Clay REGAZZONI
 C.REGAZZONI
Ferrari
Ronnie PETERSON
 R.PETERSON
March Ford Cosworth
Jacques LAFFITE
 J.LAFFITE
Ligier Matra

277e Grand Prix

XLVII Gran Premio d'Italia
Variable
12 septembre 1976 - Monza
52 tours x 5.800 km - 301.600 km
Affiche
F1

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
  • 3e et dernière victoire pour March
  • 1re pole position pour Ligier
Moteur
Trente-sept jours après son terrible accident, Niki Lauda est de retour.

Le retour de Niki Lauda

Il est de retour. Six semaines seulement après l'accident du Nürburgring qui a failli lui coûter la vie, Niki Lauda est à Monza et remonte dans le baquet de sa Ferrari 312 T2. Après une trentaine de roues d'essais à Fiorano, les médecins l'ont jugé apte à courir. Ce retour si précoce suscite à la fois admiration et malaise dans le paddock. Le crâne couvert de bandages, Lauda souffre encore de ses oreilles dont les cartilages sont à vif. Son casque a dû être rembourré pour lui éviter des douleurs insupportables. A un journaliste maladroit lui demandant si ce visage abîmé ne le gêne pas pour courir, il répond avec bon sens qu'il n'a besoin que de son pied droit pour piloter ! Du reste, beaucoup de pilotes rendent hommage à son courage, dont Jackie Stewart qui le trouve « extraordinaire ». Par une ironie cruelle mais significative, on remarque dans les stands la présence d'une silhouette connue, une figure du passé que personne ne voit sans songer tristement à un autre destin, brisé lui définitivement. Cette personne, c'est Nina Rindt.

 

Chez Ferrari, on est perplexe devant la rentrée de Lauda. Le Commendatore ne cache qu'il aurait préféré que son pilote demeure en convalescence, afin que sa défaite au championnat soit honorable. Personne ne l'imagine en effet pouvoir sérieusement empêcher James Hunt devenir champion du monde. De plus, Ferrari a déjà engagé Carlos Reutemann pour le supplanter. Ne pouvant se dédire auprès de l'Argentin, l'écurie engage donc trois voitures pour sa course nationale. Tous ses espoirs sont portés sur Clay Regazzoni, vainqueur à deux reprises à Monza, en 1970 et 1975. Mais l'arrivée de Reutemann est un nouveau coup porté à Lauda qui n'aime pas du tout celui-ci : « Un type impossible, froid comme un glaçon... Nous n'avons jamais pu nous piffer... »

 

Présentation de l'épreuve

L'atmosphère est très malsaine à Monza. Dans les jours précédant l'épreuve, la presse italienne s'est déchaînée contre McLaren et James Hunt. Les plumitifs s'interrogent: comment une voiture propulsée par un simple V8 Ford-Cosworth peut rivaliser avec les cinq cents cheveux du Cavallino Rampante ? Sous-entendu: McLaren et les Britanniques sont des tricheurs. On parle d'un système injectant du méthanol dans l'essence, accroissant la puissance du moteur au moment de dépasser les concurrents. Ce qui est de la calomnie. Les hommes de Teddy Mayer et d'Alastair Caldwell vont ainsi se faire siffler durant tout le week-end par les tifosi. « Dehors la mafia anglaise ! » hurlent ces hystériques.

 

McLaren a justement a remisé sa M26 dont les piètres performances à Zandvoort aux mains de Jochen Mass ont démontré qu'elle n'était pas encore prête pour la compétition. Avec seulement deux points de retard au classement général sur Lauda, Hunt espère bien gagner et prendre la tête du championnat. Mais l'Anglais n'a pas seulement l'esprit à la compétition. Il est ainsi parmi les premiers à féliciter Lauda pour son retour sur le circuit. Au delà de leur rivalité, c'est bien le respect qui l'emporte entre les deux hommes.

 

La saison des transferts bat son plein. Ken Tyrrell a annoncé que Ronnie Peterson remplacerait Jody Scheckter dans son équipe en 1977. Le Sud-Africain se retrouve sans volant mais est convoité par Brabham. Chez Lotus, si Mario Andretti devrait demeurer premier pilote, le discret mais talentueux Tom Pryce pourrait le seconder.

