Niki LAUDA
 N.LAUDA
Ferrari
Mario ANDRETTI
 M.ANDRETTI
Lotus Ford Cosworth
Alan JONES
 A.JONES
Shadow Ford Cosworth

294e Grand Prix

XLVIII Gran Premio d'Italia
Ensoleillé
11 septembre 1977 - Monza
52 tours x 5.800 km - 301.600 km
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Ferrari est Champion du Monde
  • 63e victoire pour Lotus
  • 7e et dernier podium pour Shadow
Moteur

Niki Lauda quitte Ferrari

La grande affaire qui agite le paddock de Monza, c'est le départ de Niki Lauda de la Scuderia Ferrari. Fatigué des querelles intestines et surtout très amer d'avoir perdu la confiance d'Enzo Ferrari depuis le GP du Japon 76, le pilote autrichien a officialisé son départ de l'équipe italienne. Bien évidemment le Commendatore a aussi dénoncé la « trahison » de son pilote. La presse transalpine se déchaîne contre l'Autrichien. A Monza, les tifosi sont en revanche assez partagés. Une partie d'entre eux s'en prend aux dirigeants de Ferrari dont l'incompétence a entraîné le départ de leur champion. Mais une autre frange agresse violemment Lauda. Ce dernier est assez inquiet pour sa sécurité et demande à Sante Ghedini de lui fournir deux gardes du corps. Afin d'échapper au tumulte, il se réfugie à la villa d'Este sur le lac de Côme, en compagnie de son épouse de Marlène, de James Hunt, de Walter Wolf et d'Aleardo Buzzi, le « grand patron » de la compétition chez Marlboro.

 

Lauda n'a pas encore annoncé quelle serait sa future équipe. Wolf a essayé de le recruter mais le pilote autrichien a en fait déjà signé son contrat avec Brabham. L'annonce officielle aura lieu après le GP d'Italie. De leur côté, Fiat et Ferrari sont déjà en quête d'un remplaçant. La Scuderia a approché Jody Scheckter mais celui-ci a un contrat ferme avec Walter Wolf pour 1978.

 

Lotus retient Andretti

Enzo Ferrari tente alors de recruter Mario Andretti qu'il estime beaucoup et sait immensément populaire en Italie. Il lui offre le double de son salaire chez Lotus. Andretti hésite. « Deux aspects me tourmentaient, raconte-t-il un peu plus tard. L'argent, et la longévité des Ferrari. Je ne cessais de penser à ce Flat 12 qui tenait presque toujours jusqu'à l'arrivée. Le championnat venait précisément de m'échapper parce qu'une série de moteurs Cosworth m'avaient lâché en course. » Mais le concept fantastique de la 78 à effet de sol est un avantage de poids en faveur de Lotus. Il ne reste qu'à améliorer la fiabilité des moteurs pour les « Noires et Or » écrasent la concurrence.

 

Présentation de l'épreuve

En arrivant à Monza, Niki Lauda est très confortablement installé en tête du championnat du monde. Il possède 21 points d'avance sur Jody Scheckter et peut être titré s'il remporte la course et que son rival ne marque pas plus de trois points. La Scuderia Ferrari est pour sa part toute proche de son troisième titre des constructeurs consécutif. Il lui suffit pour s'en assurer à Monza de ne pas perdre plus de six points par rapport à Lotus.

 

Ce Grand Prix national voit l'engagement de nombreux pilotes italiens. McLaren engage une troisième voiture, une M23, confiée au jeune pilote de Formule 2 Bruno Giacomelli. Brabham aligne aussi une troisième voiture pour Giorgio Francia, pilote Alfa Romeo en endurance. C'est un cadeau de Carlo Chiti...

Chez Surtees l'Italien Lamberto Leoni, récent vainqueur d'une course de F2 à Misano, remplace Vern Schuppan. L'Espagnol Emilio de Villota fait son retour sur sa McLaren privée. Les Hollandais de Boro se présentent de nouveau, toujours avec Brian Henton comme pilote. Enfin l'équipe RAM déclare forfait pour ce Grand Prix.

Après bien des difficultés, le pilote suisse Loris Kessel présente sa propre voiture, l'Apollon Fly. C'est une Williams FW04 redécorée... et bien entendu très lente...

