Alan JONES
 A.JONES
Williams Ford Cosworth
Carlos REUTEMANN
 C.REUTEMANN
Ferrari
Jody SCHECKTER
 J.SCHECKTER
Wolf Ford Cosworth

312e Grand Prix

XXI United States Grand Prix
Couvert
1 octobre 1978 - Watkins Glen
59 tours x 5.435 km - 320.665 km
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Pour son premier Grand Prix avec Lotus Jean-Pierre Jarier effectuera une superbe remontée... pour rien...

L'affaire Patrese

Quelques jours après le décès de Ronnie Peterson, James Hunt accuse Riccardo Patrese d'être le responsable du carambolage de Monza qui a coûté la vie au pilote suédois. Selon lui le jeune Italien s'est dangereusement rabattu vers lui au moment où la piste se rétrécissait et est venu le percuter, l'envoyant contre la Lotus de Peterson. Hunt est bientôt relayé par les journalistes et beaucoup de pilotes. Déjà impliqué dans un nombre conséquent d'accrochages et d'accidents, Patrese est presque unanimement montré du doigt. Cependant il n'existe aucune preuve de sa culpabilité car il n'est pas du tout certain qu'il ait bien heurté la McLaren de Hunt.

Face à cette situation, les pilotes nomment une commission de cinq « sénateurs » chargés de statuer sur le cas Patrese. Elle est composée de Niki Lauda, Emerson Fittipaldi, Jody Scheckter, James Hunt et John Watson. Cinq amis de Peterson... Hunt et Lauda prennent la tête de la cabale anti-Patrese et demandent qu'il ne soit pas admis au départ du Grand Prix des États-Unis. Il lui est reproché une conduite dangereuse ayant entraîné la mort d'un pilote. L'accusation est très grave. Les Cinq sont soutenus par Bernie Ecclestone qui cherche aussi un bouc émissaire. Il faut rappeler aussi que depuis 1976 le GPDA est allié à la FOCA...

 

Cependant, quelques jours avant le Grand Prix, un journal italien publie des photographies qui semblent absoudre Patrese car prouvant qu'il n'a pas touché Hunt. Arrivé à Watkins-Glen, l'Italien se promène dans le paddock avec un attaché-case contenant ces photographies, les montrant à qui le désire pour prouver son innocence. Mais ses pairs ne veulent rien n'entendre. Seul Gilles Villeneuve ose prendre sa défense. Mais sa réputation de trompe-la-mort n'en fait pas un avocat très crédible... Finalement les pilotes décident de boycotter le Grand Prix si les organisateurs admettent Patrese au départ. Ces derniers se tournent alors vers la CSI qui refuse de trancher. La commission ne veut pas faire de vagues à quelques jours de son élection présidentielle... Avec son patron Jackie Oliver, Patrese tente une dernière démarche auprès du tribunal civil d'Elmira qui se déclare incompétent. Le jeudi soir Arrows annonce que la voiture n°35 ne participera pas à la course.

 

Pour la première fois dans l'histoire de la Formule 1 un pilote est chassé par ses collègues. Décision qui avec le recul paraît profondément injuste car, quels que fussent ses torts passés, Riccardo Patrese n'avait bel et bien aucune responsabilité dans la mort de Ronnie Peterson. Hélas ses malheurs ne s'arrêtent pas là puisqu'il est bientôt inculpé d'homicide involontaire par la justice italienne. L'affaire va traîner en longueur pendant trois ans jusqu'à son acquittement en 1981.

 

Lotus: Jarier remplace Peterson

Bien que très touché par la disparition de Ronnie Peterson, Colin Chapman est pourtant contraint de lui trouver un remplaçant pour les dernières courses. Il cherche un pilote expérimenté capable de tirer le meilleur de sa 79.

 

Le comte Zanon, mentor de Peterson, lui souffle le nom de Jean-Pierre Jarier. Celui-ci ne fait pas l'unanimité. Malgré un talent certain, « Godasse de plomb » a une personnalité assez fragile et a tendance à s'effondrer lorsque son équipe ne le soutient pas pleinement. Depuis ses déboires avec ATS, sa carrière en Formule 1 s'inscrit en pointillés. S'il sait qu'il ne pourra pas piloter pour Lotus en 1979, Carlos Reutemann ayant déjà été engagé, il ne peut pas laisser passer une telle occasion de briller. Il est mis en relation avec Chapman via Peter Kerr, son ancien chef mécanicien chez Shadow passé depuis chez Lotus. Il est engagé... moyennant l'appui de quelques sponsors.

