pitoyable : Piquet n'est que 20ème tandis que Lauda a dû se qualifier avec l'ancienne BT46 car sa BT48 ne fonctionne absolument pas ! Vingt-troisième, l'Autrichien a cassé son moteur et est même devancé par la voiture de son sauveur et meilleur ennemi Merzario.

 

L'ATS de Stuck se traîne lamentablement (problèmes d'embrayage et de suspensions) et ne se qualifie pas. Arnoux a cassé un moteur et est lui aussi éliminé.

 

Le Grand Prix

Andretti détruit sa voiture lors de l'échauffement et doit utiliser son mulet pour la course. Toujours lors de l'entraînement, Piquet et Patrese s'accrochent et finissent dans le décor. L'Arrows de l'Italien est détruite et il doit déclarer forfait. Stuck peut en profiter pour prendre sa place sur la grille mais l'ATS est si peu performante qu'il préfère renoncer. C'est donc Arnoux qui récupère la dernière position disponible. Quant à Piquet il utilise la BT46A de réserve. Lauda utilisera sa BT48 qui semble - à peu près – fonctionner.

 

Départ : Laffite conserve l'avantage devant Depailler et Jarier qui est bien parti, au contraire de Reutemann qui est « enfermé » entre Scheckter et Watson.

A l'intérieur du Esse del Ciervo, Watson se rabat sur sa droite vers Scheckter et les deux voitures se touchent : Scheckter part en toupie en plein milieu de la piste et crée la panique : Andretti fait un énorme écart en voulant l'éviter et est percuté par Tambay dont la McLaren décolle. Les deux voitures atterrissent dans le gazon après avoir tapé Pironi. Piquet harponne violemment Merzario tandis qu'Arnoux percute de face Scheckter en perdition.

 

Les dégâts sont trop importants pour que la course puisse continuer. Le drapeau rouge est agité, la course est suspendue. Il faut plus d'une heure aux commissaires pour évacuer toutes les voitures impliquées dans le carambolage. Piquet souffre de l'orteil droit et est transporté à l'hôpital. Pironi, Tambay et Merzario ne repartiront pas non plus car ils ne bénéficient pas de voitures de rechange. Seuls Andretti et Watson pourront se représenter dans leurs mulets. La Renault d'Arnoux est réparée. Scheckter est prêt à monter dans sa voiture de réserve mais le docteur Sid Watkins le lui interdit car son poignet est foulé. Le Sud-Africain est très en colère contre le médecin, mais aussi contre John Watson qu'il accuse d'être le responsable du carambolage.

La course est relancée pour la distance originale de 53 tours avec donc seulement dix-neuf voitures.

 

Deuxième départ : Cette fois-ci Laffite s'élance moyennement et c'est Depailler qui prend le commandement tandis que Jarier se glisse dans son sillage. Laffite n'est donc que troisième au premier virage, suivi par Watson, Andretti et Reutemann qui est de nouveau mal parti.

 

1er tour : Watson surprend Laffite dans la première ligne droite et s'empare de la troisième place.

Depailler mène cette première boucle devant Jarier, Watson, Laffite, Andretti, Reutemann, Villeneuve, Jabouille, Fittipaldi et Mass.

 

2e : Watson déborde Jarier dans la grande courbe Salotto. Puis dans la seconde longue ligne droite le pilote Tyrrell est attaqué par Laffite et les deux Lotus. Laffite s'impose face à Jarier mais les Lotus doivent ronger leur frein.

 

3e : Depailler a deux secondes d'avance sur Watson et Laffite. Andretti et Reutemann dépassent Jarier.

 

4e : Jarier est déjà sous la menace de Villeneuve, Jabouille et Fittipaldi. Reutemann déborde Andretti par l'intérieur dans la ligne droite Recta del Fondo. Jabouille prend la septième place à Villeneuve.

 

5e : Laffite double Watson. Les deux Ligier sont en tête. Villeneuve repasse devant Jabouille.

