Mario ANDRETTI
 M.ANDRETTI
Lotus Ford Cosworth
Carlos REUTEMANN
 C.REUTEMANN
Ferrari
Patrick DEPAILLER
 P.DEPAILLER
Tyrrell Ford Cosworth

301e Grand Prix

IV Grand Prix of Long Beach
Légérement nuageux
2 avril 1978 - Long Beach
80 tours x 3.251 km - 261.705 km
(Offset: 1625 m)
info
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
John Watson et Carlos Reutemann premiers à l'abord de l'épingle, mais c'est Gilles Villeneuve qui en sortira en tête

Pour la troisième fois la Formule 1 fait escale sur le beau circuit urbain de Long Beach. Le tracé est identique mais cette année la grille de départ est déplacée sur Shorline Drive, une longue pleine charge. Lors des deux précédentes éditions, les départs sur Ocean Boulevard, juste avant un rude virage à 90°, ont suscité trop d'accrochages et les pilotes ont réclamé ce déplacement. Néanmoins, la ligne de chronométrage demeure située sur Ocean Boulevard.

 

Chris Pook, l'organisateur de l'épreuve, peut se frotter les mains. Son Grand Prix est de plus en plus lucratif. La chaîne américaine CBS diffuse ses images dans le monde entier grâce à mille caméras, un record pour une course de Formule 1.

 

Le 19 mars s'est tenu l'International Trophy à Silverstone. Cette course a été tronquée par une pluie diluvienne. Les favoris ont été éliminés dès les premiers tours, dont Mario Andretti qui étrennait la Lotus 79. Dans ces conditions, les troisièmes couteaux ont tiré les marrons du feu. Keke Rosberg l'a emporté sur Theodore dès sa deuxième course de Formule 1 devant Emerson Fittipaldi et l'Anglais Tony Trimmer qui pilotait une McLaren M23 privée. L'Irlandais Derek Daly s'est mis en valeur avec son Hesketh avant de sortir de la piste.

 

Shadow présente sa nouvelle DN9, en un seul exemplaire officiel pour Hans Joachim Stuck. Comme le soutient Don Nichols, l'Arrows FA1 est en effet sa copie conforme puisqu'elles ont le même concepteur, Tony Southgate. Le contentieux entre les deux équipes se réglera devant le tribunal.

Chez Ligier, Jacques Laffite décide de reprendre sa JS7 avant d'étrenner sa nouvelle JS9 à Monte-Carlo.

 

On enregistre encore quelques mouvements dans le paddock. Hesketh change pour la troisième fois de pilote et engage le jeune Irlandais Derek Daly qui a encore peu d'expérience mais obtient quelques bons résultats avec Chevron en Formule 2. L'écurie Interscope Racing, aperçue lors des dernières épreuves de l'année précédente, fait son retour en alignant une Shadow DN9 pour Danny Ongais. On note l'absence de l'écurie Martini qui n'a pas fait le voyage trop onéreux pour son maigre budget.

 

Ce Grand Prix est le dernier avant la saison européenne. Le Grand Prix du Japon prévu pour le 16 avril a en effet été annulé par les autorités nippones suite au drame de la dernière édition. La voiture de Gilles Villeneuve avait escaladé celle de Ronnie Peterson avant de s'écraser dans le public et d'y faire deux morts. Très choqués, les Japonais n'ont pas souhaité prolongé l'aventure.

 

Les qualifications

Trente voitures sont engagées mais seulement vingt-deux places sont disponibles sur la grille de départ. Une séance de pré-qualifications est mise en place pour écrémer le plateau. Y sont astreintes les sept écuries qui ne sont pas membres de la FOCA, à savoir Arrows, Merzario, Hesketh, Theodore, Rebaque, Interscope et B&S Fabrications. Quatre coureurs sont éliminés au cours de cette séance : Rebaque, Rosberg, Ongais et Daly.

 

Lors des premières séances les chronométreurs américains sont incapables de fournir des temps exacts. Les équipes et même le speaker du circuit sont obligés de se rabattre sur les chronos enregistrés par Michèle Dubosc, l'experte de Matra.

 

Les essais sont dominés par les Ferrari, les Brabham et les Lotus. La lutte pour la pole position oppose Reutemann à Lauda. Dès le vendredi, Reutemann réalise le meilleur chrono qui ne sera pas battu le samedi. C'est la troisième pole position de l'Argentin, sa première depuis quatre ans. Villeneuve se hisse au deuxième rang et permet ainsi aux Ferrari de monopoliser la première ligne. C'est un camouflet qu'inflige Michelin à Goodyear. Suivent Lauda, Andretti, Watson et Peterson. Viennent ensuite les outsiders : la McLaren de Hunt, la Williams de Jones, l'Arrows de Patrese et la Wolf de Scheckter. Quatre Français les suivent : Tambay, Depailler, Jabouille et Laffite.