 

Lorsqu'il arrive sur le circuit avec les membres de son équipe, Arturo Merzario est surpris de se voir alloué un petit stand où l'équipe Lotus a déjà entreposé son matériel. Le petit Italien est outré de la façon dont il est traité et décide de protester en déclarant forfait. Il entend dénoncer le mépris dont ferait preuve la F1CA envers les indépendants qui ne se verraient allouer que des mauvais stands et des pneus de piètre qualité. Mais certains susurrent que Merzario a saisi là un bon prétexte pour s'éviter l'humiliation d'une non-qualification à domicile...

 

Les qualifications

Les essais du samedi matin sont marqués par le terrible accident dont est victime Patrick Tambay à Lesmo: son Ensign sort de la piste à 200 km/h, heurte deux fois le rail avant de se retourner. Le jeune Français, miraculeusement indemne, regagne les stands, blanc comme un linge...

 

Inquiet de la progression des pneus Michelin utilisés par Renault, Goodyear a amené des gommes ultra-tendres. Les performances des voitures s'en ressentent fortement: les vingt-quatre qualifiés vont battre le temps de la pole position de Jacques Laffite en 1976 !

 

Hunt attaque ce week-end avec un esprit de revanche, après les affronts que lui ont fait subir les Italiens la saison précédente. Il réalise la pole position en 1'38''08''', soit un temps de trois secondes inférieur à celui de Laffite en 76 ! Soudainement revigoré après plusieurs mauvaises courses, Reutemann obtient la seconde place. La deuxième ligne de la grille est composée de Scheckter et d'Andretti. Lauda est cinquième, suivi par le jeune Patrese qui obtient un excellent sixième temps. Suivent Regazzoni, Laffite, Mass et Brambilla. Les Brabham-Alfa Romeo déçoivent beaucoup: Stuck est onzième et Watson quatorzième. Elles encadrent les Tyrrell. Le jeune Giacomelli se qualifie en quinzième place. A noter la piètre qualification de Nilsson, seulement 19ème.

Jabouille est seulement vingtième avec la Renault. Il précède Tambay qui cette fois n'a pas brillé. Nève qualifie la March de l'équipe Williams à la dernière place.

 

Parmi les non-qualifiés, on compte la Brabham de Francia, la McLaren de de Villota, l'Apollon de Kessel, la Penske-ATS de Binder, la BRM de Pilette, la Boro de Henton, la March de Ribeiro, l'Hesketh d'Ashley, la Surtees de Leoni... et la Copersucar de Fittipaldi. Comme à Hockenheim, la voiture brésilienne manque cruellement de puissance en ligne droite et le double champion du monde, dégoûté, est donc exclu de la course.

 

Le Grand Prix

Sur la grille de départ, Niki Lauda demande à Roberto Nosetto s'il a donné comme consigne à Carlos Reutemann de le laisser passer si l'occasion se présente. Le directeur sportif répond par l'affirmative... sans avoir prévenu Reutemann...

 

Départ: Comme d'habitude à Monza, le départ est donné de façon catastrophique. Reutemann enclenche la première vitesse cinq bonnes secondes avant l'extinction des feux et coupe même la ligne. Andretti fait de même. Lorsque les monoplaces démarrent, c'est cependant Scheckter qui prend le meilleur envol. Le Sud-Africain aborde le premier virage en tête, suivi par un incroyable Regazzoni, Hunt, Andretti, Reutemann et Lauda.

Laffite rencontre un problème d'embrayage et se fait passer par tout le peloton. Suite à une surchauffe, de l'eau bouillante se déverse dans son cockpit. La Ligier démarre finalement, poussée par les commissaires.

 

1er tour: A la Variante della Roggia Ian Scheckter part en tête-à-queue et se retrouve dans les graviers, mais il parvient aussitôt à repartir. En tête, Hunt déborde Regazzoni par l'extérieur de la Variante Ascari. Le Suisse se fait ensuite passer par Andretti dans la Parabolica.

A la fin de ce tour J. Scheckter mène devant Hunt, Andretti, Regazzoni, Reutemann, Lauda, Mass, Watson, Brambilla et Stuck. Laffite s'arrête à son stand pour refaire le plein d'eau et va repartir avec deux tours de retard.

 

2e: Andretti déborde Hunt. Ces deux pilotes sont à environ deux secondes de Scheckter. Reutemann passe Regazzoni à la Variante Ascari. A la Parabolique Lauda double à son tour le pilote Ensign.

