Patrick DEPAILLER
 P.DEPAILLER
Tyrrell Ford Cosworth
Niki LAUDA
 N.LAUDA
Ferrari
Tom PRYCE
 T.PRYCE
Shadow Ford Cosworth

265e Grand Prix

V Grande Premio do Brasil
Légérement nuageux
25 janvier 1976 - Interlagos
40 tours x 7.960 km - 318.400 km
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur

Présentation de la saison

Le championnat du monde 1976 commence pour la première fois par le Grand Prix du Brésil à Interlagos. En effet le Grand Prix d'Argentine a été annulé. Tout d'abord parce que le pays est en proie à une grave crise politique. Deuxièmement car les chefs de l'Automobile Club argentin, Juan-Manuel Fangio et Juan Manuel Bordeu ont refusé de se plier aux exigences financières de la FOCA et ont donc annulé l'épreuve. Toute l'année 1976 va être marquée par la lutte opposant le pouvoir sportif et les constructeurs afin de garder ou de prendre le contrôle de l'organisation des Grands Prix.

 

La Scuderia Ferrari, vainqueur des deux championnats en 1975, est évidemment favorite. Niki Lauda compte bien conserver sa couronne mondiale, toujours assisté par le bouillant Clay Regazzoni. Mauro Forghieri a conçu une 312 T2 adaptée aux nouvelles normes de sécurité qui entreront en vigueur à l'occasion du Grand Prix d'Espagne, mais en attendant la 312T championne reste en piste. Luca di Montezemolo a été appelé à d'autres fonctions au sein du groupe Fiat. Il est remplacé au poste de directeur sportif par Daniele Audetto, ancien patron de Lancia en rallye.

 

Ferrari voit d'un mauvais œil le retour en Formule 1 de sa rivale Alfa Romeo, en tant que motoriste de Brabham. Désormais peintes en rouge et puissamment soutenues par Martini, les voitures de Bernie Ecclestone, toujours pilotées par les excellents Carlos Pace et Carlos Reutemann, sont motorisées par un Flat 12 italien conçu par Carlo Chiti. Une nouvelle BT45 a été construite par Gordon Murray pour le recevoir. Elle ne possède pas la forme trapézoïdale de ses devancières et se signale par ses deux prises d'air fichées dans les pontons.

 

L'inter-saison a été bouleversée par deux évènements marquants. Tout d'abord Emerson Fittipaldi n'a pas renouvelé son contrat avec McLaren et a décidé de rejoindre l'équipe brésilienne de son frère Wilson, Copersucar. Ce défi est tout bonnement incroyable: un double champion du monde rejoint une équipe de fond de grille qui n'a pas inscrit un seul point pour sa première année en 1975 ! Wilson Fittipaldi raccroche quant à lui son casque et dirige l'équipe. L'ingénieur Richard Divila a construit une nouvelle voiture, la FD04 qui sera confiée à Emmo tandis qu'une ancienne FD03 est donnée au jeune Brésilien Ingo Hoffmann.

 

La deuxième nouvelle, c'est le retrait de l'équipe Hesketh. En novembre 1975, poursuivi par le fisc britannique, Lord Alexander Hesketh a fui aux États-Unis. Désargentée, l'équipe est mise en sommeil par son lieutenant Anthony Horsley. Mais surtout ce départ laisse sans volant James Hunt, l'un des pilotes les plus convoités du plateau. Après avoir refusé des offres de Brabham et de Lotus, il est tout naturellement contacté par Teddy Mayer qui cherche un remplaçant à Fittipaldi. Avec le soutien de Marlboro, McLaren recrute donc Hunt comme premier pilote, Jochen Mass demeurant le second couteau.

Fort de ce nouveau leader, McLaren a de grandes ambitions pour cette saison. Sa M23 entame certes sa quatrième saison, mais elle a subi une cure de jeunesse, perdant quinze kilos et surtout utilisant une nouvelle boîte de vitesses à six rapports conçue par le team manager Alastair Caldwell.

 

Deux grandes équipes ont une revanche à prendre après une année 1975 difficile. Tyrrell tout d'abord qui a fait sensation depuis qu'elle a présenté sa nouvelle voiture, la P34 à six roues. Cette curieuse machine ne sera pas prête avant la saison européenne, et c'est donc la 007 qui débute cette saison. Jody Scheckter et Patrick Depailler entament leur troisième saison en commun.