 

Victime d'un accident lors de la dernière séance qualificative, Pironi est éliminé, de même que Lunger et Leoni.

 

Le Grand Prix

Lors du warm-up, Stuck et Keegan s'accrochent et détruisent leurs voitures. Ils déclarent forfait et par conséquent Pironi, premier non-qualifié, est admis sur la grille.

 

Départ : Reutemann et Villeneuve ne partent pas mal, mais Lauda se glisse entre eux dès les premiers mètres. Très bien élancé, Watson se place à droite de la piste. Lui et Reutemann doublent leurs équipiers et abordent côte à côte Queen's Hairpin. Watson se jette à l'intérieur mais part trop à l'extérieur à la sortie de l'épingle, entraînant Reutemann avec lui. Villeneuve, blotti derrière le Nord-Irlandais à l'intérieur, ne commet pas cette erreur et vire en tête. Suivent Watson, Reutemann et Lauda.

 

1er tour : Lauda dépasse Reutemann.

Villeneuve mène un Grand Prix pour la première fois devant Watson, Lauda, Reutemann, Andretti, Jones, Hunt, Peterson, Depailler et Tambay. Accrochage entre Merzario et Jarier. Tous les deux entrent aux stands.

 

2e : Villeneuve et Watson prennent de l'avance. Reutemann attaque Lauda dans la courte ligne droite après l'épingle, sans succès. Peterson double Hunt, tandis que Scheckter dépasse Tambay puis Depailler. Jarier fait remplacer son radiateur d'huile au stand ATS, tandis que Merzario repart après avoir changé une roue.

 

3e : Villeneuve, Watson, Lauda, Reutemann et Andretti se suivent de près. Jones et Peterson parviennent à garder le contact.

 

4e : Depailler repasse devant Scheckter. Mauvais début de course chez ATS puisque Mass passe aussi par le stand pour faire vérifier ses freins

 

5e : Les leaders prennent un tour à Jarier qui vient de repartir. Dans la dernière courbe avant Shorline Drive, Hunt heurte le muret. Il sort sans mal de sa voiture. C'est la troisième année consécutive qu'il est accidenté à Long Beach. A son retour aux stands, il est plutôt souriant, ce qui déplaît à Teddy Mayer.

 

6e : Villeneuve mène devant Watson (1s.), Lauda (1.3s.), Reutemann (1.7s.), Andretti (4s.), Jones (5s.) et Peterson (7s.). Depailler et Scheckter ont douze secondes de retard.

 

8e : L'écart entre Villeneuve et Watson n'est pas du tout stable et varie entre deux secondes et quelques dixièmes. Lauda et Reutemann demeurent sur les talons du Nord-Irlandais.

 

10e : Watson ralentit soudainement car sa boîte de vitesses vient de se bloquer. Il laisse passer le peloton et regagne son garage pour abandonner.

 

11e : Villeneuve a désormais une seconde et demie d'avance sur Lauda, deux secondes sur Reutemann. Andretti, a cinq secondes de retard. Jones et Peterson sont pour l'heure un peu distancés.

 

13e : Mass regagne son garage, ses freins ne fonctionnant plus du tout.

 

14e : Brambilla s'arrête chez Surtees pour résoudre un problème de freins.

 

15e : Villeneuve mène devant Lauda (1s.), Reutemann (2s.), Andretti (6s.) et Jones (7s.). Peterson est distancé et rattrapé par Depailler.

 

17e : Andretti est sous la menace de Jones dont la Williams est décidément très véloce.

 

18e : Villeneuve a maintenant deux secondes d'avance sur Lauda et Reutemann. Brambilla est toujours bloqué au stand Surtees.

 

19e : Jones déborde Andretti et s'empare ainsi de la quatrième position.

 

20e : Villeneuve a deux secondes et demie d'avance sur Lauda. Jones sème Andretti et se rapproche de Reutemann. Brambilla a repris la piste.

 

22e : Jones n'est plus qu'à une seconde et demie du duo Lauda – Reutemann. Peterson et Depailler sont toujours en bagarre pour la sixième place.

 

24e : Villeneuve prend un troisième tour à Merzario dont la voiture se traîne sur le circuit. Depailler parvient à dépasser Peterson.

 

25e : Andretti doit lever le pied car ses pneus surchauffent, comme à Kyalami. Merzario s'arrête encore à son stand.