 

6e : Depailler mène avec trois secondes d'avance sur Laffite. Watson a quatre secondes de retard, Reutemann six secondes.

 

7e : Le moteur turbo d'Arnoux est en flammes. Le Grenoblois regagne son stand pour abandonner. Lauda entre également aux stands à cause de soucis de pression d'huile et d'alimentation.

 

9e : Laffite se rapproche de Depailler. Lauda renonce à cause d'un problème de pression d'essence.

 

10e : Depailler mène devant Laffite (0.5s.), Watson (6s.) et Reutemann (8s.). A vingt-cinq secondes se trouve Andretti qui précède Jarier, Villeneuve, Jabouille, Fittipaldi et de Angelis.

 

11e : Laffite attaque Depailler par la droite dans Recta del Lago. Il s'impose au virage suivant et s'empare ainsi du commandement.

 

12e : Laffite améliore le meilleur chrono en course de l'histoire du circuit : 1' 48'' 001'''.

 

14e : Laffite mène devant Depailler (2s.), Watson (9s.), Reutemann (11s.), Andretti (30s.), Jarier (32s.) et Villeneuve (38s.).

 

15e : Depailler bat le meilleur tour de Laffite. Jabouille revient à son garage avec un moteur fumant. Les Renault n'auront guère brillé en Argentine.

 

16e : Depailler perd du terrain car une rotule d'amortisseur arrière s'est grippée sur sa Ligier. Reutemann attaque Watson à Recta del Lago. La Lotus et la McLaren sont côte à côte pendant de longues secondes et Reutemann finit par l'emporter. Pendant ce temps Jarier s'arrête dans l'herbe à cause d'une fuite d'huile sur son moteur, et Hunt fait une excursion hors-piste.

 

18e : Laffite double les premiers retardataires, à savoir Daly et Lammers.

 

19e : Laffite mène devant Depailler (8s.), Reutemann (13s.) et Watson (18s). A plus de trente-cinq secondes vient Andretti qui se débat avec une voiture mal réglée. Villeneuve est sixième et précède Fittipaldi, de Angelis, Rebaque et Mass.

 

20e : Sortie de route de Villeneuve qui parvient à revenir en piste mais a perdu la sixième place au profit de Fittipaldi.

 

22e : Laffite prend difficilement un tour à Hunt qui erre en treizième position.

 

24e : Dix secondes séparent Laffite et Depailler. Villeneuve s'arrête au stand Ferrari pour changer ses pneus et repart en dixième position.

 

25e : Depailler n'a plus que quatre secondes d'avance sur Reutemann. Watson est en revanche très distancé. Changement de pneus pour Regazzoni qui dégringole au dernier rang.

 

27e : Laffite excepté, Reutemann est maintenant le pilote le plus rapide en course. Il semble pouvoir menacer Depailler.

 

30e : Laffite mène devant Depailler (11s.), Reutemann (14s.), Watson (37s.), Andretti (1m.), Fittipaldi (1m. 19s.), de Angelis (1m. 21s.), Rebaque (1m. 35s.) et Villeneuve (1m. 45s.). Les autres concurrents ont un tour de retard au moins.

 

32e : Reutemann est maintenant à deux secondes de Depailler. Comme son équipier, Jones fait changer ses pneus.

 

34e : Reutemann met désormais la pression sur Depailler avec le soutien de la foule argentine. L'Auvergnat se débat toujours avec son souci d'amortisseur à l'arrière.

 

36e : Laffite a douze secondes d'avance sur Depailler, lequel ne précède plus Reutemann que d'une demi-seconde.

 

38e : Lauda redémarre avec trente tours de retard.

 

39e : Laffite est quelque peu gêné par Lammers en lui prenant un tour. Depailler a repris un peu de marge par rapport à Reutemann en réalisant un excellent chrono.