 

3e: Dans le peloton, Watson tente à la première chicane de doubler par l'intérieur, et d'un seul coup, Regazzoni et Mass. Mais le Nord-Irlandais se loupe complétement et sort de la piste. En reprenant la trajectoire il heurte légèrement Brambilla, qui doit partir dans le gazon pour l'éviter. Peu après Watson doit ralentir, sa Brabham étant endommagée. Plus loin Mass et Stuck passent Regazzoni.

 

4e: Scheckter compte trois secondes d'avance sur Andretti. Watson est dans les stands et ne repartira pas, son support moteur s'étant brisé.

 

5e: Lunger s'arrête dans le gazon, moteur fumant. Nilsson est quant à lui dans les stands à cause d'un bris de suspension à l'avant, et doit abandonner.

 

6e: Stuck prend la sixième place à Mass. Brambilla a endommagé son radiateur dans son accrochage avec Watson et son moteur surchauffe. Il s'arrête dans le gazon.

 

7e: Scheckter compte toujours environ trois secondes d'avance sur Andretti. Une seconde derrière la Lotus viennent Hunt puis les deux Ferrari roues dans roues. Suite à une sortie de piste, Patrese chute du neuvième au quatorzième rang.

 

8e: Andretti est revenu à une demi-seconde de Scheckter.

 

9e: Andretti est dans les échappements de Scheckter. Le moteur de Tambay surchauffe: le jeune Français revient au stand Ensign et abandonne.

 

10e: Dans le Rettifilo Centrale, Andretti prend l'aspiration de Scheckter et le déborde par l'extérieur dans la Parabolica. Le Sud-Africain doit céder pour éviter l'accrochage. Plus loin Jones dépasse Regazzoni.

 

11e: Andretti a pris une seconde de marge sur Scheckter. Reutemann et Lauda reviennent sur Hunt, tout en étant gênés par Jarier.

 

12e: Reutemann attaque Hunt par l'extérieur de la première chicane. L'Argentin passe, mais le champion en titre veut résister, met deux roues dans les graviers et part en tête-à-queue. Il se fait passer par Lauda, Stuck, Mass, Jones et repart sous le nez de Regazzoni.

 

14e: Andretti compte une seconde d'avance sur Scheckter, cinq secondes sur Reutemann et six secondes sur Lauda. Jones passe Mass. Patrese chute dans le classement après être passé par les stands.

 

15e: Les deux Ferrari perdent du temps en étant bloquées derrière Jarier.

 

17e: Andretti compte désormais plus de deux secondes d'avance sur Scheckter. Reutemann et Lauda ne trouvent toujours pas l'ouverture sur Jarier.

 

18e: Hunt double son équipier Mass et revient en septième position. Devant les deux McLaren, Jones menace la cinquième place de Stuck.

 

20e: Les deux Ferrari parviennent enfin à se débarrasser de Jarier, dont la Penske commence à donner des signes de faiblesses.

 

21e: Jarier revient au ralenti au stand ATS et abandonne, en panne de moteur.

 

23e: Andretti compte trois secondes d'avance sur Scheckter, Patrese se trouvant entre les deux, à un tour.

 

24e: Scheckter est trahi par son moteur et doit s'arrêter sur le bas-côté. C'en est fini de ses derniers espoirs de sacre. Dans le même temps Jabouille revient au stand au ralenti, lui aussi en panne de moteur. Jones prend la quatrième place à Stuck.

 

25e: Alors neuvième, Depailler tombe en panne de moteur. Il s'arrête dans l'herbe à Lesmo. Jabouille est au stand Renault et met pied à terre. Hunt rencontre des soucis avec ses freins et entre dans les stands

 

26e: Andretti mène avec huit secondes d'avance sur Reutemann et Lauda, toujours roues dans roues. Jones est quatrième, suivi par Stuck, Mass, Regazzoni, Peterson, I. Scheckter et Giacomelli.

 

28e: Keegan part en tête-à-queue à la première chicane et se plante dans les graviers. Néanmoins les commissaires acceptent de le pousser et il reprend la piste. Il regagne ensuite le garage Hesketh où il va faire changer son capot.

 

30e: Patrese s'efface devant les deux Ferrari après les avoir gênées pendant deux tours.

