Niki LAUDA
 N.LAUDA
Ferrari
Clay REGAZZONI
 C.REGAZZONI
Ferrari
Patrick DEPAILLER
 P.DEPAILLER
Tyrrell Ford Cosworth

267e Grand Prix

II Grand Prix of Long Beach
Ensoleillé
28 mars 1976 - Long Beach
80 tours x 3.251 km - 260.080 km
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur

Avant cette épreuve s'est déroulée la Course des champions à Brands-Hatch qui a vu la victoire de James Hunt tandis que Niki Lauda a dû abandonner sur un problème de freins. L'Autrichien n'avait pas connu de panne mécanique en course depuis fin 1974. Serait-ce le signe d'un retournement de situation ? Plus étonnant, l'Australien Alan Jones a obtenu la deuxième place sur Surtees tandis que Jacky Ickx a amené une Hesketh 308C engagée par Frank Williams au troisième rang.

 

Fin mars se sont aussi déroulés en grand secret à Charade les premiers tours de roue de l'Alpine-Renault F1, confiée à Jean-Pierre Jabouille. Les rumeurs indiquent que cette monoplace possèderait un compresseur, contrairement aux F1 traditionnelles.

 

Pour la première fois la Formule 1 prend la route de la Californie pour courir à Long Beach, au bord de l'Océan Pacifique. Ce projet de Grand Prix des « USA ouest » a été conçu par l'homme d'affaire anglais Chris Pook qui rêvait de bâtir un « Monaco américain ». Ainsi lui est venue l'idée d'un circuit urbain longeant le port de Long Beach, à trente kilomètres de Los Angeles. Il a été vivement soutenu par Bernie Ecclestone et la F1CA. Si le tracé est bordé de blocs de béton, le cadre est relativement joli et surtout mis en valeur par la présence du légendaire paquebot Queen Mary ancré au port. Le tracé se singularise surtout par deux épingles difficiles qui encadrent une longue pleine charge. Les avis à son sujet sont contrastés. Niki Lauda pense que la piste est dure pour la mécanique mais facile à appréhender pour le pilote. Emerson Fittipaldi l'apprécie, ce qui n'est pas le cas de Patrick Depailler et de Jacques Laffite.

 

Chris Pook a fait les choses en grand pour cet événement. Il a ainsi convié plusieurs anciens champions tels que Jack Brabham, Denny Hulme, Phil Hill, Dan Gurney et même Juan-Manuel Fangio en personne à participer à une course de voitures « rétro ».

 

Il y a peu de changements au sein du paddock pour cette course. Lotus poursuit avec son faible duo Bob Evans-Gunnar Nilsson. Copersucar engage de nouveau une deuxième voiture pour le jeune Info Hoffmann, qui cette fois-ci bénéficie de la FD04 comme Fittipaldi. Surtees aligne aussi deux voitures confiées à Brett Lunger et Alan Jones qui fait ainsi son retour après une saison moyenne en 1975 aux volants d'une Hesketh puis d'une Hill. March engage une quatrième voiture sponsorisée par Ovoro et donnée au revenant Arturo Merzario.

Enfin il semblerait que cette course nationale soit la dernière de l'équipe de Parnelli Jones, totalement désargentée. C'est ce que confirme son commanditaire Vel Miletich pendant le week-end.

 

Les qualifications

Pour des raisons de sécurité, l'association des constructeurs a décidé de limiter la grille de départ à vingt places.