 

Présentation de l'épreuve

A deux courses de l'arrivée, les deux titres mondiaux sont déjà octroyés à Mario Andretti et à Lotus, mais restent en jeu les places d'honneurs. Chez les pilotes, Niki Lauda et Carlos Reutemann peuvent prendre la place de vice-champion à feu Ronnie Peterson. Chez les constructeurs, Brabham-Alfa Romeo semble bien installée à la deuxième place avec treize points d'avance sur Ferrari et dix-sept sur Tyrrell.

 

John Watson va quitter Brabham à la fin de la saison après deux saisons décevantes passées au sein de cette équipe. Pour le remplacer Bernie Ecclestone fait appel au récent champion d'Angleterre de Formule 3 le Brésilien Nelson Piquet. Celui-ci a effectué de bons débuts en F1 avec Ensign et BS Fabrications et se présente comme un excellent espoir. Il devrait piloter une BT46 au Grand Prix du Canada.

 

La mort de Ronnie Peterson a beaucoup choqué ses collègues. Rolf Stommelen déclare très honnêtement qu'il a peur au volant de sa Formule 1 et qu'en conséquence il prendra sa retraite à la fin de l'année.

 

Les équipes Theodore et BS Fabrications n'ont pas fait le déplacement outre-Atlantique. Faute de soutien financier, elles vont d'ailleurs disparaître à l'issue de ce championnat.

 

Pour la première fois Wolf engage une deuxième voiture. Le jeune Américain Bobby Rahal, 25 ans, était le dauphin de Gilles Villeneuve en Formule Atlantique en 1977. Il conduit la WR5 autrefois dévolue à Jody Scheckter.

 

La valse des pilotes se poursuit chez Surtees. Grièvement blessé à Monza, Vittorio Brambilla est remplacé par le Français René Arnoux, libre de tout engagement depuis le retrait de l'équipe de Tico Martini. Son nouvel équipier est le tout jeune Italien Beppe Gabbiani, 21 ans seulement, qui a effectué une saison moyenne en Formule 2 mais possède quelques solides commanditaires.

 

Chez ATS Jochen Mass n'est pas remis de son accident survenu lors des essais privés en Italie. Keke Rosberg est donc rappelé par Günther Schmidt et pilote une nouvelle voiture, la DN1, présentée comme une « wing car ». Le concepteur John Gentry a voulu s'inspirer de la Lotus 79. Mais les pontons sont bien trop chargés en éléments divers (suspensions, échappements, réservoirs d'huile) pour produire le fameux effet de sol... et cette voiture n'avance pas.

 

Enfin chez Ensign Harald Ertl cède la place à Brett Lunger, laissé libre par le retrait de l'équipe de Bob Sparshott.

 

Pour ce Grand Prix les McLaren M26 arborent une livrée exceptionnelle blanche et bleue, couleurs de la bière Löwenbräu.

 

Les qualifications

Lors des premiers essais Alan Jones est victime d'une très grosse sortie de route à cause d'un boulon de roue cassé. Un défaut de fabrication étant en cause, ce sont tous les boulons de rechange de Williams qui sont défectueux. Patrick Head parvient in extremis à recevoir quatre boulons (et pas un de plus !) de son fournisseur pour poursuivre le week-end.

 

Jarier est très mal à l'aise dans la Lotus 79 car il utilise le baquet de Peterson, trop étroit pour lui. Il se casse une côte lors des essais, conséquence des forts appuis de sa voiture. Malgré la douleur il décide de poursuivre son week-end.

 

Andretti espère bien sûr triompher dans son pays pour fêter dignement son titre mondial. Il survole les essais et réalise sa 17ème pole position avec le nouveau record de la piste : 1'38''114'''. Il devance la Ferrari de Reutemann et la Williams de Jones qui sont ici très performantes. Villeneuve est quatrième et précède Lauda, Hunt et Watson. Jarier obtient une satisfaisante huitième place malgré ses douleurs aux côtes. En cinquième ligne on trouve Jabouille, gêné par des ennuis de barre antiroulis, et Laffite qui a cassé deux moteurs Matra. Suivent Scheckter, Depailler et Fittipaldi.

Pironi est 16ème, Tambay 18ème et Arnoux 21ème. Rahal obtient sa première qualification en vingtième position. Bleekemolen se qualifie aussi pour la première fois au 25ème rang. Merzario est le dernier qualifié et seul Gabbiani reste sur la touche.

 

Le Grand Prix

Lors du warm-up Andretti est victime d'un sévère accident à The Loop. Sa voiture est détruite et il est contraint de disputer la course avec celle de Jarier. Ce dernier doit se rabattre sur le mulet.

 

La course se déroule sous un ciel plutôt couvert. La température est fraîche.

 

Grille de départ : Après avoir cassé son moteur lors de l'échauffement, Stuck s'élance depuis les stands.

 

Départ : Envol tranquille pour Andretti qui conserve sans problème le commandement devant Reutemann, Villeneuve, Jones et Jarier. Rebaque n'effectue que quelques mètres avant de s'arrêter, embrayage grillé.

