Emerson FITTIPALDI
 E.FITTIPALDI
McLaren Ford Cosworth
Niki LAUDA
 N.LAUDA
Ferrari
Jochen MASS
 J.MASS
McLaren Ford Cosworth

264e Grand Prix

XVIII United States Grand Prix
Couvert
5 octobre 1975 - Watkins Glen
59 tours x 5.435 km - 320.665 km
Affiche
F1

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
  • 58e victoire pour Ferrari (nouveau record)
Moteur
Spectaculaire accident pour Brett Lunger lors des qualifications.

Du fait de l'annulation du Grand Prix du Canada, un mois sépare les Grands Prix d'Italie et des États-Unis. Le paddock retrouve ce circuit de Watkins-Glen théâtre de drames ces deux dernières années: François Cevert s'y est tué en 1973 et Helmuth Koinigg en 1974.

Sur une suggestion de Jody Scheckter, désormais très impliqué dans la recherche de la sécurité, une nouvelle chicane a été installée au sommet des Esses, là où Cevert s'est tué deux ans auparavant.

 

Cette course est dépourvue de grands enjeux, Niki Lauda et Ferrari étant assurés des titres mondiaux. Reste un peu de suspens pour les places de seconds. Emerson Fittipaldi, avec deux points d'avance sur Carlos Reutemann, est le mieux placé pour devenir vice-champion du monde. Son écurie McLaren espère chiper la seconde place du classement des constructeurs à Brabham. Sept points tiennent à distance les deux écuries britanniques.

 

Ce weekend voit une polémique opposant les pilotes aux écuries au sujet de leurs salaires. Le contexte politique est tendu car juste après la course doit s'ouvrir le conseil mondial de la FIA à Paris, où le pouvoir sportif pourrait essayer de reprendre la main face à la F1CA, dont l'emprise sur le monde des Grands Prix se fait de plus en plus grande. De plus la crédibilité de la Commission sportive internationale est très entamée depuis que les organisateurs du Grand Prix du Canada ont demandé sans succès son aide face aux exigences de la FOCA.

 

La saison des transferts n'est pas encore véritablement ouverte. Si Ferrari et Brabham vont conserver leurs duos de pilotes, Emerson Fittipaldi n'a pas encore renouvelé son contrat avec McLaren. En proie à des problèmes de trésorerie, Alexander Hesketh ne sait pas s'il va pouvoir conserver son équipe de course. Son retrait pourrait libérer James Hunt, convoité par Brabham et Lotus. Enfin, Ken Tyrrell avait fait signer un contrat à Jacques Laffite pour remplacer Patrick Depailler, mais il a été si déçu du retrait volontaire de Parisien en Autriche que l'accord a été rompu. Depailler devrait donc demeurer dans son équipe en 1976.

 

Avant cette course certaines nouvelles créations ont été dévoilées. Colin Chapman a enfin présenté son nouveau modèle, la Lotus 77. Mais c'est Tyrrell qui a le plus retenu l'attention avec sa nouvelle P34 qui comporte... six roues ! Beaucoup d'observateurs se demandent si Ken Tyrrell et Derek Gardner ne sont pas tombés sur la tête...

 

Pour cette épreuve sans grand intérêt, les effectifs sont réduits. Les écuries Surtees, BRM, Wartsteiner et Maki n'ont pas fait le déplacement. Graham Hill n'a amené qu'une seule voiture pour son poulain Tony Brise. Chris Amon s'étant cassé la jambe dans une course de F5000 à Long Beach, Roelof Wunderink va piloter l'unique Ensign N175. March n'aligne que deux voitures pour Vittorio Brambilla et Hans Joachim Stuck. Lella Lombardi trouve refuge chez Frank Williams qui lui confie sa FW qui a vu tant de fessiers dans son baquet cette année-là. Wilson Fittipaldi est de retour au volant de sa Copersucar. Hesketh engage toujours sa vieille 308 pour Brett Lunger, le playboy local. Enfin le Français Michel Leclère, vice-champion d'Europe de Formule 2 derrière Jacques Laffite, a l'honneur de piloter une troisième Tyrrell 007.

Chez Shadow, la DN7 à moteur V12 Matra est mise au placard: Jean-Pierre Jarier pilotera de nouveau une DN5 à moteur Cosworth.

 

Penske fait son retour avec sa nouvelle voiture, la PC3, qui ressemble beaucoup à la March 751 utilisée par l'écurie depuis le mois de juillet... John Watson se place à son volant en remplacement de feu Mark Donohue.