 

Bien que Lauda se soit d'abord montré le plus rapide, c'est finalement son équipier Regazzoni qui réalise la pole position, la cinquième de sa carrière, avec deux dixièmes d'avance sur Depailler. La performance du pilote Tyrrell est d'autant plus belle qu'il a été longtemps immobilisé à cause de problèmes d'injection. Hunt et Lauda se partagent la deuxième ligne. Pryce obtient une belle cinquième place et devance Peterson, décidément très à l'aise avec sa March. Leurs équipiers Jarier et Brambilla sont en quatrième ligne. Watson est neuvième devant Reutemann dont la Brabham-Alfa ne fonctionne pas mieux. Scheckter continue de décevoir en qualifications avec une piètre onzième place. Il précède Laffite, Pace et Mass qui n'est pas en verve. Andretti, Fittipaldi, Amon, Stuck, Jones et Nilsson sont les derniers qualifiés. La dernière place de Nilsson et la non-qualification de son équipier Evans ont de quoi alarmer Colin Chapman au sujet de la compétitivité de sa 77...

 

Les deux Williams de Leclère et Ickx, la Copersucar de Hoffmann, la March de Merzario, la Lotus d'Evans, l'Hesketh d'Ertl et la Surtees de Lunger ne sont pas qualifiées.

 

Le Grand Prix

C'est par un temps absolument splendide que se déroule ce premier Grand Prix des États-Unis ouest de l'histoire.100 000 Américains sont venus admirer les Formules 1.

 

Départ: Bons envols de Regazzoni et Depailler. Le Suisse conserve l'avantage au premier freinage tandis que le Français résiste à une attaque de Hunt par l'extérieur. Suivent Lauda, Pryce et Peterson. Reutemann et Brambilla entrent en contact. Les deux pilotes restent sur le carreau, suspensions pliées.

 

1er tour: Depailler résiste à Hunt dans les Esses du Clos mais l'Anglais parvient finalement à déborder la Tyrrell. Plus loin Depailler reprend l'avantage dans la ligne droite suivant l'épingle du Gazomet. Dans la rapide courbe Bridgestone, Nilsson casse une suspension et heurte le muret de plein fouet. Il sort de sa voiture détruite.

Regazzoni mène devant Depailler, Hunt, Lauda, Pryce, Peterson, Scheckter, Jarier, Laffite et Watson.

 

2e: La Lotus de Nilsson prend feu, obligeant les commissaires de piste à user de leurs extincteurs, ce qui dégage de la fumée dans toute la zone longeant le port. Quant au pilote suédois, il souffre de la nuque. Regazzoni a une seconde d'avance sur Depailler qui contient Hunt et Lauda.

 

3e: Hunt est dans les roues de Depailler. Watson heurte Laffite par l'arrière, l'envoyant en tête-à-queue. Les deux voitures repartent en queue de peloton mais le Nord-Irlandais a endommagé le nez de sa Penske. Stuck s'accroche avec Fittipaldi et brise sa suspension avant droite. Il n'ira pas plus loin.

 

4e: A la première épingle, Hunt tente de doubler Depailler en plongeant à l'intérieur. Le Français fermant la porte, il se déporte à gauche en sortie de virage mais alors Depailler le tasse contre le mur. La McLaren heurte le béton. Hunt s'arrête et sort de sa voiture très en colère. Lauda profite de l'incident pour déborder Depailler qui a dérapé. Watson est au stand Penske pour faire réparer l'avant de sa voiture.

 

5e: Regazzoni a quatre secondes d'avance sur Lauda. Absolument hors de lui, Hunt s'est placé sur le bord de la piste et hurle hargneusement après Depailler à chacun de ses passages. Ce n'est pas sans rappeler le GP de Monaco 1975...

 

6e: Très rapide, Scheckter double Peterson puis Pryce.

 

8e:: Regazzoni s'échappe et compte huit secondes d'avance sur Lauda qui mène un peloton composé de Depailler, Scheckter Pryce, Peterson et Jarier. Une seconde et demie derrière ce dernier vient Pace qui précède Andretti et Mass en bagarre.

 

9e: Une fois les réparations terminées sur sa Penske, Watson reprend la piste avec six tours de retard.

 

11e: Regazzoni a une dizaine de secondes d'avance sur Lauda qui a les deux Tyrrell sur ses talons. Andretti et Mass menacent Pace.

 

12e: Andretti prend la huitième place à Pace.