 

1er tour : Lauda double Jarier. Andretti mène à la fin de cette boucle devant Reutemann, Villeneuve, Jones, Lauda, Jarier, Hunt, Watson, Scheckter et Depailler. Stuck rejoint son garage avec une pompe à essence défectueuse. Sa course s'arrête là.

 

2e : Andretti, Reutemann et Villeneuve s'échappent en tête. Hunt déborde Jarier dans la ligne droite avant The Loop. Le Français est ensuite dépassé par Watson.

 

3e : Andretti rencontre des problèmes de freins. Reutemann le dépasse par l'extérieur à The Loop. Villeneuve dépasse ensuite l'Américain à The Boot. Depailler double Scheckter puis Jarier.

 

4e : Reutemann et Villeneuve s'installent au commandement et possèdent déjà deux secondes d'avance sur Andretti.

 

5e : Tandis que les Ferrari creusent l'écart sur Andretti, Jones est quatrième à cinq secondes, Lauda cinquième à sept secondes. Il précède Hunt et Watson, en bagarre pour la sixième place.

 

6e : Jabouille prend la dixième place à Scheckter. Bleekemolen s'arrête chez ATS pour contrôler son train avant.

 

8e : Une seconde sépare Reutemann et Villeneuve. Andretti ne parvient pas à les suivre et a cinq secondes de retard. Jones est dans son sillage.

 

9e : Watson s'arrête au stand Brabham pour changer son pneu avant gauche.

 

10e : Jarier a décidément beaucoup d'ennuis en ce début de course et se fait doubler par Scheckter.

 

11e : Jarier entre aux stands et fait changer son pneu avant gauche qui était en train de se dégonfler. Voici la cause de son mauvais début de course. Il repart en 21ème position. Jabouille prend la septième place à Depailler. Laffite s'arrête chez Ligier pour changer sa roue avant gauche. Il perd ainsi un tour.

 

13e : Reutemann mène devant Villeneuve (1.5s.), Andretti (15s.), Jones (20s.), Lauda (24s.) et Hunt (25s.). Jabouille est septième devant Depailler, Scheckter et Rosberg. Bleekemolen entre pour la seconde fois aux stands, toujours pour faire vérifier l'avant de son ATS. Stommelen s'arrête quant à lui chez Arrows pour purger ses freins.

 

15e : Reutemann a maintenant deux secondes et demie d'avance sur son coéquipier.

 

17e : L'avance des Ferrari sur Andretti ne cesse d'augmenter. La Lotus de l'Américain n'est vraiment pas très fringante. Jones la rattrape peu à peu.

 

18e: Regazzoni s'arrête au stand Shadow. Il change de pneus.

 

20e : Reutemann mène devant Villeneuve (4s.), Andretti (30s.), Jones (31s.), Lauda (35s.), Hunt (37s.) et Jabouille (40s.). Jarier a rencontré des soucis d'arrivée d'essence maintenant résolus. Il est extrêmement rapide et pointe au 17ème rang, juste derrière Watson. Nouvel arrêt de Regazzoni... qui a crevé un pneu neuf.

 

21e : Jones dépasse Andretti et s'empare de la troisième place. Lauda rattrape maintenant « Little Mario ».

 

22e : Après un bon début de course, Rosberg s'arrête dans une échappatoire avec une boîte de vitesses bloquée.

 

23e : Suite à un problème de piston, le moteur de Villeneuve part en fumée. Le Québécois gare sa Ferrari après le premier virage. Depailler roule au ralenti à cause d'un bris des tétons d'entraînement de sa roue arrière. Il rentre à son garage.

 

24e : Jones est maintenant second à trente-quatre secondes de Reutemann. Andretti et Lauda luttent pour la troisième place.

 

25e : Lauda déborde Andretti dans la ligne droite avant The Loop. Hunt est sous la menace de Jabouille.

 

26e : Watson s'arrête le long d'un rail, moteur en panne. Cela fait encore gagner une place à Jarier, désormais treizième. Hunt entre aux stands pour changer ses gommes Goodyear.

 

27e : Reutemann est aux prises avec le trafic. Le moteur d'Andretti part en fumée. Le héros local regagne son stand pour abandonner. Hunt reprend sa route en treizième position.

 

28e : Reutemann mène devant Jones (37s.) et Lauda (45s.). Jabouille est quatrième à près d'une minute, deux secondes devant Scheckter. Tambay est sixième devant Fittipaldi et Pironi. Jarier occupe la neuvième place après avoir doublé Arnoux puis Daly.

 

29e : Lauda arrête sa Brabham dans l'herbe, lui aussi suite à une défaillance de son Flat 12 Alfa Romeo. Jabouille monte sur le podium et Fittipaldi entre dans les points.

