Patrick DEPAILLER
 P.DEPAILLER
Tyrrell Ford Cosworth
James HUNT
 J.HUNT
McLaren Ford Cosworth
John WATSON
 J.WATSON
Penske Ford Cosworth

272e Grand Prix

LXII Grand Prix de France
Légérement nuageux
4 juillet 1976 - Le Castellet
54 tours x 5.810 km - 313.740 km
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur

Conflit C.S.I. - F1.C.A.: entrée en scène de Patrick Duffeler

En cet été 1976 la sourde lutte entre le pouvoir sportif et l'association des constructeurs bat son plein. Après avoir rallié quelques grands dirigeants internationaux, Pierre Ugeux a décidé de nommer un négociateur chargé d'entamer des discussions avec Bernie Ecclestone. Patrick Duffeler a été choisi. Ancien directeur du marketing chez Philip Morris, cet Américain est l'artisan de l'entrée de Marlboro en Formule 1. Il a été recommandé par Fritz Huschke von Hanstein, le principal opposant à la F1CA. C'est un ami d'Ecclestone, bien que leurs relations se soient tendues depuis l'échec d'un accord de financement de Brabham par Marlboro fin 1973. L'objectif de Duffeler est de négocier au nom des organisateurs de Grands Prix les meilleurs contrats possibles avec la F1CA. Il souhaite donc agir raisonnablement et se distingue des vieux francs-tireurs de la FIA tels Henri Treu ou Huschke von Hanstein lui-même.

 

Il a justement l'occasion d'agir lors du GP de France. En fin de saison doit se dérouler un nouveau Grand Prix au Japon. Or, début juillet, Bernie Ecclestone demande à ses organisateurs une importante rallonge afin de couvrir les frais de déplacement des écuries en Asie. Sinon, la F1CA boycottera l'épreuve qui ne pourra donc qu'être annulée. Duffeler enjoint les Japonais de ne pas céder. Au Castellet, il est approché par Max Mosley, le bras-droit d'Ecclestone, qui lui propose un accord à l'amiable sur le dos d'Ugeux. Duffeler l'éconduit. Mais finalement les Nippons cèdent et accordent à Ecclestone les sommes réclamées, sans que la FIA et la CSI ne puissent intervenir. Duffeler comprend alors que le pouvoir sportif n'a pas les moyens financiers et structurels pour s'opposer aux constructeurs, mais il ne baisse pas les bras.

 

Présentation de l'épreuve

Alastair Caldwell a enfin fait replacer les refroidisseurs d'huile de la McLaren M23 où ils se trouvaient avant le Grand Prix de Belgique. Le résultat est épatant : la voiture est beaucoup mieux équilibrée et beaucoup plus rapide ! McLaren et James Hunt abordent donc ce Grand Prix de France avec un moral gonflé à bloc. Ferrari apporte des nouveaux moteurs plus puissants mais a fait l'impasse sur les essais privés qui se sont déroulés sur ce même tracé du Paul-Ricard. Excès de confiance ?

 

Révélations de ce début de championnat, l'équipe Ligier-Matra et Jacques Laffite sont sous le feu des projecteurs pour ce Grand Prix de France au Castellet. L'équipe vichyssoise est de plus toute proche d'engager une deuxième voiture pour Jean-Pierre Jarier. Celui-ci ne touche plus en effet son salaire de la part d'une équipe Shadow désargentée. L'accord semble finalisé et Jarier teste même la JS5 en essais privés. Une toute nouvelle voiture a été conçue spécialement pour lui... Mais le jeudi soir, Don Nichols offre à Jarier tous les arriérés de salaire qu'il réclamait. Sous la contrainte, le Français reste donc chez Shadow, à la grande fureur de Guy Ligier. Nichols n'avait guère le choix: le départ de Jarier aurait porté un coup terrible à son équipe, déjà handicapée par le transfert de l'ingénieur Tony Southgate chez Lotus.

 

Il y a peu de nouveautés dans le paddock. Vainqueur au Mans pendant que ses camarades tournaient en Suède, Jacky Ickx est de retour au volant de la Williams. Henri Pescarolo prend de nouveau place dans le baquet de la Surtees de l'équipe Norev. On voit réapparaître Ingo Hoffmann dans la deuxième Copersucar. Guy Edwards pilote de nouveau une Hesketh 308 fiancée par Penthouse.