 

31e: Andretti réalise le meilleur tour en course: 1'39''1'''.

 

32e: Stuck doit s'arrêter en panne de moteur. Mass récupère la cinquième place, suivi par Regazzoni.

 

33e: Lauda est de plus en plus rapide et menace sérieusement Reutemann. Jones est revenu à trois secondes des Ferrari.

 

35e: Lauda attaque et passe enfin Reutemann.

 

37e: Andretti compte environ dix secondes d'avance sur Lauda. Reparti depuis un tour, Hunt perd le contrôle de sa McLaren privée de freins et part en tête-à-queue à la Variante della Roggia. C'est l'abandon pour le champion du monde.

 

40e: A la sortie de la première chicane, Giacomelli voit son moteur exploser, ce qui l'envoie en tête-à-queue. C'est terminé pour l'Italien, mais sa McLaren a répandu de l'huile sur la piste. Sur ces entrefaites surgissent Lauda et Reutemann. L'Argentin glisse sur l'huile qui se trouve au freinage de la chicane, part en vrille et atterrit dans les graviers. Deux secondes plus tard, il est imité par Patrese qui se laisse aussi surprendre, manquant de peu de percuter la Ferrari. Tous ces pilotes sont hors course.

 

41e: Le drapeau jaune barré de rouge est agité à l'entrée de la première chicane. Les trois monoplaces accidentées sont évacuées.

 

42e: Peterson se laisse surprendre à la première chicane et effectue un « tout droit » dans les graviers. Il repart toujours sixième.

Ian Scheckter abandonne, en panne de transmission.

 

45e: Andretti compte maintenant vingt secondes d'avance sur Lauda.

 

48e: Andretti contrôle tranquillement cette fin de course. Seuls les six premiers sont encore dans le même tour.

 

50e: Andretti mène devant Lauda (18s.), Jones (25s.), Mass (30s.) et Regazzoni (33s.). Peterson est sixième, sur le point de se faire prendre un tour.

 

52ème et dernier tour: Mario Andretti remporte sa quatrième victoire de la saison, la sixième de sa carrière. Lauda termine deuxième à seize secondes. Sa deuxième place offre à Ferrari la coupe des constructeurs pour la troisième année de suite. Jones finit troisième et monte sur son deuxième podium après son succès en Autriche. Mass obtient une belle quatrième place, suivi par Regazzoni et Peterson. Nève termine septième, à deux tours du vainqueur. Laffite finit huitième, suivi par Keegan. Il n'y a que neuf pilotes à l'arrivée.

 

Après la course

La foule envahit la piste et acclame Niki Lauda, mais aussi Mario Andretti. L'Italo-Américain est en effet un peu chez lui à Monza, de par ses origines, mais aussi parce qu'il est un ancien pilote Ferrari. Il est félicité par le sénateur Camillo Ripamonti, président de l'Automobile Club de Milan, par le président du CSAI Alberto Rogano et enfin par Jackie Stewart, lequel verse le champagne dans la coupe du vainqueur. Colin Chapman pousse un soupir de soulagement. Cette fois, le moteur Cosworth a tenu le coup et Andretti a gagné. Celui-ci ne fuira pas chez Ferrari en 1978...

 

Et finalement, Colin Chapman retient son pilote en acceptant toutes ses prétentions salariales. « J'attache beaucoup d'importance à obtenir le contrat le plus avantageux pour moi, souligne Andretti. C'est une règle que je me suis fixée depuis le début de ma carrière. J'ai la passion des bolides, et je conduirais probablement pour rien s'il le fallait. Seulement voilà: je n'y suis pas obligé. Colin connaît ma position: il a la même. Et il me fit une offre égale à celle de Ferrari... »

 

Niki Lauda effectue un très grand pas vers son deuxième titre de champion du monde. Avec désormais vingt-sept points d'avance sur Scheckter, il ne lui manque plus que un petit point pour être titré. Malgré son succès Andretti est désormais hors-jeu.

 

Au classement des constructeurs, Ferrari ne peut plus être rattrapée. Avec cette cinquième victoire en 1977, Lotus consolide sa deuxième place. Plus loin, Wolf n'a plus que quatre points d'avance sur McLaren. Shadow et Tyrrell sont maintenant à égalité à la sixième place.

Tony