 

26e : Pironi s'arrête dans une échappatoire avec une boîte bloquée. C'est son premier abandon de l'année.

 

27e : Jones réalise le meilleur tour de l'épreuve : 1'22''215'''.

 

28e : Lauda tire tout droit au virage de Cook's dans un nuage de fumée. Les freins de la Brabham viennent de lâcher, mais heureusement l'Autrichien a parfaitement maîtrisé sa monoplace.

 

29e : Peterson s'aperçoit que son pneu avant droit est en train de se dégonfler. C'est la conséquence d'une touchette survenue au départ. Il s'arrête au stand Lotus pour le changer et repart en dixième position. Laffite et Patrese sont passés devant lui.

 

30e : Les deux Ferrari sont en tête : Villeneuve mène devant Reutemann (3s.), Jones (4.1s.), Andretti (13.3s.) et Depailler (18.2s.). Scheckter est sixième et précède Tambay, Laffite, Patrese et Peterson.

 

32e : Jones menace sérieusement Reutemann. Il semble être le seul à pouvoir contester la victoire à Villeneuve... mais il reste à doubler son équipier. Arrêt aux stands de Fittipaldi pour changer un pneu.

 

33e : Merzario stoppe hors la piste avec une boîte de vitesses cassée.

 

34e : L'avance de Villeneuve sur Reutemann et Jones diminue légèrement.

 

36e : Villeneuve a une seconde et demie d'avance sur son équipier, toujours talonné par Jones.

 

39e : Villeneuve rattrape Regazzoni, lequel attaque Jabouille pour la onzième place. Sentant son équipier revenir sur lui, Villeneuve décide de doubler Regazzoni dans l'enchaînement gauche-droite qui précède Ocean Boulevard. A l'abord du virage à droite, il se jette imprudemment à l'intérieur. Regazzoni n'a pas le temps de le voir surgir et la Ferrari escalade l'arrière de la Shadow, décolle, fait un pirouette dans les airs et percute par l'arrière un muret de pneus, avant de s'écraser lourdement. Villeneuve est indemne mais sa précipitation a failli susciter une catastrophe : une de ses roues a frôlé le casque de Regazzoni. Celui-ci poursuit sa route, sa voiture n'étant pas endommagée.

 

40e : Reutemann récupère la première place mais ne possède qu'une seconde et demie d'avance sur Jones. Andretti est troisième à une trentaine de secondes, Depailler quatrième à trente-cinq secondes. Viennent ensuite, très distancés, Scheckter, Tambay, Laffite, Patrese et Peterson. Tous les autres coureurs ont un tour de retard.

 

41e : Une grue évacue la Ferrari de Villeneuve qui était très mal placée.

 

43e : Une seconde sépare Reutemann et Jones. Ce dernier se rapproche dans les portions sinueuses, mais la puissance du douze cylindres Ferrari l'empêche de trouver l'aspiration pour attaquer Reutemann.

 

44e : L'aileron avant de la Williams de Jones se tord curieusement vers le bas. C'est probablement un défaut de fabrication.

 

45e : Jones commence à perdre du terrain sur Reutemann. Le turbo de Jabouille est en flammes. Jusqu'alors dixième, le Français arrête la Renault dans une échappatoire.

 

47e : Reutemann s'envole en tête de la course. Jones ne peut plus le suivre et a maintenant plus de sept secondes de retard. Andretti est cependant encore à 26 secondes de la Williams.

 

48e : Patrese s'arrête au stand Arrows pour changer ses pneumatiques. Il repart derrière Peterson.

 

51e : Reutemann a maintenant neuf secondes d'avance sur Jones.

 

54e : Reutemann a treize secondes de marge sur Jones. Suivent Andretti (25s.) et Depailler (35s.). Scheckter est cinquième à plus de quarante secondes et précède de quelques mètres Tambay. Suivent Laffite, Peterson, Patrese et Regazzoni.

 

57e : La galère prend fin pour Brambilla qui s'arrête avec une boîte de vitesses cassée.

 

58e : Vingt secondes séparent désormais Reutemann et Jones. Andretti rattrape inexorablement la Williams. Scheckter et Tambay sont en bagarre pour la cinquième place.

 

59e : Jarier bouchonne Reutemann pendant un bon tour.

 

60e : Dans la courbe à gauche avant Pine Avenue, Tambay attaque Scheckter qui lui ferme la porte. Les roues s'entrechoquent. La Wolf est envoyée en tête-à-queue. Tambay continue tandis que Scheckter abandonne. Le Sud-Africain n'a toujours pas inscrit un seul point en 1978. Grâce à ce retrait, Laffite entre dans les points.