Blessé au dos en Suède, Chris Amon a préféré rester chez lui et laisse son baquet chez Ensign au Belge Patrick Nève. En proie à des soucis financiers, la petite équipe Boro n'est pas présente. Enfin le deuxième volant RAM est cette fois-ci confié au Nord-irlandais Damien Magee, déjà aperçu chez Williams en 1975.

 

Cinq Français sont au départ de cette course: Jean-Pierre Jarier, Jacques Laffite, Henri Pescarolo, Michel Leclère et bien entendu Patrick Depailler, l'un des hommes forts du moment qui espère remporter sa première victoire à domicile. Le succès de son équipier en Suède lui donne quelques espoirs.

 

Les qualifications

Les essais sont dominés par la bagarre entre la Ferrari de Lauda et la McLaren de Hunt. On note aussi le regain de forme des Brabham-Alfa Romeo qui peuvent enfin donner toute la mesure de leur puissant moteur dans la longue ligne droite du Mistral.

La BT45 a aussi été revue par Gordon Murray et dispose de nouvelles prises d'air. Toutefois, seul Pace semble en tirer la quintessence. Reutemann est très démoralisé par ses contre-performances et ses relations avec Ecclestone ne sont plus au beau fixe.

 

Les pilotes se plaignent à Dennis Chrobak, directeur de la compétition chez Goodyear, de la mauvaise qualité des gommes qui se dégradent rapidement sous l'effet de la chaleur. On craint des crevaisons en course.

 

Hunt réalise sa quatrième pole position de la saison avec vingt-huit centièmes d'avance sur Lauda. Depailler et Regazzoni sont en deuxième ligne. Pace est cinquième, ce qui est sa meilleure qualification de la saison, devant un Peterson toujours très bon sur cette piste. Les progrès de la Lotus se confirme par la septième place d'Andretti. Ce dernier précède Watson et sa nouvelle Penske PC4. Suivent Scheckter, Reutemann, Brambilla et Nilsson. La grosse déception vient de Laffite, seulement treizième et ce bien qu'il ait utilisé deux voitures, la sienne et celle prévue pour Jarier. Celui-ci est justement quinzième, derrière un Mass toujours aussi mauvais en qualifications. Les autres Français sont à la peine: Leclère est 22ème et Pescarolo 24ème. Edwards et Nève occupent la dernière ligne. Magee, Hoffmann, Ertl et Kessel ne sont pas qualifiés.

 

Le samedi se conclut par une course de bicyclettes sur le circuit, organisée entre pilotes. Entraîné par son ami le champion Eddy Merckx, Jacky Ickx remporte cette épreuve pour rire devant Claude Ballot-Léna et Jody Scheckter.

 

 

Le Grand Prix

Comme d'habitude au Paul-Ricard, se déroulent avant la course les épreuves de catégories inférieures. La manche de Formule Renault Europe revient au Britannique Dany Snobeck. En Formule Renault, les lauriers sont glanés par un petit jeune homme de 21 ans nommé Alain Prost.

 

Sur la grille, tandis que Jackie Stewart accompagne Ken Tyrrell, son épouse Helen photographie les coureurs. Dans son objectif, elle peut voir des choses plus ou moins passionnantes, comme Niki Lauda mangeant un dernier yaourt avant de partir, Daniele Audetto parlant à l'oreille de Clay Regazzoni, James Hunt draguant une jeune femme court-vêtue, Bernie Ecclestone discutant avec le directeur de course, ou Colin Chapman plaisantant avec Mario Andretti.

Bien que non-qualifié, Harald Ertl se présente au départ au cas où un concurrent renoncerait en dernière minute... et ce bien que normalement Damien Magee soit le pilote de remplacement.

 

Même si le ciel est voilé, il fait très chaud sur la côte d'Azur. Les mécaniques risquent de souffrir. Hunt décide de s'élancer avec des pneus tendres légèrement usés car il s'est aperçu que ceux-ci étaient beaucoup plus compétitifs que des pneus neufs.

 

Départ: Hunt part bien mais Lauda est plus rapide et vire en tête dans les S de la Verrerie devant la McLaren. Regazzoni double Depailler dans une manœuvre audacieuse et pointe au troisième rang. Peterson est cinquième.

 

1er tour: Peterson déborde Depailler dans la ligne droite du Mistral.