 

30e : Reutemann mène devant Jones (33s.), Jabouille (44s.), Scheckter (45s.), Tambay (1m. 10s.), Fittipaldi (1m. 16s.), Pironi (1m. 22s.), Jarier (1m. 23s.), Daly (1m. 28s.) et Arnoux (1m. 30s.).

 

31e : Jarier vole littéralement sur la piste et double Pironi. Il se lance maintenant à la poursuite de Fittipaldi.

 

32e : Reutemann a trente-six secondes de marge sur Jones. Jabouille et Scheckter sont en lutte pour la troisième place. Une seconde et demie les sépare.

 

34e : Reutemann se retrouve derrière Hunt qui est assez rapide pour ne pas s'écarter. Jarier prend la sixième place à Fittipaldi.

 

35e : Jarier poursuit sa « chevauchée fantastique » et menace Tambay.

 

37e : Jarier s'empare de la cinquième place aux dépens de Tambay.

 

40e : Reutemann possède quarante secondes d'avance sur Jones. A plus d'une minute se trouvent Jabouille et Scheckter, en bagarre pour la troisième place. Jarier est maintenant cinquième mais a quinze secondes de retard sur ce duo.

 

42e : Jarier est toujours le plus rapide en piste et gagne du terrain sur le duo Jabouille – Scheckter.

 

44e : Fittipaldi est désormais juste derrière Tambay pour entrer dans les points.

 

45e : Pas de changement au commandement : Reutemann a trente-huit secondes d'avance sur Jones.

 

46e : Fittipaldi prend la sixième place à Tambay.

 

47e : Bleekemolen renonce suite à une fuite d'huile.

 

49e : Jarier est revenu sur les talons de Jabouille et de Scheckter. Nouvel abandon pour Merzario à cause d'une fuite d'huile sur sa voiture.

 

51e : Jabouille rencontre des soucis d'alimentation et sollicite ses pompes électriques pour pouvoir finit l'épreuve. Scheckter et Jarier sont désormais juste derrière lui.

 

53e: Scheckter tente de déborder Jabouille par l'intérieur dans la courbe Toe. Jabouille se rabat sous son nez à la sortie du virage. Mais Scheckter prend l'aspiration dans la ligne droite suivante et s'impose au virage n°8. Puis Jarier surprend le pilote Renault par l'intérieur au virage n°9. Jabouille chute ainsi du troisième au cinquième rang.

 

54e : Jarier attaque maintenant Scheckter et le dépasse dans la deuxième portion du circuit. Le Français occupe la troisième place.

 

55e : A quatre tours du but, Reutemann a vingt-neuf secondes d'avance sur Jones. Jarier réalise le meilleur tour en course : 1'39''557'''. Il a 53 secondes de retard sur Reutemann

 

56e : Jarier ralentit soudainement car il est en panne d'essence ! Il arrête sa Lotus dans la portion « The Boot ». Tous ses merveilleux efforts pour rattraper le temps perdu en début de course n'ont donc servi à rien...

 

57e : Grâce à l'abandon de Jarier, Tambay entre dans les points. Il n'a que quelques secondes de retard sur Fittipaldi.

 

59ème et dernier tour : Carlos Reutemann remporte sa quatrième victoire de la saison, la deuxième à Watkins-Glen après celle obtenue en 1974. Jones termine deuxième et apporte enfin à Williams la récompense de ses efforts depuis le début de la saison. Scheckter grimpe sur la dernière marche du podium. Jabouille finit quatrième et offre ainsi à la Renault turbo ses premiers points en championnat du monde. Fittipaldi et Tambay prennent les derniers points. Sont aussi à l'arrivée ; Hunt, Daly, Arnoux, Pironi, Laffite, Rahal, Lunger, Regazzoni et Stommelen.

 

Après la course

Le succès de Reutemann et de Ferrari est surtout le quatrième de la saison pour Michelin, le deuxième aux États-Unis... sur les terres de Goodyear. La firme d'Akron a certes remporté la majorité des courses de cette saison, mais elle craint de plus en plus la concurrence des Clermontois.

 

De retour aux stands Jarier voit Colin Chapman lui sauter dans les bras pour le féliciter. Le patron de Lotus a apprécié à juste valeur son incroyable remontée.

 

Aux classements mondiaux Reutemann rejoint Lauda à la troisième place. Ils possèdent 44 points chacun, soit sept de moins que Peterson qu'ils peuvent encore dépasser en cas de victoire à Montréal. La deuxième place de la coupe des constructeurs est plus disputée puisque Brabham n'a plus que quatre points d'avance sur Ferrari. La Scuderia a le vent en poupe en cette fin de saison et les moyens de doubler l'équipe de Bernie Ecclestone.

Tony