 

13e: Depailler effectue un tête-à-queue en essayant de suivre Lauda. Le Français ne touche rien et repart, mais entretemps Scheckter, Pryce, Peterson et Jarier sont passés devant lui.

 

15e: Regazzoni a toujours dix secondes d'avance sur Lauda. Andretti regagne le stand Parnelli où il renonce car son moteur est noyé par une fuite d'eau. Au micro de la télévision américaine, il confirme qu'il ne courra plus pour Parnelli Jones en F1.

 

17e: Sa Ligier n'ayant pas souffert du choc avec Watson, Laffite remonte et prend la dixième place à Jones.

 

18e: Laffite dépasse Pace.

 

20e: Regazzoni compte treize secondes d'avance sur Lauda. Scheckter et Pryce sont dans le sillage de ce dernier. Plus loin, Peterson et Jarier voient Depailler fondre sur eux.

 

21e: Depailler prend la sixième place à Jarier.

 

23e: Depailler ne cesse d'étonner par sa rapidité sur ce tracé: il remonte comme une balle sur Peterson. Cela va mal pour Pace qu se fait déborder par Jones et par Fittipaldi.

 

25e: Depailler est désormais tout proche de Peterson.

 

27e: Depailler prend la cinquième position à Peterson.

 

30e: Regazzoni a une quinzaine de secondes d'avance sur Lauda. Scheckter et Pryce se suivent ensuite, toujours inséparables. Depailler revient sur eux. Peterson est sixième et précède Jarier, Mass, Laffite et Jones.

 

33e: Pryce est trahi par un arbre de transmission. Il abandonne et laisse la quatrième place à Depailler.

 

35e: Scheckter casse un triangle de suspension et heurte le muret. Sa course s'arrête là. Depailler retrouve ainsi la troisième place.

 

37e: La principale bataille en piste oppose désormais Jarier, Mass et Laffite pour la cinquième place.

 

39e: Peterson rencontre des problèmes de freins et entre à son stand. Il y reste plus d'une minute pour réparations et perd ainsi sa quatrième place.

 

40e: Regazzoni compte une quinzaine de secondes d'avance sur Lauda. Depailler est troisième à trente-cinq secondes. Puis viennent Jarier, Mass et Laffite, roues dans roues. Fittipaldi est septième devant Pace, l'étonnant Amon, Peterson et Watson. Jones est arrêté au stand Surtees pour verrouiller son réglage de carburation qui se desserre.

 

42e: La bagarre continue à faire rage entre Jarier, Mass et Laffite. Ce dernier semble être le plus rapide du trio.

 

45e: Statu quo en tête de l'épreuve. Les Ferrari semblent intouchables et Depailler ne revient pas sur elles.

 

46e: A l'abord de la deuxième épingle, Laffite plonge à l'intérieur et prend la cinquième place à Mass. Jones est encore dans les stands.

 

47e: Laffite déborde Jarier par l'extérieur dans la longue ligne droite. Les deux hommes sont roues contre roues mais finalement la puissance du V12 Matra permet à Laffite de s'imposer à l'épingle. Le voici quatrième.

 

48e: Jarier doit maintenant surveiller Mass dans ses rétroviseurs, mais l'Allemand est moins incisif que Laffite et ne passe pas.

 

50e: L'écart est stable entre Regazzoni et Lauda. Depailler est isolé au troisième rang, à plus de trente secondes du leader. Laffite s'échappe devant Jarier et Mass. Jones a regagné la piste.

 

52e: Mass attaque régulièrement Jarier, sans succès. Le pilote Shadow a du mal à sélectionner certaines vitesses.

 

55e: Regazzoni est pris dans le trafic, notamment derrière Peterson. Lauda grappille quelques dixièmes sur son équipier.

 

56e: Mass attaque Jarier dans la ligne droite mais le Français lui ferme la porte. A l'épingle, Mass tente de « croiser » la Shadow, mais Jarier conserve l'avantage.

