Carlos REUTEMANN
 C.REUTEMANN
Ferrari
James HUNT
 J.HUNT
McLaren Ford Cosworth
Patrick DEPAILLER
 P.DEPAILLER
Tyrrell Ford Cosworth

297e Grand Prix

XIII Japanese Grand Prix
Ensoleillé
23 octobre 1977 - Fuji
73 tours x 4.359 km - 318.207 km
Affiche
F1

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
A la suite d'un accrochage avec Ronnie Peterson, la Ferrari de Gilles Villeneuve causera la mort de deux spectateurs.

Ce dernier Grand Prix est presque sans enjeu. Avec huit points d'avance sur Mario Andretti, Jody Scheckter est presque assuré d'être vice-champion derrière Niki Lauda. Chez les constructeurs en revanche, la situation est plus incertaine pour la deuxième place: Lotus n'a que sept points d'avance sur Wolf.

Mais on s'attend surtout à une nouvelle lutte entre Mario Andretti et James Hunt, les deux animateurs de cette fin de saison.

 

Le champion du monde Niki Lauda n'a pas fait le déplacement. Il a quitté pour de bon la Scuderia Ferrari. De nouveau celle-ci est défendue par Carlos Reutemann et Gilles Villeneuve.

 

Pour ce long et coûteux déplacement au Japon, de nombreuses écuries déclarent forfait : Renault, Copersucar, Williams, BS Fabrications et Hesketh. En revanche, pour la première fois, l'écurie Ligier-Matra aligne une deuxième voiture confiée à Jean-Pierre Jarier. Guy Ligier espère bien convaincre « Godasse de plomb » de le rejoindre pour 1978.

Une seule March est engagée: celle d'Alex Ribeiro, Ian Scheckter ne faisant pas le déplacement à cause de problèmes avec son visa. A court de liquidités, l'équipe de Max Mosley dispute probablement son dernier Grand Prix.

Comme l'année précédente, cette course voit la participation d'équipes et de pilotes locaux. L'équipe Kojima est de retour avec deux nouvelles KE009: l'une officielle confiée à Noritake Takahara, l'autre engagée par Heros Racing Corporation et pilotée par Kazuyoshi Hoshino qui avait fait forte impression en 1976 sous le déluge. Enfin Meritsu Racing Team aligne une vieille Tyrrell 007 privée pour Kunimitsu Takahashi, ancien motocycliste reconverti en pilote de monoplaces.

 

Pour sa dernière course chez Lotus, Gunnar Nilsson pilote une 78 à livrée rouge, couleur de la marque de cigarette Imperial Tobacco.

 

Les qualifications

Les essais se résument comme on l'attendait à un duel Andretti-Hunt, avec les Martini Brabham en arbitres. L'Américain obtient sa septième pole de la saison, deux dixièmes de seconde devant Hunt. Les Brabham de Watson et de Stuck occupent la deuxième ligne, puis viennent Laffite, Scheckter, Reutemann et Mass. Brambilla et Regazzoni occupent la cinquième ligne.

Nilsson est seulement quatorzième sur la seconde Lotus, tandis que les Tyrrell boivent la tasse: Depailler et Peterson sont respectivement 15ème et 18ème. Le jeune Villeneuve, sur une deuxième Ferrari toujours proprement inconduisible, est seulement vingtième. Jarier est dix-septième avec la seconde Ligier, juste derrière Tambay.

 

A noter la très belle performance de Hoshino sur la Kojima, qualifié au onzième rang. Les deux autres Japonais brillent moins: Takahara est 19ème et Takahashi 22ème. Ribeiro est vingt-troisième et dernier qualifié.

 

Le Grand Prix

Contrairement à l'année précédente, la course se déroule sous un grand soleil.

 

Départ: Andretti prend un envol catastrophique et se fait déborder par sept voitures. Hunt part donc en tête, suivi par Scheckter qui s'est très bien élancé, tout comme Mass et Regazzoni qui les suivent.

 

1er tour: Hunt mène devant Scheckter, Mass, Regazzoni, Watson, Laffite, Stuck, Andretti, Reutemann et Brambilla. Jarier s'arrête au stand Ligier à cause d'un souci technique. Ribeiro rejoint aussi son garage car son échappement est endommagé.

 

2e: Mass est sur les talons de Scheckter. Dans la descente vers Hairpin, Andretti tente de déborder Laffite, qui vient d'être passé par Stuck. Mais Mario se loupe complétement, sort de la route et tape le rail. C'est terminé pour l'Américain. Quelques secondes plus tard au même endroit, Binder et Takahara entrent en contact. Le Japonais tape le rail tandis que Binder s'arrête dans le gazon, suspension pliée.