 

Reutemann parti chez Ferrari, Brabham le remplace par Rolf Stommelen qui a déjà piloté la BT45 au Nürburgring.

Chez Shadow, Tom Pryce est de nouveau le seul à utiliser la nouvelle DN8. Jean-Pierre Jarier ne la pilotera pas jusqu'à la fin de la saison, mis de côté par Don Nichols qui se méfie de lui depuis qu'il a essayé de rejoindre Ligier.

L'écurie RAM est de retour mais avec une seule Brabham BT44B, confiée à Lella Lombardi. Loris Kessel se contente lui d'une antique Williams FW, voiture dont la conception remonte à 1972 ! Il est d'ailleurs bien vite éjecté par les commissaires car jugé trop lent. Brett Lunger est de retour au volant de la deuxième Surtees après l'intérim de Conny Andersson aux Pays-Bas. Il y a deux Tyrrell 007 privées: outre celle d'Alessandro Pesenti-Rossi, Otto Stuppacher, recalé du GP d'Autriche, tente de nouveau sa chance avec le soutien de la fédération autrichienne. Enfin Guy Edwards s'installe à nouveau dans l'Hesketh engagée par Penthouse.

 

Le tracé de l'autodrome a été modifié: une nouvelle chicane a été ajoutée à la place de la Curva della Roggia, tandis que la Variante del Rettifilo a été redessinée et ressemble à deux petites chicanes successives.

 

Les qualifications

Les essais du vendredi se déroulent sous une pluie battante. Aucun temps de référence n'est donc signé. Mais cette séance est surtout une terrible épreuve pour Lauda. Celui-ci a peur au volant de la Ferrari. Les gerbes d'eau, la visibilité nulle, les concurrents plus ou moins adroits sur piste humide, tout le pousse à renoncer. Lauda n'en fait rien, se tait, fuit la presse. Il a voulu aller trop vite, attaquer immédiatement. Le lendemain, tandis que la météo s'est grandement améliorée, il reprend sereinement le volant, effectue ses premiers tours en douceur avant d'attaquer petit à petit. Et il reprend ainsi goût à la compétition.

 

La séance qualificative du samedi matin, sur piste sèche, est donc cruciale. Et la grande surprise vient de Laffite qui réalise sa première pole position au volant d'une Ligier-Matra. Scheckter complète la première ligne et semble être le favori pour la course. Grâce à la puissance de son moteur Alfa Romeo, Pace hisse sa Brabham au troisième rang. Il précède Depailler. Lauda réalise une superbe performance en se classant cinquième. Bien que très diminué, il précède ainsi ses deux coéquipiers. Suivent Stuck, Reutemann et Watson. Les McLaren déçoivent beaucoup puisque Hunt et Mass sont rejetés en cinquième ligne. Ils précèdent Peterson et Regazzoni, autre grand perdant de ces essais. Stommelen est seulement quatorzième sur la seconde Brabham. Les Lotus sont peu en verve: Nilsson et Andretti sont 15ème et 17ème. On peut souligner la superbe seizième place de Perkins sur la Boro. La Shadow DN8 de Pryce est loin de ses performances de Zandvoort puisque le jeune Gallois est seulement dix-huitième.

 

Edwards, Lunger, Merzario et Stuppacher ne sont pas qualifiés, sans grande surprise.

