Patrick DEPAILLER
 P.DEPAILLER
Tyrrell Ford Cosworth
Jody SCHECKTER
 J.SCHECKTER
Tyrrell Ford Cosworth
Niki LAUDA
 N.LAUDA
Ferrari

271e Grand Prix

XII Sveriges Grand Prix
Couvert
13 juin 1976 - Anderstorp
72 tours x 4.018 km - 289.296 km
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur

La C.S.I. rameute ses troupes contre la F1.C.A.

Le président de la Commission sportive internationale Pierre Ugeux construit peu à peu son front « anti-F1CA » en regroupant autour de lui les principaux dirigeants du sport automobile mondial. Les organisateurs de courses se réunissent au sein du « One Hundred Thousand Dollar Club », dont le nom fait référence au montant de la caution que percevrait la F1CA s'ils rompaient leurs contrats avec elle. Ce groupe, soutenu par la FIA et la CSI, est notamment emmené par le Français Jean-Marie Balestre, le Monégasque Michel Boeri, les Argentins Juan-Manuel Fangio et Juan-Manuel Bordeu, et surtout le très influent président de l'AvD, Fritz Huschke von Hanstein, ennemi juré de Bernie Ecclestone.

 

En revanche, Ugeux ne peut compter sur le soutien pourtant indispensable du R.A.C. britannique, semble-t-il acquis aux constructeurs.

 

Présentation de l'épreuve

Ce Grand Prix de Suède se déroule le même week-end que les 24 heures du Mans. Par conséquent les regards des journalistes sont plutôt tournés vers la Sarthe. Certains pilotes de F1 s'y trouvent. Ainsi Jacky Ickx et Henri Pescarolo, dont les carrières en endurance ont depuis longtemps pris le pas sur leurs prestations en Formule 1.

 

Chez McLaren, Alastair Caldwell s'est avisé que les deux dernières mauvaises prestations des M23 étaient peut-être dues aux modifications apportées après le GP d'Espagne. Aussi ordonne-t-il à ses mécaniciens de revenir à l'ancienne configuration. Seul l'emplacement des radiateurs d'huile – la vraie raison de cette méforme – ne peut être changé, faute de temps...

 

Ickx étant au Mans, il est remplacé chez Williams par le Danois Tom Belsø qui devra cependant déclarer forfait à cause d'un souci de trésorerie. Seul Michel Leclère pilote donc une FW05 ce week-end-là. Le team Surtees est cette fois au grand complet avec Brett Lunger au volant d'une nouvelle TS19 pour assister Alan Jones. L'écurie RAM est de retour: Loris Kessel est toujours premier pilote, assisté par un autre Danois nommé Jac Nelleman, pilote émérite de Formule 3.

 

Avec ses virages à rayons constants, le tracé d'Anderstorp convient aux voitures sous-vireuses. Dans ces conditions la Tyrrell P34, avec ses quatre petites roues directrices à l'avant, est nettement favorite. On attend peu en revanche des Ferrari et des McLaren, généralement peu performantes sur cette piste atypique.

 

Les qualifications

Sans grande surprise, les Tyrrell sont en haut des feuilles des temps. Scheckter réalise sans forcer la première pole position de sa carrière. Mais la surprise vient d'Andretti qui hisse la Lotus 77 au deuxième rang. Il semble qu'un déclic se soit produit avec la 77, enfin compétitive. Non moins étonnante est la troisième place de l'Ensign d'Amon qui ne cesse de progresser. Depailler est quatrième, en retrait par rapport à Scheckter à cause de soucis de... survirage. Lauda s'est débattu avec une Ferrari très sous-vireuse et n'est que cinquième. Le temps froid ne permet pas à ses pneumatiques de monter correctement en température. Il précède Nilsson qui confirme les excellentes dispositions des Lotus. Laffite est septième devant Hunt dont la McLaren est fort peu compétitive sur cette piste. Suivent Peterson, Pace, Regazzoni et Pryce. Mass est seulement treizième. Poleman en 1975, Brambilla n'est cette fois que quinzième. Enfin les performances de la Copersucar de Fittipaldi sont décidément bien inconstantes, puisque le Brésilien n'est que 21ème.

 

Kessel arrache la dernière place sur la grille au détriment de son équipier Nelleman, unique non partant.

 

Patrick Depailler met son retard sur Jody Scheckter sur le compte d'une différence de réglages. Il aimerait adopter les choix de son équipier, mais Ken Tyrrell refuse au nom d'un raisonnement tortueux : « Si je donne à Patrick les mêmes réglages qu'à Jody, il ira peut-être plus vite que lui en course et ils n'auront alors plus qu'une idée : s'entrebattre. Or, je suis sûr qu'Andretti et Amon ne termineront pas. Jody et Patrick doivent réaliser le doublé. Comme en 1976... » Depailler s'incline, peu convaincu...