 

Les qualifications

Lors de la séance d'essais du vendredi, Lauda est handicapé par des vibrations sur sa machine et l'étonnant Brambilla tient longtemps la pole, avant que son temps ne soit battu par Lauda dont la voiture est réparée. Le samedi, Fittipaldi menace la pole de l'Autrichien, mais celui-ci conserve sa première place. Il réalise ainsi sa neuvième pole position de la saison, égalant son record réalisé en 1974. Fittipaldi complète la première ligne. Reutemann est troisième et précède Jarier qui retrouve avec plaisir la DN5. Comme l'an passé, la Parnelli d'Andretti brille sur le Glen: l'Américain est cinquième. Il précède Brambilla, Pryce, Depailler, Mass et Scheckter. Regazzoni est un décevant onzième. Il devance Watson sur Penske. Parmi les pilotes peu heureux on retrouve Hunt et Pace, seulement quinzième et seizième. Leclère est vingtième pour sa première course.

 

Lunger s'est fait remarquer lors de ces séances par un très spectaculaire accident au cours duquel son Hesketh s'envole avant de retomber heureusement sur ses roues avant. Il s'en sort sans dommage et bien que sa voiture ait été passablement endommagée, il parvient à la qualifier au dix-huitième rang.

 

Le Grand Prix perd Jacques Laffite pour une raison très cocasse. Celui-ci devait ce week-end utiliser un collyre oculaire. Mais le samedi soir, distrait par on ne sait quoi, « Jacquot » confond deux flacons dans son sac et s'asperge les yeux de... spray anti-buée. Le pauvre a les yeux brûlés et, si l'inflammation sera passagère, il ne peut évidemment pas tenir son volant pour la course... Les malheurs s'accumulent pour Williams car Lombardi doit aussi se retirer le dimanche matin à cause d'une panne électrique. La jeune Italienne tente de prendre alors la voiture de Laffite, mais le baquet n'est pas adapté à sa morphologie. Elle aussi doit se déclarer forfait.

 

Lors du warm-up, la PC3 de Watson souffre de graves problèmes électriques. L'écurie doit cependant participer à la course pour complaire à son sponsor américain, la National City Bank. Roger Penske va donc réquisitionner l'ancienne PC1, présente sur le circuit en tant que... modèle d'exposition. Watson monte dans cette voiture dont les réglages sont ceux du Grand Prix de France, disputé au Castellet... Autant dire que sa course s'annonce délicate...

 

Le Grand Prix

Départ: Lauda conserve l'avantage de sa pole et vire en tête au premier virage devant E. Fittipaldi, Jarier, Brambilla et Reutemann. Mauvais départ de Pryce qui se retrouve pris dans le peloton. Hunt s'est en revanche très bien élancé.

 

1er tour: Lauda mène devant Fittipaldi, Jarier, Brambilla, Reutemann, Andretti, Hunt, Mass, Depailler et Peterson.

 

2e: Lauda, Fittipaldi et Jarier roulent ensemble. Mass double Hunt, puis Andretti. Peterson prend la neuvième place à Depailler.

 

3e: Pace attaque Depailler à The Loop mais le Français ne le voit pas et les deux voitures entrent en collision. Elles finissent leurs courses dans les barrières de sécurité.

 

4e: Reutemann déborde Brambilla pour la quatrième place. Mass coupe accidentellement son moteur et se fait doubler par Andretti, Hunt et Peterson. Il se retrouve devant Regazzoni.

 

5e: Lauda et Fittipaldi commencent à prendre du champ sur Jarier. Regazzoni tente de doubler Mass mais casse son aileron avant contre une roue arrière de la McLaren. Pendant ce temps-là Watson est au stand Penske pour changer ses roues avant.

 

6e: Regazzoni est au garage Ferrari pour changer son capot avant. Brise s'accroche avec Henton. Le pilote Hill va devoir abandonner mais son adversaire continue. Leclère regagne le stand Tyrrell, moteur en panne.

 

7e: Andretti dépasse Brambilla. Regazzoni sort des stands en seizième position. Henton est au stand Lotus pour faire réparer sa machine abîmée.

 

8e: Une seconde sépare Lauda et Fittipaldi. Hunt prend la sixième place à Brambilla.

 

9e: Andretti est victime d'un bris de suspension à l'arrière droit. Il ralentit et regagne les stands pour renoncer.