 

3e: Hunt a creusé un écart d'environ trois secondes avec Scheckter. Watson passe Regazzoni et Reutemann passe Laffite. Ribeiro a repris la piste en dernière position.

 

4e: Mass continue de menacer Scheckter. Jarier abandonne, moteur cassé. Le V12 Matra subit un problème de ressorts de soupape.

 

6e: Mass double Scheckter à l'épingle et plus loin Brambilla passe Laffite.

 

A la fin de la ligne droite principale, Villeneuve attaque Peterson, mais les deux pilotes ne se comprennent pas. La Ferrari percute l'arrière de la Tyrrell et est catapultée dans les airs. Elle fonce vers le public et fauche au passage deux hommes, un photographe amateur et un commissaire de piste. Elle finit sa course folle derrière les protections, ayant perdu sa coque avant au passage.

Villeneuve est indemne, mais si le public massé derrière les barrières de pneus a pu dans l'ensemble s'écarter à temps, les deux personnes fauchées gisent au sol. Celles-ci s'étaient imprudemment placées devant les protections. La police et les secours se précipitent mais se rendent compte hélas qu'il n'y a rien à faire pour ces malheureux. Ils sont rapidement évacués sur civière, sous les yeux des caméras de télévision. Cette triste saison 1977 se conclut donc pas deux décès supplémentaires. De plus, sept autres spectateurs ont sérieusement été touchés par les débris de la Ferrari et doivent être évacués vers un hôpital.

 

7e: Watson passe Scheckter. Les drapeaux jaunes sont agités à l'endroit du drame. S'y trouve encore en travers, mais hors trajectoire, la Tyrrell de Peterson privée de son aileron arrière.

 

10e: Hunt est confortablement en tête, avec huit secondes d'avance sur Mass, lequel est suivi par Watson. Viennent ensuite Scheckter, Regazzoni, Stuck, Reutemann, Brambilla, Laffite et Patrese.

 

11e: Brambilla s'arrête au stand Surtees pour faire rebrancher un fil de bougie. Nilsson récupère la dixième place.

 

13e: Séparés par seulement une seconde, Mass et Watson luttent pour la deuxième place.

 

15e: Tambay rencontre des soucis avec son moteur et doit abandonner sur le bas-côté.

 

16e: Laffite prend la septième place à Reutemann. Brambilla ressort des stands bon dernier.

 

17e: Nilsson chipe la neuvième place à Patrese.

 

18e: Reutemann reprend son bien à Laffite.

 

20e: Reutemann dépasse Stuck qui est en délicatesse avec ses pneumatiques. Nilsson déborde Laffite.

 

22e: Brambilla est de nouveau à son stand pour rebrancher une bougie.

 

23e: Hunt est toujours un tranquille leader. Stuck s'arrête au stand Brabham pour changer de pneus avant. Il repart en treizième position.

 

26e: Jones prend la neuvième place à son équipier Patrese.

 

29e: Mass stoppe sur le bas-côté, moteur fumant. Au même instant Watson est au ralenti, victime d'une panne de boîte de vitesses.

 

30e: Hunt mène devant Scheckter (28s.), Regazzoni (30s.), Reutemann (38s.), Nilsson (40s.), Laffite (41s.), Jones (43s.), Patrese (44s.) et Depailler (46s.). Revenu à stand, Watson s'entretient avec Bernie Ecclestone avant de sortir de sa machine.

 

31e: Depailler prend la huitième place à Patrese.

 

32e: Regazzoni est sur les talons de Scheckter.

 

34e: Regazzoni passe Scheckter et s'empare du deuxième rang. Clay est en passe d'apporter son premier podium à Ensign.

 

38e: Tandis que Hunt compte plus de vingt secondes d'avance sur Regazzoni, Reutemann remonte sur Scheckter dont la Wolf est peu vaillante.

 

40e: Laffite prend la cinquième place à Nilsson et remonte sur Scheckter et Reutemann.

 

41e: Reutemann se débarrasse de Scheckter, qui se retrouve sous la pression de Laffite.

 

43e: Scheckter s'engouffre dans les stands car sa Wolf souffre d'un terrible sous virage à cause d'un pneu défectueux. Il fait changer son train de gommes et régler son aileron avant.

 

44e: Regazzoni est trahi par son moteur et stoppe dans le gazon. Mo Nunn est dépité: jamais sa voiture n'avait été aussi bien classée en course.