 

D'habitude très volubile, Jacques Laffite savoure paisiblement cette première pole position au club Goodyear : « Je suis heureux c'est tout, dit-il au journaliste Renaud de Laborderie. Pour les gars, pour moi, pour tout le monde... Après tout, c'est logique. Mes réglages étaient bons, pas encore parfaits. J'avais tendance à sous-virer. Au fond, j'aurais pu gagner 5 ou 6/100 de plus. Mes pneus étaient très bons. Je suis comblé. Le plus dur reste à faire, tenir la course en tête pour vaincre. En Formule Renault et en Formule 2 j'en étais capable. Ici c'est plus dur. Et puis avec Scheckter, je devrais me méfier du départ... »

 

Disqualification des McLaren et de la Penske

Le dimanche matin, coup de tonnerre. Les temps réalisés en deuxième séance de qualification par John Watson, James Hunt et Jochen Mass sont annulés car leurs voitures auraient utilisé un carburant avec un indice d'octane trop élevé: 101,6 pour les McLaren, 105,7 pour la Penske pour un taux limité en Italie à 101. Cependant, il y a la malice de la part des autorités sportives transalpines, qui visent évidemment surtout McLaren. En effet, l'équipe anglaise a acheté pour cette course du carburant Texaco en Angleterre. Or outre-Manche, l'indice d'octane autorisé est bien plus élevé qu'en Italie. Beaucoup voient derrière cette pénalité la main d'Agip, le pétrolier de... Ferrari. En tout cas la sanction est terrible, car les trois pilotes incriminés n'ont plus pour se défendre que leurs chronos du vendredi, réalisés sur piste humide... et se retrouvent donc non-qualifiés ! Teddy Mayer fait aussitôt appel, mais le temps que celui-ci soit examiné, la course aura déjà eu lieu sans ses pilotes... Pire encore, Alastair Caldwell est interpellé par les carabineri et enfermé au poste de police de l'autodrome pour importation illégale de carburant ! Mayer se rend ainsi seul auprès des commissaires sportifs pour protester et, faute de maîtriser l'italien et surtout de disposer des connaissances techniques de Caldwell, il en revient furieux et bredouille. Les Italiens narquois répliquent que ce n'est qu'une juste réponse au favoritisme dont les Anglais ont fait preuve envers Hunt lors du GP de Grande-Bretagne.

 

Heureusement pour le sport, la chance va finalement quelque peu sourire à McLaren. Du fait de leurs éliminations et de celle de Watson, Stuppacher, Merzario et Edwards se retrouvent qualifiés. Or le dimanche, les deux premiers ont déjà quitté l'Italie, se croyant éliminés... Quant à Edwards, sa douleur au poignet se réveille et il déclare forfait, permettant opportunément aux trois bannis de prendre le départ. Lauda, que l'on a connu plus fair-play, n'est pas content de ce revirement et demande à Daniele Audetto de faire pression pour interdire l'accès de la grille aux McLaren. En tout cas celles-ci sont accueillies comme il se doit par les spectateurs italiens qui ont déployé des banderoles injurieuses à leur égard.

 

Le Grand Prix

Le ciel est très couvert sur Monza et le risque d'averse semble important. Détendu, le sympathique Jacques Laffite semble croire à ses chances de victoire. A signaler que, comme de juste, Alastair Caldwell a été relâché par la police, maintenant qu'il ne peut plus nuire aux Ferrari...

 

Départ: Comme d'habitude ici celui-ci est donné en dépit du bon sens, les voitures du fond de grille n'étant même pas arrêtées après le tour de formation... Laffite prend un bon envol mais il se fait surprendre à la chicane par Scheckter qui s'empare du commandement. Derrière eux se trouvent Pace, Depailler, Peterson et Reutemann. Lauda a pris un départ prudent et se retrouve au milieu du paquet.

 

1er tour: Depailler déborde Pace à la Variante della Roggia. Hunt tire tout droit au même endroit. Il repart aussitôt. Reutemann dépasse Pace à la Variante Ascari.

Scheckter mène devant Laffite, Depailler, Peterson, Reutemann, Pace, Regazzoni, Stuck, Andretti et Brambilla. Lauda est 12ème, Hunt 23ème. Après un excellent départ, Mass entre aux stands à cause d'une panne d'allumage.

 

2e: Scheckter, Laffite, Depailler et Peterson sont assez proches. Regazzoni double Pace en début de tour. Le Brésilien est vraiment à la peine car il met deux roues dans le sable à la Variante della Roggia et se fait doubler par Stuck.