Lauda mène devant Hunt, Regazzoni, Peterson, Depailler, Watson, Scheckter, Laffite qui a pris un superbe envol, Pace et Reutemann.

 

2e: Scheckter double Watson et Pace dépasse Laffite.

 

3e: Lauda s'échappe avec déjà trois secondes d'avance sur Hunt.

 

4e: Lauda semble irrésistible et réalise le meilleur tour en course: 1'51'' tout rond.

 

5e: Cinq secondes d'avance pour Lauda sur Hunt. Ertl tombe en panne de différentiel. Il était de toute façon hors course pour être parti en surnombre.

 

6e: Mass s'accroche avec Reutemann et abîme sa calandre. Il regagne le stand McLaren pour la réparer.

 

7e: Lauda augmente son avance sur Hunt au rythme d'une seconde par tour. L'Anglais emmène un peloton composé de Regazzoni, Peterson, Depailler, Scheckter et Watson. Mass reprend la piste en dernière position.

 

9e: De la fumée s'échappe de la Ferrari de Lauda. Le vilebrequin de son moteur vient de casser. L'Autrichien s'arrête au niveau de Sainte-Beaume. C'est son premier abandon depuis dix-sept courses ! Ferrari aurait peut-être dû tester ses nouveaux moteurs... Nilsson renonce aussi, en panne de transmission.

 

10e: Hunt est désormais en tête mais doit surveiller Regazzoni dans ses rétroviseurs. A six secondes du leader viennent Peterson et Depailler, roues dans roues, puis Scheckter, Watson, Pace et Laffite.

 

11e: Depailler prend la troisième place à Peterson.

 

13e: Regazzoni met une forte pression sur les épaules de Hunt, donnant tout ce qu'il peut pour le pousser à la faute.

 

15e: Hunt et Regazzoni sont en bagarre. Depailler est à sept secondes de ces deux pilotes. Derrière lui, Peterson tente de résister à Scheckter.

 

16e: Scheckter déborde Peterson.

 

18e: Le moteur de Regazzoni serre juste avant d'aborder la ligne droite du Mistral. La 312 T2 est expédiée dans les grillages: aucune Ferrari ne sera à l'arrivée pour la première fois depuis deux ans !

 

20e: Hunt mène avec sept secondes d'avance sur Depailler et dix secondes sur Scheckter. Peterson est quatrième et précède d'une courte tête Watson, Pace et Laffite. Suivent Brambilla, Andretti et Stuck.

 

21e: Pescarolo renonce à cause d'un bris de suspension. Il occupait la vingt-et-unième place.

 

22e: Fittipaldi regagne son garage à cause d'une chute de sa pression d'huile due à la chaleur.

 

25e: L'écart est stable entre Hunt et Depailler. Peterson tente de résister aux assauts de Watson.

 

28e: Huit secondes séparent Hunt de Depailler.

 

29e: Brambilla doit renoncer à cause d'un problème de pression d'huile. Andretti récupère la huitième place.

 

30e: Watson déborde Peterson dans la ligne droite du Mistral: le voici quatrième. Néanmoins le Suédois reste à son contact.

 

31e: Laffite tire tout droit à l'épingle et heurte le grillage. Toutefois, comme sa voiture semble intacte, il est poussé par des commissaires (et des spectateurs...) et parvient à reprendre la piste en dernière position.

 

33e: Peterson reprend la quatrième place à Watson. Les deux hommes remontent sur Scheckter qui rencontre un problème de soupapes.

 

35e: Hunt a toujours une huitaine de secondes de marge sur Depailler. Peterson prend la troisième place à Scheckter.

 

37e: Scheckter est désormais sous la pression de Watson et de Pace mais il leur résiste bien.

 

40e: Hunt mène devant Depailler (8s.) et Peterson (15s.). A une vingtaine de secondes, Scheckter résiste à Watson et à Pace. Septième, Andretti revient sur ce groupe. Suivent Stuck, Reutemann, Pryce, Merzario et Jones.

 

43e: Suite à une rupture de suspension, Jones part en tête-à-queue. Il se redresse mais n'a plus qu'à rejoindre son stand pour renoncer.

 

45e: Hunt semble avoir course gagnée. Il a maintenant une dizaine de secondes d'avance sur Depailler. Peterson est un solide troisième. En revanche Scheckter continue de résister à Watson, Pace et Andretti, revenus dans ses roues.