 

45e: Derrière un Hunt intouchable, naviguent désormais Reutemann, Laffite, Nilsson, Jones, Depailler et Patrese.

 

46e: Scheckter reprend la piste en douzième et avant-dernière position, entre Reutemann et Laffite.

 

48e: Scheckter passe Reutemann dans le premier virage et récupère ainsi son tour de retard. Laffite tente de se faufiler dans le sillage du pilote Wolf, Mais Reutemann veille au grain. Laffite retente sa chance par l'intérieur de la courbe 100 R. La Ferrari et la Ligier abordent côte à côte la descente vers l'épingle. Bien qu'il se trouve à l'extérieur, Laffite ne cède pas et se rabat au tournant sur Reutemann qui doit céder pour éviter l'accrochage.

 

50e: Hunt mène devant Laffite (42s.) et Reutemann (49s.). Viennent ensuite Nilsson, Jones, Depailler, Patrese, Stuck, Takahashi, Brambilla, Hoshino, Scheckter et Ribeiro.

 

54e: Jones et Depailler se rapprochent de Nilsson.

 

58e: Jones attaque et dépasse Nilsson. Le jeune Suédois a dû mal à passer ses rapports de boîte.

 

61e: Depailler menace Nilsson.

 

62e: Nilsson est contraint de céder la place à Depailler.

 

63e: Nilsson entre dans les stands. Sa boîte de vitesses n'étant pas réparable, il doit abandonner.

 

65e: Hunt compte désormais une minute d'avance sur Laffite. Jones et Depailler sont en lutte pour la quatrième place.

 

68e: Laffite regarde sa jauge d'essence et s'aperçoit que celle-ci est en berne...

 

69e: Depailler attaque et passe Jones.

 

71e: Scheckter, qui est désormais dixième, signe le meilleur tour en course: 1'14''3'''. Jones n'a pas abdiqué et essaie de rendre la monnaie de sa pièce à Depailler.

 

73ème et dernier tour: Laffite tombe en panne d'essence et doit s'arrêter. Il perd ainsi la seconde place au profit de Reutemann.

 

James Hunt remporte la dixième victoire de sa carrière, sans doute la plus aisée. Il gagne avec plus d'une minute d'avance sur Reutemann. Depailler hérite de la troisième place, juste devant Jones. Laffite parvient tout de même à se classer cinquième. Le jeune Italie Riccardo Patrese est sixième et inscrit ainsi son premier point en Formule 1. Stuck est septième, puis viennent Brambilla, Takahashi, Scheckter, Hoshino et Ribeiro.

 

Après la course

Hunt et Reutemann quittent le circuit sitôt la course finie afin de s'embarquer immédiatement pour l'Europe. Ils n'assistent même pas à la cérémonie du podium, laissant le pauvre Depailler tout seul pour recevoir sa coupe... et entendre le God Save the Queen. C'est l'ingénieur de Marelli qui sable le champagne avec le Français. Les Japonais sont très choqués de l'impolitesse de Hunt et Reutemann, et le font savoir à la CSI. Triste fin de saison pour une terrible année 1977...

 

Aux classements généraux, ce dernier Grand Prix n'a aucune incidence majeure. La victoire de Hunt permet seulement à McLaren d'acquérir la troisième au classement des constructeurs devant Wolf.

 

La saison 1977 s'achève par le succès de la Scuderia Ferrari aux championnats des pilotes et des constructeurs. Mais l'équipe italienne est complétement déboussolée en cet automne: privée de Niki Lauda, désormais dépassée sur le plan technique par les Lotus et les McLaren, en proie à de persistants conflits internes, elle semble incapable de triompher à nouveau en 1978. Se fondant sur la fin de cette année, beaucoup de journalistes pensent que la future saison 1978 opposera la Lotus wing car de Mario Andretti à la McLaren de James Hunt... avec les Brabham-Alfa Romeo de Niki Lauda et John Watson en outsiders.

 

Maladie de Gunnar Nilsson

Après son abandon, Gunnar Nilsson a eu la désagréable surprise de souffrir de saignements de nez et de fortes nausées. Comme les maux persistent les jours suivants, il effectue des examens qui révèlent qu'il souffre de plusieurs tumeurs au cerveau et au foie. Nilsson est stoppé en plein élan: il venait de signer un contrat pour 1978 avec la nouvelle équipe Arrows. Il se fait opérer durant l'hiver puis annonce qu'il renonce à disputer la saison suivante. Mais le motif officiel de son forfait est une « simple » hépatite.

Le jeune Suédois entame un combat de plusieurs mois contre la maladie.

Tony