 

3e: Regazzoni dépasse Reutemann à la première chicane. Depailler déborde Laffite à la Variante della Roggia. Puis plus loin Peterson double à son tour la Ligier. Pace cède des places à Brambilla, Andretti et Lauda. Hunt est revenu au dix-huitième rang. Nilsson regagne les stands car il a endommagé son aileron avant. Il le fait réparer.

 

4e: Peterson prend l'aspiration derrière Depailler dans la ligne droite principale et le dépasse. Mass abandonne à cause de ses soucis d'allumage.

 

5e: Scheckter mène avec une seconde d'avance sur Peterson qui emmène un peloton composé de Depailler, Laffite, Regazzoni, Reutemann et Stuck. Pace est trahi par son moteur et doit renoncer.

 

6e: Peterson commence à menacer Scheckter mais ne parvient pas encore à semer Depailler.

 

7e: Stuck commet une erreur et se fait doubler par Lauda et Brambilla. Hunt est en bagarre avec Watson pour la treizième place.

 

8e: Scheckter mène devant Peterson (1s.), Depailler (2s.), Laffite (7s.), Regazzoni (8s.) et Reutemann (13s.), lequel emmène un groupe composé de Brambilla, Lauda, Stuck et Andretti. Hunt prend la treizième place à Watson.

 

9e: Brambilla et Lauda doublent Reutemann. Perkins abandonne après avoir coulé une bielle.

 

10e: Peterson harcèle Scheckter. Hunt est douzième après avoir double Pryce.

 

11e: Peterson déborde Scheckter sur la ligne de chronométrage et s'empare ainsi du commandement. Plus loin, Regazzoni prend la quatrième place à Laffite sous les applaudissements des tifosi. Lauda menace Brambilla.

 

12e: Alors qu'il poursuivait Ickx, Hunt est attaqué par Pryce à la Variante della Roggia. Il fait un gros écart, part en tête-à-queue puis atterrit dans le sable, heurtant au passage un grillage. L'Anglais sort de sa voiture sous les vivats de la foule. C'est la fin d'un week-end cauchemardesque pour McLaren.

 

13e: Depailler prend la deuxième place à Scheckter. Hunt regagne les stands en courant, sifflé par le public italien.

 

14e: Lauda dépasse Brambilla et entre ainsi dans la zone des points.

 

15e: Peterson ne compte qu'une seconde d'avance sur Depailler, lequel a Scheckter dans son sillage. Regazzoni est quatrième à une dizaine de secondes et précède Laffite. A vingt secondes vient Lauda qui devance Brambilla, Reutemann, Stuck et Andretti.

 

17e: Regazzoni distance Laffite et se rapproche du trio de tête.

 

19e: Peterson devance Depailler d'une demi-seconde. Regazzoni est revenu à moins de deux secondes de Scheckter. Laffite rattrape aussi le groupe de tête.

 

20e: Le ciel s'assombrit de plus en plus et une averse est à craindre. Pescarolo s'arrête à son stand pour changer ses pneus avant détériorés.

 

22e: Peterson, Depailler, Scheckter et Regazzoni sont désormais regroupés. Laffite est à cinq secondes de ce quatuor. Lauda est sixième à une quinzaine de secondes. Andretti menace Stuck pour la neuvième place.

 

23e: Regazzoni prend la troisième place à Scheckter. Il semble que rien ne puisse freiner la remontée du pilote suisse. Andretti dépasse Stuck.

 

24e: Une petite averse tombe sur Monza. Laffite surprend à son tour Scheckter et se retrouve quatrième. Reutemann et Brambilla sont en bagarre pour la septième place. Stuck rate un freinage et emboutit la Lotus d'Andretti. Les deux voitures se retrouvent sur le sable.

 

25e: La piste n'est pas vraiment humide mais est refroidie par la pluie. Pesenti-Rossi est aux stands où il change de pneus.

 

26e: La direction de course fait brandir le drapeau noir, signalant que l'épreuve est stoppée par la pluie ! Mais Peterson n'en tient pas compte et fait signe qu'il continue, imité par tous les pilotes... Sauf Laffite qui, surpris, lève le pied et laisse Scheckter le repasser, avant d'accélérer de nouveau.

