Jacques LAFFITE
 J.LAFFITE
Ligier Matra
Niki LAUDA
 N.LAUDA
Ferrari
Jody SCHECKTER
 J.SCHECKTER
Wolf Ford Cosworth

293e Grand Prix

XXIV Grote Prijs van Nederland
Ensoleillé
28 août 1977 - Zandvoort
75 tours x 4.226 km - 316.950 km
Affiche
F1

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Le duel entre Hunt et Andretti se termine par un accrochage.

Il ne reste plus que cinq épreuves dans ce championnat 1977 de Formule 1, et les observateurs ne voient pas ce qui pourrait empêcher Niki Lauda de remporter son deuxième titre mondial. L'Autrichien n'a certes remporté que deux courses cette saison, mais il est d'une régularité de métronome, assurant des points chaque fois qu'il le peut. Il a seize longueurs d'avance sur Jody Scheckter, dont la Wolf demeure une bonne machine, mais qui a abandonné cinq fois lors des six dernières courses. Harvey Postlethwaite adapte cependant sa création à chaque tracé afin de permettre à l'unique pilote de l'équipe d'être à chaque fois compétitif. Mais Scheckter sait que ces moyens sont insuffisants pour lutter contre la puissante Scuderia Ferrari.

La McLaren M26 de James Hunt et la Lotus 78 de Mario Andretti semblent être les voitures les plus rapides du plateau. Mais l'Anglais comme l'Américain sont désormais trop distancés au championnat pour espérer menacer Lauda.

 

Dans la presse apparaissent des rumeurs selon lesquelles Niki Lauda quitterait Ferrari à la fin de la saison. L'Autrichien est en effet en pourparlers avancés avec Bernie Ecclestone pour rejoindre Martini Brabham en 1978. Ecclestone voit en Lauda le leader qui manque à son équipe depuis le décès de Carlos Pace, capable de tirer le meilleur parti du Flat 12 Alfa Romeo... et de la future BT46, une monoplace très ambitieuse que prépare Gordon Murray. De son côté Lauda ne voit que des avantages à quitter la Scuderia, gigantesque machine dont le fonctionnement est perturbé par des intrigues permanentes. A l'inverse, Brabham est une petite structure où il n'y a qu'un seul et unique chef, mais avec lequel on peut discuter: Bernie Ecclestone.

 

March apporte à Zandvoort la dernière création de Robin Herd, la 771, qui sera confiée seulement à Ian Scheckter. Pour l'équipe de Max Mosley, c'est la voiture de la dernière chance car elle rencontre de telles difficultés financières que sa présence en 1978 n'est rien moins qu'assurée.

 

Après avoir été remplacé par Arturo Merzario en Autriche, Riccardo Patrese fait son retour dans la deuxième Shadow à l'occasion de ce Grand Prix des Pays-Bas. De son côté Merzario est à nouveau au volant de sa March privée. Pour cette épreuve, le Néerlandais Michael Bleekemolen est engagé sur une March de l'équipe RAM, qui aligne ainsi avec Boy Hayje deux Hollandais. Après quelques timides apparitions en 1976, l'équipe néerlandaise Boro s'inscrit pour cette épreuve à domicile. Ayant abandonné son équipe, Brian Henton est au volant de la 001, qui n'est autre que l'Ensign N175 modifiée.

BRM est aussi de retour avec le Belge Teddy Pilette qui, plein d'humour ou inconscient, pense que la P207 n'est pas « une si mauvaise voiture que ça... »

 

Après deux courses d'absence, la Renault turbo est de nouveau sur le circuit, toujours aux mains de Jean-Pierre Jabouille.

 

Les qualifications

Après plusieurs Grands Prix difficiles, Andretti et sa Lotus ont retrouvé leur meilleur niveau. L'Italo-Américain survole les essais et réalise sa cinquième pole position de la saison. A ses côtés en première ligne on retrouve l'étonnant Jacques Laffite, dont la Ligier ne cesse de progresser. Les deux rivaux Hunt et Lauda se partagent la deuxième ligne, puis viennent ensuite Nilsson, Reutemann, Peterson et Watson. Après avoir cassé un turbo le vendredi, Jabouille réalise un très beau dixième temps avec la Renault. Les hommes de Gérard Larrousse ont le sourire. Pierre Dupasquier, le responsable de chez Michelin, est tout aussi heureux: il a aperçu les ingénieurs de Goodyear noter consciencieusement les temps partiels de la Renault-Elf...