 

Le Grand Prix

C'est sous un ciel couvert que se déroule cette manche. Les Suédois sont tout de même enthousiastes car cette année ils ont deux pilotes de premier plan à encourager: en plus de Ronnie Peterson, émerge le jeune et brillant Gunnar Nilsson.

 

Départ: Andretti anticipe son envol, ce qui lui permet de se placer en tête au premier virage devant Scheckter, Depailler, Amon et Nilsson.

 

1er tour: Andretti mène devant Scheckter, Depailler, Amon, Nilsson, Lauda, Laffite, Hunt, Peterson et Pace. Watson sort de la piste après que son accélérateur s'est bloqué. La course de la nouvelle Penske est déjà finie. Reutemann est aux stands car son moteur a des problèmes de soupapes.

 

2e: Andretti prend un peu de marge sur Scheckter.

 

3e: Nilsson effectue un tête-à-queue et heurte une barrière. Il est déjà contraint à l'abandon devant le public suédois. Reutemann regagne le stand Brabham: il abandonne pour la sixième fois en sept courses.

 

5e: Andretti a trois secondes d'avance sur Scheckter qui précède Depailler, Amon, Lauda, Laffite, Hunt, Peterson, Pace et Regazzoni. Brambilla prend la onzième place à Mass.

 

6e: Kessel abandonne au stand RAM à cause d'un bris de suspension à l'arrière.

 

8e: Andretti semble assez confortablement installé en tête. Scheckter et Depailler se suivent et précèdent un étonnant Amon.

 

10e: Andretti a six secondes d'avance sur Scheckter et huit sur Depailler qui a Amon dans sa roue. Toutefois la direction de course examine le cas de l'Américain qui a volé le départ. Ertl s'arrête à son stand pour résoudre un problème mécanique.

 

11e: Andretti réalise le meilleur tour en course: 1'28''002'''.

 

12e: Après un début de course calamiteux, Fittipaldi regagne son garage. La tenue de route de la Copersucar est désastreuse et le double champion du monde préfère abandonner.

 

15e: Andretti mène devant Scheckter (7s.), Depailler (9s.), Amon (13s.) et Lauda (16s.). Suivent Laffite, Hunt, Peterson, Pace, Regazzoni, Brambilla et Mass.

 

19e: Perkins renonce, moteur cassé.

 

20e: L'écart est stable entre Andretti et Scheckter. Leclère regagne en panne de moteur le garage Williams. C'est son premier abandon de la saison.

 

23e: Pas de changement en tête de l'épreuve. Amon se rapproche de Depailler.

 

25e: Andretti a huit secondes d'avance sur Scheckter. Chez Lotus on commence à croire en la victoire du pilote américain qui maîtrise parfaitement son sujet.

 

28e: Depailler lâche prise par rapport à Scheckter et voit Amon le menacer dans ses rétroviseurs.

 

30e: Huit secondes séparent Andretti et Scheckter. Depailler et Amon roulent ensemble à une quinzaine de secondes de la tête de course. Lauda est cinquième à vingt-cinq secondes.

 

33e: La course est très calme, la seule lutte concernant Depailler et Amon pour la troisième place. Bien plus loin, Merzario double les Shadow de Pryce et Jarier et se retrouve treizième.

 

35e: Andretti est pénalisé d'une minute pour son départ anticipé. L'Américain n'est ainsi plus leader que sur la piste. Il est en fait onzième. Scheckter récupère le commandement virtuel.

 

36e: Scheckter a dix secondes d'avance sur Depailler et Amon.

 

37e: Merzario prend la douzième place à Mass.

 

38e: Depailler effectue un tête-à-queue à 360° qu'il parvient à contrôler magistralement. Il repart, mais en attendant Amon a pris la deuxième place... Croit-on. Car dans le dernier virage, le Néo-Zélandais est victime d'une rupture de suspension à l'avant-gauche qui l'envoie dans le rail devant les tribunes. Il sort de sa machine avec un violent mal de dos. Toujours sa légendaire malchance...

 

40e: Andretti n'a plus que quatre secondes d'avance sur Scheckter en piste, mais il est remonté au classement réel à la septième place.

 

42e: Scheckter a désormais une quinzaine de secondes d'avance sur Depailler. Lauda est troisième à une trentaine de secondes, devant Laffite, Hunt et Peterson.