 

27e: Aucun pilote ne respectant la consigne officielle, le Grand Prix continue... L'averse est il est vrai très modérée.

 

28e: Peterson commence à prendre de l'avance sur Depailler. Ses pneus semblent fonctionner parfaitement sur piste fraîche. Jarier est victime d'une panne d'allumage. Il arrive au stand Shadow pour réparer.

 

30e: La pluie a cessé. Peterson compte trois secondes d'avance sur Depailler et cinq secondes sur Regazzoni. Plus loin viennent Scheckter et Laffite, toujours en bagarre mais rattrapés par Lauda. Brambilla est septième devant Reutemann, tandis qu'Ickx et Pryce bataillent pour la neuvième place.

 

31e: Pryce prend la neuvième place à Ickx.

 

33e: Peterson a cinq secondes d'avance sur Depailler qui commence à être sérieusement menacé par Regazzoni. Le pilote Tyrrell rencontre des problèmes d'allumage.

 

35e: Eux-mêmes en bagarre, Scheckter et Laffite remontent sur le duo Depailler-Regazzoni.

 

37e: Stommelen regagne le stand Brabham à cause d'une chute de sa pression d'essence. Il repart après quelques instants.

 

38e: Laffite prend l'avantage sur Scheckter. Lauda remonte rapidement sur le Sud-Africain. Pryce prend la huitième place à Reutemann.

 

40e: Peterson compte environ cinq secondes d'avance sur Depailler et Regazzoni qui emmènent un peloton composé de Laffite, Scheckter et Lauda.

 

41e: Lauda prend la cinquième place à Scheckter.

 

42e: Regazzoni est à l'attaque derrière Depailler. Laffite revient sur la Ferrari tout en semant Lauda et Scheckter.

 

44e: Peterson a trois secondes d'avance sur Depailler qui essaie de contenir Regazzoni et Laffite. Lauda est à une dizaine de secondes du leader suédois.

 

45e: Stommelen renonce à cause de soucis d'alimentation.

 

46e: Depailler fait un gros travers à l'entrée de la Curva Grande, contrôlant de justesse sa P34. Regazzoni en profite pour prendre l'aspiration derrière elle et s'empare de la deuxième place à la deuxième chicane. Puis Laffite double à son tour Depailler.

 

47e: Depailler est véritablement à la peine. Lauda revient sur lui et n'a guère de mal à lui prendre la quatrième place.

 

48e: Regazzoni lance la chasse derrière Peterson. Il n'est qu'à trois secondes de la March et croit à la victoire, encouragé par les tifosi.

 

50e: Peterson réagit aux attaques de Regazzoni et réalise le meilleur tour en course: 1'41''3'''. Lauda est soudainement moins rapide en cette fin d'épreuve. Scheckter double Depailler dont l'allumage, très endommagé, est sur le point de céder tout à fait.

 

51e: Avec deux secondes d'avance sur Regazzoni, Peterson a course gagnée. Laffite est dans le sillage de la Ferrari du Tessinois. Scheckter est revenu derrière Lauda et semble en mesure de le menacer. Ertl renonce à cause d'une panne de transmission.

 

52ème et dernier tour: Ronnie Peterson remporte sa huitième victoire en F1, sa première depuis deux ans. C'est aussi son troisième succès en Italie. Après une de ces courses de battant dont il a le secret, Regazzoni finit deuxième. Laffite monte sur son troisième podium de la saison. Lauda conserve de justesse sa quatrième place devant Scheckter. Depailler obtient tout de même le point de la sixième place. Brambilla, Pryce, Reutemann, Ickx, Watson, Jones, Nilsson, Lunger, Fittipaldi, Pescarolo, Pesenti-Rossi et Jarier rallient l'arrivée.