En sixième ligne on retrouve deux Français, Depailler et Tambay. Vainqueur en Autriche, Jones est seulement treizième. Grosse déception pour Jody Scheckter, seulement quinzième, derrière un tout aussi décevant Jochen Mass.

Henton parvient à qualifier la Boro en vingt-troisième position. La nouvelle March ne donne pas satisfaction: non seulement I. Scheckter n'est que 25ème sur la grille, mais en plus il se retrouve derrière son équipier Ribeiro. Keegan est dernier sur la grille.

 

Les non-qualifiés sont Pilette, Rebaque, Ashley, Schuppan, Merzario, Nève, Hayje et Bleekemolen. Il n'y aura donc pas de Néerlandais au départ du Grand Prix des Pays-Bas.

 

Le Grand Prix

Au cours du warm-up, une énorme fuite d'huile frappe la Ligier de Laffite. C'est une catastrophe: la JS7 est inutilisable pour la course. Georges Martin ne comprend pas: en huit ans de compétition, jamais le V12 Matra n'avait connu pareille avarie. En hâte, les gars de Gérard Ducarouge préparent la voiture de réserve à empattement court. Nul ne sait comment celle-ci se comportera... Ce n'est qu'une demi-heure avant le coup d'envoi que Laffite sait qu'il pourra participer au Grand Prix.

 

Départ: Hunt s'élance très bien et se faufile à l'extérieur pour déborder Andretti, lequel contient difficilement Laffite infiltré à sa gauche. Derrière, Watson est à la lutte avec les deux Ferrari. Mass touche Jones et sort de la piste à Gerlach. Il tape les protections. La course s'arrête là pour l'Allemand.

 

1er tour: Laffite passe Andretti en début de tour. Hunt mène devant Laffite, Andretti, Lauda, Reutemann, Watson, Regazzoni, Peterson, Tambay et Nilsson.

 

2e: Dans la ligne droite principale Andretti prend l'aspiration de Laffite et le déborde à Tarzan. Peterson passe Regazzoni, puis Nilsson double les deux Ensign de Tambay et de Regazzoni. Watson ralentit soudainement en fin de tour à cause d'une rupture de son carter d'huile.

 

3e: Andretti revient sur les talons de Hunt. Watson met pied à terre au stand Brabham.

 

4e: Andretti est juste derrière Hunt. Roulent ensuite à bonne distance Laffite, Lauda et Reutemann.

 

5e: Andretti attaque Hunt par l'extérieur à Tarzan, mais l'Anglais résiste. Jarier s'arrête à son stand pour changer de pneus mais ne parvient pas ensuite à faire redémarrer son moteur. Il doit donc abandonner.

 

6e: Andretti tente la même manœuvre qu'au tour précédent, en déboîtant Hunt par l'extérieur à Tarzan. Hunt serre son rival sur le côté et ce dernier ne cède pas: le choc est inévitable. L'arrière de la McLaren heurte l'avant de la Lotus et décolle légèrement. Andretti part en tête-à-queue en pleine piste mais peut se relancer après avoir laissé passer Laffite, Lauda et Reutemann. Hunt en revanche ne fait que quelques mètres avant de stopper dans l'herbe, suspensions avant pliées.

 

7e: Laffite est le nouveau leader, une demi-seconde devant Lauda qui est juste devant Reutemann. Suivent Andretti, Peterson, Nilsson, Regazzoni, Tambay, Depailler et Jones.

 

9e: La Lotus d'Andretti n'a absolument pas souffert de l'accrochage avec Hunt. L'Américain est ainsi déjà sur les talons de Reutemann. Keegan sort de la piste et abandonne.

