Niki LAUDA
 N.LAUDA
Ferrari
James HUNT
 J.HUNT
Hesketh Ford Cosworth
Clay REGAZZONI
 C.REGAZZONI
Ferrari

258e Grand Prix

XXII Grote Prijs van Nederland
Très variable
22 juin 1975 - Zandvoort
75 tours x 4.226 km - 316.950 km
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur

C'est armé de trois succès consécutifs que Niki Lauda arrive à Zandvoort. Le jeune Autrichien semble se diriger vers son premier titre de champion du monde et sera de nouveau favori sur les bords de la mer du Nord puisqu'en 1974 les Ferrari avaient survolé cette épreuve. Parmi ses concurrents, seules les Brabham semblent en mesure de contrarier les échappées des Ferrari. Toutefois

Bernie Ecclestone ayant signé un contrat avec Alfa Romeo pour la fourniture de moteurs V12 en 1976, Gordon Murray a abandonné le développement de la BT44B pour se pencher sur une nouvelle création.

Chez McLaren, Emerson Fittipaldi est de plus en plus démotivé par le manque de performance de la M23. Teddy Mayer a même fait appel à Denny Hulme pour essayer de trouver les réglages adéquats.

 

Cette course voit le retour de l'écurie Ensign qui aligne le pilote local Gijs van Lennep. Toutefois les hommes de Mo Nunn usent toujours de la vieille N174. L'écurie japonaise Maki est enfin bel et bien présente avec une FC101C, création de Kenji Mimura et Masao Ono. Pilote réputé de Formule 2 et de protos, Hiroshi Fushida, 29 ans, est à son volant.

Graham Hill a remplacé Vern Schuppan par Alan Jones, laissé libre par le renoncement de l'équipe Stiller. Il n'y a donc plus qu'une Hesketh en piste, celle de l'écurie officielle. Mario Andretti et sa Parnelli sont de nouveau absents, l'Américain étant occupé outre-Atlantique.

Chez Copersucar, Wilson Fittipaldi étrenne une nouvelle version de sa monoplace, la FD03.

 

Les séances préliminaires sont marqués par un gros accident de Jarier qui s'en tire toutefois sans dommage. Fushida et sa Maki sont contraints d'abandonner très vite: la voiture japonaise casse tous ses blocs Ford-Cosworth et, faute de moteur de rechange, doit déclarer forfait.

 

Les qualifications

Les Ferrari sont intouchables. Le vendredi, Regazzoni réalise le meilleur temps devant Lauda. Ce soir-là, Goodyear annonce que les équipes ont usé trop de pneumatiques et que par conséquent ceux qui seront utilisés le samedi le seront aussi en course. La grille de départ ne devrait donc pas être bouleversée le lendemain, mais Lauda parvient tout de même à devancer Regazzoni de trois dixièmes et réalise sa quatrième pole position de la saison. En fait Lauda a obtenu de Goodyear de choisir lui-même un train de pneus parmi le stock du manufacturier...

 

En troisième position on trouve Hunt dont l'Hesketh semble très en verve sur ce tracé. Il précède trois des principaux rivaux de Lauda: Scheckter, Reutemann et E. Fittipaldi, dont la McLaren connait un léger regain de forme. En septième position on retrouve le toujours surprenant Brise. Il précède Mass, Pace et Jarier. Le héros d'Anderstorp Brambilla n'est cette fois-ci qu'onzième et précède Pryce et Depailler. Jones est dix-septième pour sa première course chez Hill. Les Lotus sont toujours aussi peu véloces: Peterson est 16ème, Ickx 21ème. Van Lennep se qualifie au vingt-deuxième rang tandis que Lombardi et W. Fittipaldi se partagent comme souvent la dernière ligne.

 

 

Le Grand Prix

La pluie est au rendez-vous de ce début d'après-midi à Zandvoort. Les averses sont torrentielles et le début de la course est reporté. Pendant ce temps-là, les équipes obtiennent l'autorisation de chausser leurs voitures de pneus rainurés. Le départ est finalement donné lorsque la pluie a pratiquement cessé.