 

Après la course

La victoire de Peterson, qui doit plus à son talent qu'à sa machine, rappelle à tout le monde que le Scandinave est bien encore l'un des meilleurs pilotes du monde. Il a aussi su profiter des conditions météorologiques changeantes. « J'ai souvent eu des problèmes avec mes pneus avant qui s'échauffaient cette saison, commente-t-il. Si j'ai gagné ici, c'est sûrement grâce à la pluie qui a refroidi la piste. » Ce succès sauve la saison de l'équipe March, jusqu'ici très décevante. Max Mosley peut souffler: peut-être parviendra-t-il à attirer encore quelques gros sponsors en 1977 ? Il serait temps, car les carrosseries de ses voitures ne cessent de voir défiler les autocollants de commanditaires à « trois francs six sous ». « Ce n'est pas parce que ma voiture porte les couleurs jaune et bleu que le gouvernement suédois m'entretient ! » sourit Peterson, un peu amer.

 

Mais l'exploit du jour est bien évidemment réalisé par Niki Lauda, très applaudi par le public. Il termine à une belle quatrième place qui lui permet de porter à cinq points son avance sur Hunt au championnat du monde. Mais il a souffert le martyr durant toute la course. Il sort de son bolide dans un état physique lamentable. Ses plaies se sont rouvertes. Sa cagoule est trempée de sang. « J'ai fait ce que j'ai pu... J'ai lutté comme un âne pour ne pas couler à pic, physiquement et moralement... » Son courage lui assure toutefois une renommée internationale et met en évidence l'humanité de celui que l'on a surnommé l' « Ordinateur ».

 

Ferrari n'a pas gagné sur ses terres mais grâce aux six points récoltés par Regazzoni augmente sensiblement son avance sur McLaren au championnat des constructeurs.

 

James Hunt n'est lui pas mécontent de quitter l'Italie : « La presse italienne a lancé contre moi une campagne haineuse. C'était à croire que j'étais responsable de l'accident de Niki ! Les Italiens me portaient une haine absolument incroyable ! Après mon abandon, ils ricanaient et sifflaient dans mon dos, mais dès que je me retournais, que j'en fixais un droit dans les yeux, il se mettait à sourire et me demandait un autographe... Quelle pitié ! » Le jeune Anglais rend aussi un vibrant hommage à son camarade Lauda : « Avoir quasi un pied dans la tombe et, six semaines plus tard, revenir et finir quatrième d'un Grand Prix est quelque chose de vraiment incroyable. Et il a couru dans son style habituel, à la Lauda, avec une parfaite maîtrise de lui-même, une pleine conscience de ses limites du moment [...] Absolument remarquable. »

 

Après la course, le directeur du R.A.C. Dean Delamont, encouragé par Teddy Mayer, décide de faire appel contre la sanction qui a frappé les McLaren et la Penske. De plus, constatant que la direction de course n'a pas su se faire respecter lorsqu'elle a brandi le drapeau noir, il estime que le résultat de la course devrait être annulé et saisit la FIA en ce sens ! Cette saison 1976 est décidément pourrie par les procédures judiciaires...

 

 

Classements (Avant la disqualification de J. Hunt au GP de Grande-Bretagne et la réintégration du J. Watson au classement du GP de France)

 

Pilotes Constructeurs
1.Lauda61 pts1.Ferrari67 pts
2.Hunt56 pts2.McLaren-Ford-Cosworth62 pts
3.Scheckter39 pts3.Tyrrell-Ford-Cosworth49 pts
4.Regazzoni28 pts4.Lotus-Ford-Cosworth17 pts
5.Depailler27 pts5.Ligier-Matra16 pts
6.Laffite20 pts6.Penske-Ford-Cosworth14 pts
7.Watson14 pts7.Brabham-Alfa Romeo10 pts
Mass14 pts8.March-Ford-Cosworth9 pts
8.Peterson10 ptsShadow-Ford-Cosworth9 pts
Nilsson10 pts9.Surtees-Ford-Cosworth3 pts
Andretti10 pts10.Ensign-Ford-Cosworth2 pts
9.Pryce9 ptsCopersucar-Ford-Cosworth2 pts
10.Pace8 pts11.Parnelli-Ford-Cosworth1 pt
11.Stuck7 pts
12.Reutemann3 pts
Jones3 pts
13.Amon2 pts
Fittipaldi2 pts
14.Stommelen1 pt
Brambilla1 pt
Tony