 

46e: Le moteur d'Andretti explose, mettant ainsi à terme à ses espoirs d'inscrire au moins un point. Scheckter est désormais en tête sur la piste.

 

47e: Andretti regagne le stand Lotus où il apprend sa pénalité. Mais ce qui compte est la performance de la Lotus 77 qui marque en quelque sorte la renaissance de l'équipe de Colin Chapman.

 

50e: Scheckter a quinze secondes d'avance sur Depailler et trente secondes sur Lauda. Laffite est quatrième à une quarantaine de secondes, loin devant Hunt. Tous ces pilotes roulent isolément. Peterson est sixième et précède Pace, Regazzoni, Brambilla et Merzario.

 

52e: Regazzoni menace Pace pour la septième place.

 

54e: Stuck abandonne, échappement et moteur cassés.

 

55e: Regazzoni prend la septième position à Pace. Décidément très en verve, Merzario s'empare du neuvième rang aux dépens de Brambilla.

 

58e: Scheckter a une vingtaine de secondes d'avance sur Depailler. Suivent Lauda (35s.), Laffite (50s.) et Hunt (1m.). A quelques secondes de l'Anglais, Peterson est sixième mais voit Regazzoni revenir sur lui.

 

60e: Tête-à-queue d'Ertl dont le moteur cale. L'Autrichien doit abandonner.

 

62e: Personne ne peut rattraper les Tyrrell en tête de l'épreuve. Pryce prend la dixième place à Brambilla.

 

64e: Regazzoni est désormais revenu juste derrière Peterson. Celui-ci va essayer d'inscrire au moins un point devant ses supporteurs.

 

65e: Vingt secondes entre Scheckter et Depailler.

 

68e: Regazzoni est dans les échappements de Peterson.

 

69e: Regazzoni prend la sixième position aux dépens de Peterson.

 

70e: Fin de course très tranquille pour Scheckter qui a véritablement réalisé la course parfaite.

 

71e: Merzario est au ralenti: son moteur est en train d'expirer. Pryce et Brambilla lui passent devant avant qu'il ne soit obligé de s'arrêter.

 

72ème et dernier tour: Jody Scheckter remporte sa quatrième victoire en F1, la première de la Tyrrell P34 à six roues. Depailler finit deuxième et apporte ainsi un doublé à Tyrrell en Suède, exactement comme en 1974. Lauda est troisième après une course sage au cours de laquelle il n'avait pas les moyens de triompher. Laffite obtient une belle quatrième place. Handicapé par une tenue de route catastrophique, Hunt s'est démené pour sauver la cinquième position. Regazzoni prend le dernier point juste devant le héros local Peterson. Pryce, Brambilla, Mass, Jarier, Jones et Lunger voient aussi le drapeau à damiers.

 

Après la course

Ken Tyrrell et Derek Gardner sont aux anges: moins de dix mois après sa présentation, pour sa quatrième course seulement, la P34 à six roues est victorieuse. Certes le tracé d'Anderstorp lui convenait admirablement, mais les curieuses machines bleues semblent être désormais les principales rivales des Ferrari.

 

Pas de quoi inquiéter cependant Lauda qui compte 32 points d'avance sur Scheckter, désormais installé à la deuxième place du championnat du monde, juste devant son équipier Depailler. Pour Hunt en revanche, la cause semble être entendue: avec huit petites unités au compteur, le pilote anglais a 47 points de retard sur Lauda... Que peut-il encore espérer ?

 

 

Classements (avant la réintégration de J. Hunt au classement du Grand Prix d'Espagne)

 

Pilotes Constructeurs
1.Lauda55 pts1.Ferrari58 pts
2.Scheckter23 pts2.Tyrrell-Ford-Cosworth31 pts
3.Depailler20 pts3.McLaren-Ford-Cosworth14 pts
4.Regazzoni16 pts4.Ligier-Matra10 pts
5.Mass10 pts5.Lotus-Ford-Cosworth6 pts
Laffite10 ptsMarch-Ford-Cosworth6 pts
6.Hunt8 pts6.Shadow-Ford-Cosworth4 pts
7.Nilsson6 ptsBrabham-Alfa Romeo4 pts
Stuck6 pts7.Ensign-Ford-Cosworth3 pts
8.Pryce4 pts8.Penske-Ford-Cosworth2 pts
Reutemann4 ptsSurtees-Ford-Cosworth2 pts
9.Amon3 ptsCopersucar-Ford-Cosworth2 pts
10.Watson2 pts9.Parnelli-Ford-Cosworth1 pt
Pace2 ptsWilliams-Ford-Cosworth1 pt
Jones2 pts
Fittipaldi2 pts
11.Andretti1 pt
Ickx1 pt
Tony