 

Départ: Les voitures partent en soulevant des gerbes d'eau. Lauda démarre bien au contraire de Regazzoni. Scheckter surgit à gauche, met deux roues dans le gazon et se porte à la hauteur de Lauda, qui conserve toutefois l'avantage à Tarzan. Derrière eux se trouvent Regazzoni, Hunt, Mass et Pryce. Victime d'ennuis avec son embrayage, Brambilla est heurté par Depailler.

 

1er tour: Les pilotes sont prudents car la piste est encore mouillée. Lauda mène devant J. Scheckter, Regazzoni, Hunt, Mass, Pryce, E. Fittipaldi, Reutemann, Pace et Jarier. Depailler regagne son stand pour réparer sa voiture et va y rester plusieurs minutes. En revanche c'est l'abandon pour Brambilla, porte moyeu arrière gauche cassé.

 

2e: Lauda devance Scheckter de quelques dizaines de mètres. Reutemann double Fittipaldi.

 

4e: La pluie s'est arrêtée et il semble que la piste commence à s'assécher. Pace dépasse Fittipaldi.

 

5e: Lauda a deux secondes d'avance sur Scheckter, lequel est dans la ligne de mire de Regazzoni et Hunt. Pryce prend la cinquième place à Mass.

 

6e: Reutemann double Mass tandis que Fittipaldi est sous la menace de Jarier.

 

7e: Jarier dépasse Fittipaldi. Mass regagne les stands où il est le premier pilote à chausser des pneus pour le sec. Mais l'opération prend un certain temps car l'attache de barre antiroulis ne se connecte pas. L'Allemand ne repart qu'en vingtième position. Le moteur de Ickx part en fumée.

 

8e: Hunt s'arrête au stand Hesketh pour monter des slicks. Il repart au dix-neuvième rang après vingt-sept secondes d'arrêt. Reutemann s'engouffre aussi dans les stands pour effectuer la même opération. Son arrêt est long et l'Argentin va repartir loin derrière Hunt.

 

9e: Lauda mène avec quatre secondes d'avance sur Scheckter et Regazzoni. Puis viennent Pryce, Pace, Jarier, Peterson, E. Fittipaldi, Brise et Donohue. La trajectoire commence peu à peu s'assécher.

 

10e: Jarier, Emerson et Wilson Fittipaldi s'arrêtent aux stands pour mettre des slicks.

 

11e: Laffite et Watson sont aux stands pour changer de gommes.

 

12e: Pace, Evans et Jones font changer leurs pneus. Cela se passe mal pour Pace qui perd plus d'une minute à cause d'une roue arrière bloquée. Peterson entre aussi aux stands mais ce faisant heurte Luca di Montezemolo qui traversait l'allée. Le directeur sportif de Ferrari est légèrement blessé et évacué en ambulance pendant que Peterson chausse des slicks.

En fin de tour Scheckter fait changer ses pneus. L'opération dure longtemps et le Sud-Africain ne repart qu'en douzième position.

 

13e: Lauda s'arrête au stand Ferrari pour mettre des slicks. L'arrêt est assez court puisqu'il dure moins de trente secondes. L'Autrichien repart troisième, quinze secondes derrière Hunt dont la promptitude à changer de pneus est récompensée. Pryce arrive lui aussi bientôt dans les stands et va repartir septième.

 

14e: Regazzoni est maintenant leader, loin devant Hunt, Lauda, Jarier et Donohue. Brise, Depailler, van Lennep et Lombardi changent de pneus. Regazzoni entre aux stands en fin de tour, de même que I. Scheckter et Jones.

 

15e: Grâce à son arrêt tôt dans la course, Hunt est confortablement installé en tête avec douze secondes d'avance sur Lauda, lequel précède de peu Jarier et E. Fittipaldi. Regazzoni repart sixième derrière J. Scheckter tandis que Donohue fait changer ses pneus.

 

16e: Lauda est gêné par Brise et Watson. A Panorama Jarier se jette à l'intérieur et surprend l'Autrichien qui parvient ensuite à contenir Fittipaldi.