 

10e: Andretti attaque Reutemann à Tarzan et le passe sans difficulté. Nilsson passe Peterson et Scheckter prend la dixième place à Jones. De retour au stand McLaren, Hunt pique une colère noire. Il faudra beaucoup de temps pour l'apaiser.

Patrese tente une attaque trop audacieuse sur Stuck pour obtenir la quatorzième place. Ce faisant il use grandement ses pneus.

 

12e: Andretti menace Lauda mais l'Autrichien ne bronche pas. Patrese fait changer ses gommes et repart en dernière position.

 

14e: Rencontrant des problèmes avec son moteur, Andretti doit lever le pied et regagner les stands.

 

15e: Le moteur Cosworth d'Andretti a rendu l'âme: c'est terminé pour l'Américain. C'est la quatrième fois consécutive qu'il rencontre un problème de ce type.

 

17e: Laffite mène toujours d'une courte tête devant Lauda et Reutemann.

 

18e: Regazzoni tombe en panne d'accélérateur : c'est l'abandon pour le Suisse. Sur l'autre Ensign, Tambay entre dans les points.

 

19e: Lauda met la pression sur Laffite. Peterson est au stand Tyrrell à cause d'un souci d'allumage. Le Suédois ne repartira pas.

 

20e: A l'abord de la ligne droite principale, Lauda se glisse dans les échappements de Laffite et le double sur la ligne de chronométrage.

 

21e: Laffite ne s'en laisse pas compter et reprend la première place dans la courbe de Tarzan. A la fin du tour Lauda effectue la même manœuvre que lors de la boucle précédente et déborde Laffite sur la ligne. Alors qu'il était sixième, Depailler revient aux stands à cause d'une crevaison.

 

22e: Laffite tente de repasser Lauda à Tarzan, mais cette fois-ci l'Autrichien tient bon. Le pilote français est en tout cas très étonné de l'excellente tenue de son mulet.

 

23e: Lauda est désormais leader devant Laffite et Reutemann. Viennent ensuite Nilsson, Tambay, Scheckter, Jones, Jabouille, Fittipaldi et Brambilla. Depailler a repris la piste en seizième position.

 

26e: Lauda compte trois secondes d'avance sur Laffite. Reutemann est à deux secondes du Français et est gravement menacé par Nilsson.

 

28e: Nilsson est dans les roues de Reutemann, mais ne parvient pas à trouver l'ouverture.

 

30e: Nilsson est toujours bloqué derrière Reutemann.

 

32e: Depailler rencontre des problèmes avec son moteur et abandonne. Il n'a plus inscrit le moindre point depuis le GP de Suède.

 

33e: Le moteur de Jones explose, ce qui oblige l'Australien à stopper dans l'herbe.

 

34e: Les leaders sont dans le trafic, et Laffite est gêné par Binder. Jabouille effectue un tête-à-queue mais repart. Il a entretemps cédé la septième place à Fittipaldi.

 

35e: Avant l'enchaînement du Panorama, Nilsson perd le contrôle de sa Lotus et part en toupie. Il heurte par l'arrière Reutemann, l'envoyant en tête-à-queue, avant d'atterrir dans les graviers. C'est terminé pour le jeune Suédois. Reutemann repart aussitôt mais son train arrière a souffert de l'accrochage.

 

36e: Reutemann est au stand Ferrari pour faire réparer l'arrière sa machine. L'Argentin reprend la piste en 13ème position.

 

38e: Lauda mène avec cinq secondes d'avance sur Laffite. L'étonnant Tambay est troisième sur la modeste Ensign, puis viennent Scheckter, Fittipaldi et Jabouille. Brambilla est septième et Henton huitième sur la Boro.

 

39e: Renault n'inscrira pas ses premiers points en F1: Jabouille revient au garage avec un bris de suspension à l'arrière gauche et se retire.

 

42e: Lauda compte quatre secondes d'avance sur Laffite. Tambay est relégué à plusieurs dizaines de secondes mais qu'importe: chez Theodore tout le monde espère qu'il pourra obtenir un podium inespéré.