 

47e: Très à la peine en cette fin de course, Reutemann se fait doubler par Pryce et Merzario.

 

49e: Scheckter finit par céder la quatrième place à Watson. Pace en profite pour doubler à son tour la Tyrrell.

 

50e: Scheckter tente désormais de sauver sa sixième place des assauts d'Andretti.

 

52e: Peterson s'arrête soudainement à cause d'un problème d'injection. Le Suédois met pied à terre alors qu'il tenait une très belle troisième place, récupérée par Watson. Pendant ce temps-là, Andretti dépasse Scheckter.

 

54ème et dernier tour: James Hunt remporte le GP de France avec douze secondes d'avance sur Depailler, lequel monte sur son cinquième podium en huit courses. Watson termine troisième et offre ainsi son premier podium à l'équipe Penske. Pace finit quatrième ce qui est son meilleur résultat depuis le début de l'année. Cinquième, Andretti marque ses premiers points de la saison avec Lotus. Scheckter doit se contenter de la sixième place. Stuck, Pryce, Merzario, Ickx, Reutemann, Jarier, Leclère, Laffite, Mass, Lunger, Edwards et Nève sont aussi à l'arrivée.

 

Après la course

Le podium n'est pas très joyeux du fait de l'animosité entre Hunt et Depailler, mais tous deux sont satisfaits de reprendre des points à Lauda. L'Anglais raconte sa course : « Après un départ en trombe, Niki a commencé à prendre le large, mais je ne m'inquiétais pas outre mesure. Pourtant, sa Ferrari crachait sur la piste de l'huile ou de l'eau qui me gênait dans la conduite. Il s'en fichait puisque vingt-cinq voitures passeraient sur les gouttelettes avant qu'il n'ait effectué un tour complet, mais moi j'aurais été le premier à rouler et à déraper sur les traînées qu'il laissait derrière lui. Après son abandon, Depailler s'est accroché un moment. Puis, dans la seconde partie de la course, j'ai pu relâcher mon effort car Depailler faiblissait. Je pouvais creuser l'écart sans mettre toute la gomme. »

 

Watson tombe de haut lorsqu'il apprend qu'il est disqualifié car son aileron arrière est jugé trop large d'... un centimètre ! Bernie Ecclestone a en effet porté réclamation contre lui afin de hisser Pace sur le podium, ce qu'il obtient. Roger Penske fait toutefois appel et Watson récupérera finalement sa troisième place quelques semaines plus tard.

 

Toujours dans la coulisse, le lendemain de la course, Teddy Mayer et James Hunt ont le bonheur d'apprendre qu'ils récupèrent leur victoire au Grand Prix d'Espagne. La FIA a en effet jugé que la sanction qui avait frappé la M23 n°11 était disproportionnée. Du coup, en l'espace de deux jours, Hunt a récupéré dix-huit points. Il est tout de même à vingt-six longueurs de Lauda au championnat, qui plus est à égalité avec Depailler.

 

En ce qui concerne la coupe des constructeurs, Ferrari a dix-huit points d'avance sur Tyrrell et vingt-trois sur McLaren.

 

 

Classements (avant la réintégration de J. Watson au classement du Grand Prix de France)

 

Pilotes Constructeurs
1.Lauda52 pts1.Ferrari55 pts
2.Hunt26 pts2.Tyrrell-Ford-Cosworth37 pts
Depailler26 pts3.McLaren-Ford-Cosworth32 pts
3.Scheckter25 pts4.Ligier-Matra10 pts
4.Regazzoni16 pts5.Lotus-Ford-Cosworth7 pts
5.Mass10 ptsMarch-Ford-Cosworth7 pts
Laffite10 ptsBrabham-Alfa Romeo7 pts
7.Stuck7 pts6.Shadow-Ford-Cosworth4 pts
8.Pace5 pts7.Ensign-Ford-Cosworth2 pts
9.Pryce4 ptsPenske-Ford-Cosworth2 pts
Nilsson4 ptsSurtees-Ford-Cosworth2 pts
Andretti4 ptsCopersucar-Ford-Cosworth2 pts
10.Reutemann3 pts8.Parnelli-Ford-Cosworth1 pt
11.Amon2 pts
Watson2 pts
Jones2 pts
Fittipaldi2 pts
Tony