 

17e: Après la pagaille des arrêts aux stands, Hunt mène avec une douzaine de secondes d'avance sur Jarier, lequel sème Lauda et E. Fittipaldi. J. Scheckter est cinquième devant Regazzoni, Pryce, Reutemann, Mass et Peterson.

 

20e: Jarier remonte sur Hunt tout en prenant de l'avance sur Lauda et Fittipaldi.

 

22e: Jarier est revenu à moins de dix secondes de Hunt. Fittipaldi est maintenant sous la menace de Scheckter. Evans rencontre un problème de différentiel. Il rejoint le stand BRM pour renoncer.

 

24e: Scheckter est dans les roues de Fittipaldi.

 

25e: Scheckter prend la quatrième place à Fittipaldi dont la McLaren ne paraît pas très véloce.

 

28e: Moins de dix secondes séparent Hunt et Jarier. Lauda revient sur le Français. Regazzoni est à l'attaque derrière Fittipaldi.

 

30e: La piste est maintenant complétement asséchée. Hunt possède sept secondes et demie d'avance sur Jarier. Lauda est à huit secondes et talonne la Shadow.

 

32e: Regazzoni dépasse Fittipaldi. Jones est au stand Hill pour faire vérifier sa voiture. Il repart dernier.

 

35e: Jarier et Lauda grappillent quelques dixièmes de seconde par rapport à Hunt. Reutemann menace la septième position de Pryce.

 

37e: Hunt semble contrôler la tête de la course, Jarier contenant involontairement Lauda. Quatrième, Scheckter est relégué à près de trente secondes. Regazzoni le poursuit.

 

39e: Lauda attaque Jarier à Tarzan mais celui-ci lui ferme la porte au nez.

 

40e: Le soleil fait son apparition. Hunt mène avec cinq secondes d'avance sur Jarier. Lauda est à six secondes. Reutemann prend la septième place à Pryce.

 

41e: Le moteur de Fittipaldi cesse de fonctionner: le Brésilien stoppe dans l'herbe. Ce premier abandon de la saison réduit encore ses chances de conserver sa couronne mondiale. Peterson double Pryce.

 

42e: Jarier est à la peine: il sort large à Panorama et Lauda en profite pour se faufiler dans ses échappements.

 

43e: Lauda déborde Jarier par l'intérieur dans la ligne droite principale. Cette fois « Godasse de plomb » n'a pas résisté.

 

44e: Lauda prend de l'avance sur Jarier.

 

45e: Dans la première montée du circuit, un pneu arrière éclate sur la Shadow de Jarier, l'envoyant en tête-à-queue. Le Français tape le rail et ainsi se termine sa belle course. Watson est aux stands: son support d'aileron arrière est endommagé, de même qu'un disque de freins. Il abandonne.

 

47e: Lauda remonte maintenant sur Hunt au rythme de plusieurs dixièmes par tour.

 

48e: Pendant que les leaders sont en lutte, Peterson revient sur Reutemann dont la Brabham n'est pas au meilleur de sa forme.

 

50e: Moins de trois secondes entre Hunt et Lauda. On ne voit pas très bien comment le pilote Hesketh va pouvoir résister à la Ferrari, bien plus rapide. A quarante-cinq secondes, Scheckter est troisième et contient Regazzoni. Peterson prend la cinquième place à Reutemann. Plus loin Pryce précède Mass, Pace et Donohue.

 

52e: Lauda a encore repris du terrain sur Hunt.

 

53e: La jonction est faite entre Hunt et Lauda, désormais séparés par une seconde.

 

55e: Lauda réalise le meilleur tour en course: 1'21''54'''.

 

56e: Mass prend la septième place à Pryce.

 

58e: A la surprise du public, Lauda n'attaque pas Hunt et se contente de lui mettre la pression.

 

60e: Mass gêne Hunt pendant près d'un demi-tour, mais Lauda n'en profite pas pour tenter une attaque sur l'Hesketh.

 

61e: Pryce est désormais menacé par Pace.

 

63e: Suite à une panne de son système d'alimentation en pleine courbe, Mass sort de la piste et heurte les protections. Il n'y aura aucune McLaren à l'arrivée. Pace double Pryce.