 

45e: L'écart entre Lauda et Laffite est stable. Reutemann est désormais douzième mais doit encore remonter tout le peloton pour espérer inscrire des points.

 

48e: Toujours quatre secondes d'écart entre les deux leaders. Laffite ne cesse pourtant pas d'attaquer. Tambay est à plus de quarante secondes des leaders.

 

51e: Reutemann prend la onzième place à Ian Scheckter.

 

52e: Tête-à-queue de Henton qui se plante dans les graviers. L'Anglais parvient toutefois à repartir, poussé par les commissaires de piste.

 

55e: L'écart est toujours stable entre Lauda et Laffite. Tambay est relégué à 55 secondes, Scheckter à plus d'une minute.

 

59e: Brambilla prend la cinquième place à Fittipaldi.

 

61e: Lauda prend un tour à Fittipaldi et à Brambilla.

 

62e: Reutemann passe Lunger, qui s'efface devant Lauda.

 

63e: Lauda prend un deuxième tour à Reutemann.

 

64e: Lauda est bloqué derrière Stuck, ce qui permet à Laffite de revenir derrière la Ferrari.

 

67e: Reutemann passe Binder et se retrouve huitième.

 

68e: Laffite est dans les roues de Lauda.

 

69e: Brambilla perd le contrôle de sa Surtees à la sortie de Pulleveld et heurte de face le rail intérieur. Au même moment Reutemann double Stuck et s'empare de la sixième place. Patrese abandonne suite à la rupture de la courroie de la pompe à injection.

 

70e: Henton a reçu le drapeau noir pour être reparti avec l'aide des commissaires mais ne s'est pas arrêté. Il stoppe finalement la Boro devant les stands, victime d'une fuite d'essence.

 

72e: Laffite est toujours dans les échappements de Lauda, mais l'Autrichien tient bon et signe même le meilleur en course en 1'19''99'''.

 

75ème et dernier tour: Les deux leaders doublent un Tambay au ralenti. Le jeune Français est en panne d'essence et doit s'arrêter dans l'herbe. Il perd ainsi un exceptionnel podium. Scheckter récupère la troisième place.

 

Niki Lauda a tenu bon jusqu'au bout et remporte sa troisième victoire de la saison, la quinzième de sa carrière. Laffite échoue au deuxième rang, mais peut être très content car il a démontré qu'une Ligier même préparée en hâte pouvait jouer la victoire à la régulière. Après l'abandon de Tambay, Jody Scheckter récupère la troisième marche du podium. Fittipaldi est quatrième, ce qui est de loin le meilleur résultat de sa Copersucar F5. Tambay est classé cinquième et obtient tout de même deux points en récompense de sa très belle course. Reutemann obtient la sixième place. Sont aussi à l'arrivée Stuck, Binder, Lunger, I. Scheckter et Ribeiro.

 

Après la course

Sur le podium, Lauda a bien du mal à se mouvoir entre l'immense couronne de fleurs qu'on lui offre et la coupe qu'il doit soulever. D'autant plus que le vent de la mer du Nord envoie le ruban tricolore ornant sa gerbe dans la figure du pauvre Scheckter...

 

Chez Ligier, la belle deuxième place de Laffite vaut bien une victoire. « Quand même, si j'avais eu la voiture des essais du samedi, je crois que j'aurais pu réussir un joli truc ! », déclare modestement le pilote français, pensant plus que jamais à une deuxième victoire. En attendant, il va retrouver son épouse Bernadette qui vient de donner naissance à sa première fille, Camille.

 

Ce succès permet à Lauda de prendre une grande option sur le titre mondial. Il compte en effet désormais vingt-et-un points d'avance sur Scheckter, vingt-huit sur Reutemann et trente-et-un sur Andretti. Hunt est officiellement exclu de la course au titre, ce qui ne calme pas sa colère.

Au classement des constructeurs, Ferrari accroit son avance sur Lotus qui n'a inscrit aucun point. Avec trente-trois points d'avance, la Scuderia est bien partie pour remporter sa troisième coupe consécutive.

Tony