 

57e: Lauda réalise son chrono le plus rapide. Peu avant la seconde épingle, Mass déborde Jarier et parvient enfin à s'imposer au freinage.

 

58e: Amon prend la huitième place à Pace qui a des problèmes de freins.

 

59e: Mass s'échappe devant Jarier qui ne peut pas lui résister.

 

61e: Regazzoni réalise le meilleur tour en course en 1'23''076'''.

 

62e: Lauda commence à avoir du mal à sélectionner certaines vitesses. Par conséquent il lève le pied pour soulager la mécanique et ne va plus chercher à rattraper Regazzoni.

 

65e: Regazzoni compte maintenant une vingtaine de secondes d'avance sur Lauda. Depailler est troisième à plus de quarante secondes. Suit Laffite à une minute qui précède Mass, Jarier, Fittipaldi et Amon.

 

68e: Lauda concède environ deux secondes par tour à son équipier qui se dirige tranquillement vers la victoire.

 

70e: Trente secondes séparent désormais les deux pilotes Ferrari.

 

72e: Jarier a de plus en plus de mal à passer ses vitesses, ce qui permet à Fittipaldi de remonter sur lui et d'entrevoir le premier point d'une Copersucar.

 

74e: L'avance de Regazzoni sur Lauda est maintenant de trente-cinq secondes.

 

77e: Fittipaldi est revenu juste derrière Jarier qui ne cherche qu'à finir la course.

 

78e: Fittipaldi prend la sixième place à Jarier.

 

79e: Quarante secondes séparent Regazzoni et Lauda. Depailler remonte sur le champion du monde mais il est trop loin pour espérer le menacer.

 

80ème et dernier tour: Clay Regazzoni remporte sa quatrième victoire en carrière et réalise le grand chelem: pole position, victoire, meilleur tour et épreuve menée de bout en bout. Lauda termine second après une fin de course éprouvante mais conclut un beau doublé pour Ferrari. Depailler est troisième et monte sur son deuxième podium en trois courses. Laffite finit quatrième et apporte ainsi à la Ligier-Matra ses trois premiers points en Formule 1. Mass finit cinquième tandis que Fittipaldi apporte à Copersucar son premier point. Encore une fois malchanceux, Jarier termine septième. Amon, Pace et Peterson rallient aussi l'arrivée, tandis que Watson et Jones ne sont pas classés.

 

Après la course

Regazzoni est fêté comme il le mérite après ce week-end parfait. En revanche Lauda n'est pas content. Il sait que Daniele Audetto souhaitait la victoire de son équipier, ce qu'il estime être une stratégie absurde. Les relations entre les deux hommes commencent déjà à se tendre, Lauda qualifiant Audetto de « bouffon » ridicule.

Autres personnalités en bisbille, James Hunt et Patrick Depailler qui en sont à leur deuxième accrochage en moins d'un an. Hunt ne décolère pas: il surgit en pleine conférence de presse pour enguirlander Depailler qu'il traite de « crazy frog ». Toutefois il est mis en porte-à-faux lorsque ses mécaniciens viennent chercher la M23 abandonnée sur le circuit: ils s'aperçoivent que celle-ci était encore en état de courir ! Teddy Mayer et Alastair Caldwell sont très en colère contre leur pilote. L'impulsivité de Hunt lui est décidément mauvaise conseillère...

 

Enfin, plus tristement, Gunnar Nilsson est hospitalisé à l'issue de la course à cause de ses douleurs à la nuque, mais il se remettra vite.

 

Au championnat des pilotes, malgré sa mauvaise humeur, Lauda est solidement installé en tête avec 24 points contre 10 à Depailler et 9 à Regazzoni. Avec trois victoires en trois courses en utilisant la 312T de la saison précédente, Ferrari semble déjà se diriger vers un facile titre des constructeurs. La Scuderia a quatorze points d'avance sur sa dauphine Tyrrell.

Tony