 

65e: Il semblerait que Lauda soit décidé à assurer la deuxième place plutôt que d'attaquer Hunt. A cinquante secondes se trouvent Scheckter et Regazzoni, toujours roues dans roues. Puis à près d'un tour viennent Peterson, Reutemann, Pace, Pryce, Brise et Donohue.

 

67e: Scheckter est au ralenti, en panne de moteur. Le Sud-Africain rentre au stand Tyrrell et perd ainsi ses dernières chances de se mêler à la lutte pour le titre. Peterson récupère la quatrième place et Pace entre dans les points.

 

68e: Laffite abandonne, également en panne de moteur. Il occupait le douzième rang.

 

70e: Lauda est toujours dans le sillage de Hunt mais ne l'attaque pas. Peterson rencontre un problème d'alimentation et doit arrêter sa Lotus. C'est une déception car le Suédois avait fait une très belle course au volant d'une voiture peu compétitive.

 

71e: Désormais seul Regazzoni est dans le même tour que les deux leaders. Pryce occupe maintenant le sixième rang.

 

73e: Une seconde sépare Hunt et Lauda.

 

75ème et dernier tour: James Hunt remporte sa première victoire en Formule 1 avec une seconde d'avance sur Lauda. Lord Hesketh saute dans les bras d'Harvey Postlethwaite. C'est le premier succès de son équipe. Regazzoni finit troisième, pour la seconde fois de suite. Les Brabham de Reutemann et Pace sont quatrième et cinquième après une course terne. Pryce prend le dernier point. Brise, Donohue, Depailler, van Lennep, W. Fittipaldi, I. Scheckter, Jones et Lombardi rallient aussi l'arrivée.

 

Après la course

Hunt est extrêmement heureux de ce premier succès en Formule 1 et conscient d'avoir franchi une étape : « Tout ce que je pouvais faire, c'était courir le plus vite possible. Il ne m'aurait servi à rien de me tracasser en pensant à Niki Lauda. S'il me rattrapait, je ne pouvais rien faire pour l'en empêcher, à part mettre toute la gomme et retarder ce moment le plus longtemps possible. Pour l'équipe et pour moi, c'est enfin la percée attendue [...] C'est aussi m'accomplir pleinement. Cette victoire, je l'ai obtenue malgré la pression exercée derrière moi. Jusqu'alors, résister aux attaques des autres concurrents était mon principal point faible. Mes victoires en Formule 3, je les ai généralement remportées dans le dernier tour, après un affrontement spectaculaire, roues contre roues. Si bien que je n'avais pas saisi à quel point dans un Grand Prix rouler en tête constituait un avantage. J'ai complété mon apprentissage et j'ai compris que je pouvais battre les autres. »

 

Loin de ces manifestations hédonistes, Niki Lauda est content de sa deuxième place mais s'attire la foudre d'une partie de la presse. En effet, bien des observateurs considèrent que Lauda aurait fort bien pu dépasser Hunt plutôt que de se contenter de la deuxième place, et le qualifient de pilote « épicier ». Bien loin de se laisser impressionner, l'Autrichien déclare que seul le championnat du monde l'intéresse et qu'il se moque de ce que l'on peut dire de lui. Peu à peu Lauda se crée ainsi une image de calculateur cynique, de champion hautain, cassant, dépourvu de panache. Il est vrai que sa définition du plaisir de la course automobile est loin des poncifs romantiques : « Cela ne découle pas de la conduite, mais plutôt d'une fascination de la perfection. Par exemple un tour de circuit qui « colle » à tout point de vue, dans lequel tout marche bien, dans lequel chaque manœuvre a été réussie, un tel tour me procure une intense satisfaction. Et si le chronomètre prouve que tu as vraiment été très bon, alors tu es un homme heureux ! »

 

La stratégie de celui que l'on surnomme « l'ordinateur » est cependant bien payante puisqu'avec désormais 38 points, Lauda a treize longueurs d'avance sur Reutemann et dix-sept sur Fittipaldi. Au classement des constructeurs, Ferrari est désormais seule en tête avec cinq points d'avance sur Brabham. Blessé à un bras et à une jambe à cause de son accident, Luca di Montezemolo peut tout de même être fier de ses gars.

Tony