 

61e : Andretti est revenu à deux secondes de Jones. En plus de son aileron tordu, la Williams souffre d'un problème d'arrivée d'essence.

 

63e : Andretti dépasse sans problème Jones qui n'a aucune chance de lui résister.

 

64e : Dix-huit secondes séparent Reutemann et Andretti. Jones a vingt secondes de retard, Depailler vingt-cinq secondes.

 

65e : Depailler rattrape lui aussi Jones.

 

67e : Depailler prend la troisième place à Jones.

 

68e : Reutemann commet une faute à l'épingle et part en tête-à-queue. Fort heureusement il parvient à réenclencher aussitôt la première et à repartir. Il n'a plus que treize secondes de marge sur Andretti mais c'est un moindre mal.

 

69e : Jones a vraiment beaucoup de difficultés puisqu'il voit désormais Tambay et Laffite dans ses rétroviseurs.

 

70e : On se demande si Andretti est capable de rattraper Reutemann lors des dix derniers tours. La Williams est en revanche à l'agonie : Jones s'est fait doubler par Tambay et par Laffite, et Peterson est sur ses talons.

 

71e : Laffite rattrape Tambay dont la McLaren semble en difficulté. Peterson prend la sixième place à Jones.

 

72e : Reutemann devance Andretti de quatorze secondes, ce qui devrait lui suffire pour conserver le commandement jusqu'au bout. Laffite harcèle Tambay pour la quatrième place. Le pilote McLaren se défend farouchement.

 

74e : Reutemann a Jones en point de mire pour lui prendre un tour, ce qu'il fait sans mal. L'Australien est maintenant sous la menace directe de Patrese.

 

75e : Laffite attaque Tambay par l'extérieur à l'épingle mais ce dernier se rabat devant la Ligier. Les deux bolides se heurtent. Laffite décolle légèrement avant de retomber en tête-à-queue. Par bonheur il parvient à repartir. Mais entretemps Peterson est passé devant. Quant à Tambay, il doit abandonner car une de ses suspensions est pliée.

 

76e : Grâce à l'accrochage entre Tambay et Laffite, Peterson a donc récupéré la quatrième place. Jones revient dans les points mais il est très menacé par Patrese et par Fittipaldi.

 

77e : Laffite finit la course avec un nez abîmé, conséquence de son accrochage avec Tambay. Patrese prend la sixième place à Jones.

 

78e : Reutemann a une douzaine de secondes d'avance sur Andretti. Depailler a trente secondes de retard. Jones et Fittipaldi sont en bagarre.

 

80ème et dernier tour : Carlos Reutemann remporte sa septième victoire en Formule 1, la deuxième de la saison pour Ferrari. Il précède Andretti qui se satisfait de la deuxième place. Depailler vient ensuite et monte sur son troisième podium en quatre Grands Prix. Peterson est quatrième, Laffite cinquième. Patrese inscrit le premier point de l'écurie Arrows. Fittipaldi finit septième devant Jones, héros malchanceux du jour. Mais la Williams conçue par Patrick Head a démontré tout son potentiel. Les autres pilotes parvenant à l'arrivée sont Stommelen, Regazzoni et Jarier.

 

Après la course

Reutemann n'effectue pas de tour d'honneur et arrête sa voiture dès les Esses du Clos. Un journaliste de CBS lui saute immédiatement dessus pour obtenir sa réaction, forcément lapidaire. La victoire de l'Argentin est quelque peu chanceuse puisqu'il a bénéficié de l'élimination des trois pilotes qui le précédaient. Ferrari a tout de même dominé ce week-end de course, ce qui est de bon augure pour la suite de la saison. C'est aussi un deuxième succès pour Michelin après Rio de Janeiro, sur un tracé très atypique et surtout aux États-Unis, c'est-à-dire chez Goodyear.

 

Gilles Villeneuve est fortement critiqué par la presse italienne. Son extraordinaire début de course est injustement oublié au profit de son accrochage, certes stupide, avec Clay Regazzoni. Le Québécois n'a toujours pas inscrit de point cette saison et les journalistes pointent du doigt son pilotage très agressif, voire dangereux.

 

Reutemann et Andretti occupent tous les deux la première place du championnat des pilotes, avec 18 points chacun. Peterson et Depailler suivent avec quatorze unités. Lotus mène toujours le classement de la coupe des constructeurs avec 27 points contre 18 à Ferrari, 15 pour Tyrrell et 14 pour Brabham.

Tony