 

Pour Lotus et Colin Chapman, 1976 doit une année de reconquête. La valeureuse mais dépassée 72 enfin mise au placard, place à la 77, issue d'un travail de conception de plus d'un an. En théorie, cette voiture possède un châssis adaptable à tous les tracés. Toutefois l'ambiance dans l'équipe n'est pas au beau fixe. Ronnie Peterson a accepté de rempiler pour une année, mais il sait que le directeur sportif Peter Warr a voulu vendre son contrat au cours de l'hiver. Pire encore, l'équipe ne s'est pas trouvée de deuxième pilote. Privé de volant à cause des soucis financiers de Parnelli Jones, Mario Andretti a accepté de faire son retour dans l'équipe pour cette première course.

 

Une nouvelle équipe française fait ses débuts, celle de Guy Ligier, soutenue par la Seita et par Matra qui fournit son moteur V12. Conçue par Gérard Ducarouge et Michel Beaujon, la JS5 (JS en hommage à Jo Schlesser, ami de Ligier), impressionne par son immense prise d'air en forme de bonnet phrygien. Jacques Laffite a été choisi pour la piloter au détriment de Jean-Pierre Beltoise, jugé trop vieux pour la Formule 1. Trois ans après le retrait de l'équipe Matra, la France est donc de nouveau officiellement représentée en Formule 1.

 

Après avoir retrouvé le chemin du succès en 1975, March a de grandes ambitions pour sa 761, évolution de la 751. Trois voitures sont engagées: deux d'usine pour Vittorio Brambilla et Lella Lombardi (respectivement soutenus par Beta et les cafés Lavazza), et une entretenue dans des ateliers privés pour Hans Joachim Stuck (financée par John Day).

 

Frank Williams est aussi plein d'espérances pour cette saison. Il a en effet obtenu le soutien du milliardaire canadien Walter Wolf, lequel a acheté 60% des parts de l'équipe. Son aide lui a permis d'acquérir les Hesketh 308C qui auraient dû participer à ce championnat. Leur concepteur Harvey Postlethwaite est nommé directeur technique, associé à un jeune ingénieur du nom de Patrick Head. Postlethwaite a transformé les Hesketh en Williams FW05. Pour les piloter, Williams a obtenu le concours de Jacky Ickx en personne. Comme d'habitude le deuxième baquet sera confié à un pilote payant, en l'occurrence l'Italien Renzo Zorzi.

 

Le reste du plateau est dans l'inquiétude. Shadow a perdu le soutien financier de UOP et se retrouve sur la corde raide. De fait, le contrat de motorisation avec Matra a été rompu. C'est donc une simple DN5B à moteur Ford-Cosworth qui est pilotée par Jean-Pierre Jarier et Tom Pryce, avec pour espoirs de rééditer les exploits de la saison précédente... et si possible d'inscrire plus de points.

 

L'équipe Penske engage sa nouvelle PC3 aperçue à Watkins-Glen l'année précédente, avec à son volant le barbu nord-irlandais John Watson. Quant à la troisième équipe américaine Parnelli, elle a déclaré forfait à cause de soucis financiers.

 

Enfin, bien que très désargentée, le team Stanley-BRM est encore en piste avec sa veille P201 à peine modifiée, confiée à Ian Ashley, spécialiste des équipes de fond de grille.

 

Pour des raisons économiques, l'équipe de John Surtees a déclaré forfait pour cette première manche. Quant à Ensign, elle ne peut se présenter car son pilote Chris Amon s'est blessé dans un accident de la circulation juste avant les premiers essais.

 

Les qualifications

Cette année le public brésilien sait que son favori Emerson Fittipaldi ne pourra triompher. Néanmoins tous les espoirs sont permis pour le tenant du titre à Interlagos Carlos Pace. Las, il apparaît dès les premiers tours de roue que la nouvelle Brabham n'est pas performante.

 

Ces premiers essais de la saison voient s'opposer les McLaren et les Ferrari. Lauda est le plus rapide le vendredi devant Regazzoni. Mais le samedi Hunt crée la première surprise de l'année en s'emparant de la pole position, la première de sa carrière, pour deux centièmes seulement aux dépens de Lauda. Jarier confirme les excellentes dispositions des Shadow sur ce tracé en obtenant la troisième place devant Regazzoni. Mais l'étonnement vient de Fittipaldi qui arrache la cinquième place au volant de sa Copersucar ! Le public est aux anges: Emmo fait encore des miracles ! Mass complète la troisième ligne. Brambilla est septième devant Watson qui obtient la meilleure qualification d'une Penske. Depailler est neuvième devant Pace. Malgré un très gros accident, Laffite obtient une méritante onzième place avec la nouvelle Ligier. Il précède Pryce, Scheckter et Stuck. Reutemann a beaucoup de difficultés avec la nouvelle Brabham-Alfa Romeo: il est seulement quinzième. Les nouvelles Lotus 77 ne donnent pas satisfaction: Andretti est 16ème et Peterson 18ème. C'est aussi la bérézina chez Williams, Zorzi et Ickx étant respectivement 17ème et 19ème. Hoffmann, Lombardi et Ashley complètent le fond de la grille.