 

40e : De Angelis se fait doubler par Rebaque et par Villeneuve. Après deux tours à faible allure, Lauda regagne pour de bon le stand Brabham.

 

42e : Laffite réalise le meilleur chrono de l'épreuve : 1'46''91''', soit trois secondes de moins que le meilleur temps réalisé en 1978 par Villeneuve sur Ferrari. Ce même Villeneuve prend présentement la septième place à Rebaque.

 

43e : Depailler et Reutemann sont aux prises avec le trafic. L'Argentin perd du temps derrière Jones et de Angelis. Hunt s'arrête dans le gazon suite à une panne électrique sur la Wolf.

 

44e : Laffite mène devant Depailler (16s.), Reutemann (18s.), Watson (1m 11s.) et Andretti (1m. 42s.). Tous les autres pilotes sont relégués à un tour. Lammers abandonne suite à un bris d'arbre de roue.

 

45e : Depailler ralentit à cause d'un souci d'allumage. Reutemann le double sans difficulté dans Recta del Lago. Grande joie dans les tribunes.

 

47e : Depailler entre aux stands. Ses mécaniciens parviennent à remettre en marche son allumage et il reprend la piste en quatrième position.

 

48e : Laffite mène désormais avec une quinzaine de secondes d'avance sur Reutemann. Watson est troisième à plus d'une minute. Depailler est environ trente secondes derrière le Nord-Irlandais.

 

49e : Rebaque renonce à cause de la rupture d'une attache de suspension à l'arrière.

 

50e : Villeneuve est victime d'un souci de transmission et le Québécois rentre à son garage. Mauvais début de saison pour Ferrari. De Angelis récupère la septième place.

 

51e : Malgré les encouragements du public argentin, Reutemann n'a pas la possibilité de rattraper Laffite. Il prend néanmoins un tour à son équipier Andretti.

 

53ème et dernier tour : Jacques Laffite remporte le premier Grand Prix de la saison pour le plus grand bonheur des supporteurs français. Reutemann finit deuxième après une course exemplaire. Watson conclut sa première course chez McLaren sur le podium. Depailler se contente de la quatrième place. Après une course difficile au volant d'un mulet mal réglé, Andretti n'est que cinquième. Il précède Fittipaldi qui inscrit un point pour son écurie. Le tout jeune de Angelis impressionne par sa belle septième position. A cause d'un roulement de moyeu cassé, Mass franchit la ligne d'arrivée sur trois roues, au huitième rang. Jones, Regazzoni et Daly sont aussi à l'arrivée.

 

Après la course

C'est évidemment la fête chez les Bleus tant la JS 11 est apparue supérieure à la concurrence. Jacques Laffite estime que c'est sa première vraie victoire en F1 car celle obtenue en Suède en 1977 était très chanceuse. C'est aussi l'avis de Guy Ligier, resté à Vichy. Celui-ci se frotte les mains et songe tout haut au titre mondial. Le trio des ingénieurs ligiéristes composé de Gérard Ducarouge, Paul Carillo et Michel Beaujon peut être très fier : jamais depuis les succès de Matra la France n'avait autant brillé en Formule 1. Tous les regards convergent vers Ferrari et Lotus : si leurs nouvelles voitures qui apparaîtront dans quelques semaines ne sont pas plus compétitives, les Ligier ont toutes les chances de décrocher le gros lot.

 

Jody Scheckter ne décolère pas contre John Watson dont la manœuvre lors du premier départ était il est vrai assez litigieuse. Il est approuvé par Mario Andretti qui déclare : « Il y a vraiment dans notre métier des types qui ne comprennent rien. Ce sont des inconscients. » L'ironie est que, quelques semaines plus tôt, Watson, Scheckter et Andretti s'étaient ligués pour exclure le « dangereux » Riccardo Patrese du Grand Prix des États-Unis...

 

Tandis que Laffite est le premier leader du championnat du monde, Ligier mène le classement des constructeurs avec 13 points contre 8 à Lotus.

Tony