 

Le Grand Prix

La course se déroule sous un ciel voilé. Venus en nombre, les supporteurs brésiliens espèrent que Fittipaldi pourra hisser sa Copersucar sur le podium.

 

Départ: Celui-ci est donné de manière anarchique, les voitures du fond de grille n'étant pas alors encore arrivées à leurs emplacements... Lauda part mieux que Hunt tandis que Regazzoni se faufile à l'extérieur. A l'abord du premier freinage le Suisse se rabat devant son équipier et s'empare du commandement. Brambilla pointe au quatrième rang devant Jarier.

 

1er tour: Dans la très longue ligne droite de Retao Hunt tente de déborder Lauda par l'intérieur mais l'Autrichien conserve l'avantage. Regazzoni mène devant Lauda, Hunt, Brambilla, Jarier, Mass, Watson, Fittipaldi, Pryce et Depailler.

 

2e: Pryce double Fittipaldi dans Retao. Un raccord de circuit d'essence a cassé sur la Penske de Watson, générant un début d'incendie. Le Nord-Irlandais regagne son garage. Mass entre également aux stands: après avoir touché Jarier au départ, il doit changer une calandre. Il repart avant-dernier. Arrêt de Lombardi pour corriger un grippage d'accélérateur.

 

3e: Regazzoni, Lauda et Hunt se tiennent en quelques mètres. Depailler puis Scheckter doublent Fittipaldi dont le moteur cafouille. Ashley renonce à cause d'un problème de pompe à huile. Au stand Penske, les pompiers éteignent l'incendie provoqué par la voiture de Watson.

 

4e: Les trois leaders sont roues dans roues. Brambilla est à trois secondes avec Jarier dans ses roues. Pryce est à sept secondes et précède Depailler et Scheckter. Laffite puis Stuck doublent Fittipaldi.

 

5e: Jarier déborde Brambilla et s'empare de la quatrième place. Très rapide, Stuck double Laffite puis Scheckter.

 

6e: Jarier a rejoint le trio de tête. Alors quatorzième, Andretti tente de doubler son équipier Peterson mais le heurte. Si le Suédois continue, l'Américain a faussé sa suspension avant gauche. Il regagne son garage et abandonne.

 

7e: Regazzoni, Lauda, Hunt et Jarier sont roues dans roues. Pryce prend la cinquième place à Brambilla. Laffite double Scheckter. En bagarre avec Reutemann, Peterson ralentit: son moteur surchauffe et son accélérateur est défaillant.

 

8e: Lauda met une grosse pression sur Regazzoni. Hunt et Jarier sont juste derrière lui, prêts à saisir la moindre opportunité. Peterson est au stand Lotus pour essayer de réparer son moteur.

 

9e: Dans Retao Hunt attaque Lauda par l'intérieur mais la Ferrari est plus rapide. Aussitôt après, voyant que Regazzoni lui laisse un espace, Lauda plonge à l'intérieur et double son équipier. Le voici en tête de l'épreuve. Depailler double Brambilla.

 

10e: Lauda s'échappe en tête, laissant Regazzoni aux prises avec Hunt et Jarier. Pryce n'est qu'à deux secondes de ce groupe. Dans la première grande courbe Jarier attaque Hunt mais l'Anglais, plus rapide, se déporte vers l'intérieur et dépasse ensuite Regazzoni dans Retao. Plus loin Jarier attaque à son tour le Tessinois mais les deux voitures entrent en contact. Si Jarier poursuit sans problème, Regazzoni entre aux stands en fin de tour.

 

11e: Regazzoni fait réparer sa voiture qui a souffert de son accrochage avec Jarier. Il repart après plus de deux minutes d'arrêt.

 

13e: Lauda mène avec cinq secondes d'avance sur Hunt qui doit surveiller Jarier. Pryce est à plus de dix secondes et précède Depailler, Brambilla, Stuck, Laffite, Scheckter et Fittipaldi. Peterson renonce suite à ses problèmes de moteur.

 

14e: Brambilla est au ralenti à cause d'une chute de pression d'huile. Pour sa part Laffite est au stand Ligier avec un problème de sélecteur de vitesses. Il ne repartira pas.

 

15e: Sept secondes séparent Lauda du duo Hunt-Jarier. Brambilla s'arrête dans le gazon.

 

16e: Reutemann prend la huitième place à Fittipaldi dont le moteur ne cesse de ratatouiller.

 

18e: Lauda a maintenant dix secondes d'avance sur Hunt, lequel résiste toujours à Jarier. Pryce est relégué à plus de vingt secondes. Revenu du fond de peloton, Mass dépasse Fittipaldi.

 

20e: Lauda a plus de dix secondes d'avance sur Hunt. Jarier est toujours à une demi-seconde environ du pilote McLaren. A une vingtaine de secondes évolue Pryce, lequel garde Depailler à bonne distance. Stuck est sixième et précède Scheckter, Reutemann, Mass et Pace qui vient de doubler Fittipaldi.

 

22e: Mass prend la huitième place à Reutemann.

 

24e: Lauda compte maintenant un peu moins de dix secondes d'avance sur Hunt qui continue de contenir Jarier. Pryce est toujours quatrième avec Depailler sur ses talons. Fittipaldi ne cesse de dégringoler dans le peloton à cause de ses problèmes de moteur.

 

25e: Jarier se fait de plus en plus pressant derrière Hunt.

 

26e: Lauda prend un tour à Fittipaldi qui n'est plus que quatorzième.

 

27e: Jarier attaque Hunt dans Subida do lago et s'empare enfin de la deuxième place. Fittipaldi s'arrête au stand Copersucar pour faire vérifier son moteur. Les Brésiliens sont dépités bien que leur héros repartira.

 

28e: Lauda n'a que six secondes d'avance sur Jarier: les chances de victoire du Français sont intactes. Hunt est à neuf secondes du leader.

 

29e: Hunt est à la peine à cause de problèmes d'accélérateur. Il voit Pryce et Depailler revenir juste derrière lui.

 

30e: Cinq secondes séparent Lauda et Jarier. Pryce déborde Hunt, bientôt imité par Depailler. Le poleman n'est plus que cinquième. Bien plus loin vient Stuck qui précède Scheckter, Mass, Reutemann et Regazzoni.

 

31e: Jarier se rapproche sensiblement de Lauda et réalise le meilleur tour en course: 2'35''07'''. Pendant ce temps-là les Brésiliens ne sont pas à la fête puisque Pace s'est fait doubler par les Williams d'Ickx et de Zorzi.

 

32e: Jarier est à moins de trois secondes de Lauda. Va-t-il prendre sa revanche de son échec brésilien de 1975 ?

 

33e: L'accélérateur de Hunt se bloque vers Sargento, envoyant son pilote contre le rail. L'avant et l'arrière de la McLaren sont détruits: le jeune Anglais doit renoncer. Le radiateur de sa voiture est percé, laissant échapper de l'huile sur la piste.

 

34e: Jarier est à deux secondes de Lauda. Mais lorsque le Français arrive à Sargento, il dérape sur une flaque d'huile, tire tout droit et finit sa course dans la barrière de sécurité. Jarier est décidément maudit: pour la deuxième année de suite il abandonne au Brésil tandis que la victoire lui tendait les bras. Son équipier Pryce récupère la deuxième place mais Depailler le menace.

 

35e: Lauda se dirige maintenant tranquillement vers la victoire. Depailler prend la deuxième place à Pryce.

 

36e: Lauda compte une vingtaine de secondes d'avance sur Depailler qui sème Pryce. Stuck est quatrième à plus d'une minute. Scheckter est cinquième devant Mass, puis viennent Regazzoni, Reutemann, Ickx et Zorzi.

 

38e: Reutemann est au ralenti à cause d'une panne d'essence. L'Argentin ne verra pas l'arrivée.

 

40ème et dernier tour: Niki Lauda remporte ce premier Grand Prix de la saison. Depailler obtient une excellente deuxième place, prouvant ainsi que la vieille Tyrrell 007 a encore de beaux restes. Pryce console l'équipe Shadow de l'abandon de Jarier avec une troisième place. Stuck est un excellent quatrième au volant de la nouvelle March. Scheckter finit cinquième et Mass sixième. Septième, Regazzoni est le dernier pilote à être dans le même tour que le vainqueur. Ickx, Zorzi, Pace, Hoffmann, Fittipaldi et Lombardi sont aussi à l'arrivée.

 

Après la course

Lauda reçoit la coupe du vainqueur dans l'indifférence du public. Il s'en moque bien. Porté par ses mécaniciens, c'est escorté de policiers qu'il accède au podium. Pour la première fois le Grand Prix du Brésil n'est pas remporté par un Brésilien.

 

Ce succès de Ferrari a de quoi inquiéter la concurrence: la 312T vieille d'un an est toujours la meilleure voiture du peloton ! Toutefois les McLaren, les Shadow, les Tyrrell, voire les March, semblent être « dans le coup ». En revanche il semble nécessaire de revoir sa copie chez Brabham et chez Lotus. Pour ce qui est de cette dernière, le redressement éventuel se fera sans Ronnie Peterson: lassé de jouer les metteurs au point sans succès, il quitte l'équipe au soir de cette course.

Tony