 

10e: Lauda et Fittipaldi caracolent en tête, tenant Jarier à bonne distance. Le moteur de Reutemann part en fumée, ce qui laisse la quatrième place à Hunt. Il précède Brambilla. Mass prend la sixième place à Peterson.

 

11e: Lauda compte une seconde de marge sur Fittipaldi. Jarier est relégué à douze secondes. A dix-sept secondes navigue un groupe composé de Hunt, Brambilla, Mass, Peterson et Scheckter. Tandis qu'il était remonté au neuvième rang, Pryce doit s'arrêter à son stand pour faire rebrancher un fil d'allumage.

 

12e: Mass est désormais à la poursuite de Brambilla.

 

13e: Mass prend la cinquième place à Brambilla.

 

15e: Ne se quittant pas, Lauda et Fittipaldi continuent de creuser l'écart sur Jarier. Brambilla est désormais sous la menace de Peterson et de Scheckter.

 

16e: Peterson prend la sixième place à Brambilla. Scheckter double bientôt à son tour le pilote italien. Henton a repris la piste avec près de dix tours de retard.

 

18e: Lauda et Fittipaldi reviennent sur Regazzoni, relégué à un tour. Le Suisse laisse passer son équipier... puis se rabat devant Fittipaldi.

 

19e: Regazzoni bloque toujours Fittipaldi, absolument furieux de cette manœuvre d'obstruction. Jarier est au ralenti à cause de la rupture de l'attache de la roue arrière gauche. Le Français termine sa saison par un nouvel abandon, son douzième en quatorze épreuves.

 

20e: Regazzoni ignore les drapeaux bleus et louvoie dans les chicanes afin de gêner Fittipaldi qui lui montre le poing.

 

21e: Grâce à la conduite antisportive de son équipier, Lauda compte maintenant cinq secondes d'avance sur Fittipaldi.

 

23e: Chez McLaren on proteste contre l'obstruction opérée par Regazzoni. Le directeur de course Burdette Martin ordonne de présenter le drapeau noir au pilote suisse.

 

24e: Regazzoni laisse enfin passer Fittipaldi qui a perdu plus de dix secondes dans cette mésaventure.

 

26e: Burdette Martin souhaite pénaliser Regazzoni par un passage par les stands. Il se heurte à Luca di Montezemolo. Les deux hommes s'enguirlandent et finalement Montezemolo bouscule Martin. On doit les séparer.

 

28e: Treize secondes séparent maintenant Lauda et Fittipaldi. Hunt est troisième à plus de vingt secondes. Mass est sur ses talons, de même que Peterson et Scheckter. Viennent ensuite Brambilla, Stuck, Lunger et Wunderink.

 

30e: Di Montezemolo ordonne à Regazzoni de regagner les stands et de quitter la course afin de protester contre la sanction (pourtant amplement justifiée...) décidée par la direction de course. Clay s'exécute.

 

32e: Mass revient sur Hunt. Peterson et Scheckter sont dans le sillage de l'Allemand.

 

33e: Mass prend la troisième place à Hunt.

 

35e: Une quinzaine de secondes sépare Lauda et Fittipaldi. Mass est à plus de trente secondes tandis que Hunt, en proie à des soucis de boîte de vitesses et de freins, résiste à la pression de Peterson et de Scheckter.

 

38e: Fittipaldi gagne quelques dixièmes par rapport à Lauda mais celui-ci contrôle parfaitement la course.

 

40e: Lauda a une douzaine de secondes de marge sur Fittipaldi. Mass creuse légèrement l'écart sur Hunt, toujours en bagarre avec Peterson. Pryce est au stand Shadow pour faire vérifier de nouveau son allumage.

 

42e: Wunderink abandonne car un radiateur défectueux bloque sa boîte de vitesses. Il occupait le dixième rang.

 

43e: E. Fittipaldi réalise le meilleur tour en course en 1'43''374'''. Stuck prend la septième place à Brambilla. Celui-ci est à la peine car les supports de son siège se sont détachés. Il est donc très malmené dans son cockpit.

 

45e: Lauda a dix secondes d'avance sur Fittipaldi. Mass est à une quarantaine de secondes. Hunt, Peterson et Scheckter sont toujours roues dans roues. Stuck est septième à plus d'une minute et précède Brambilla, Lunger et Watson.

 

47e: Lunger loupe un changement de vitesses à la chicane et heurte un rail. L'Américain renonce.

 

48e: Peterson se fait de plus en plus menaçant derrière Hunt. Jamais la Lotus 72 n'avait été à pareille fête cette saison...

 

50e: Peterson prend la quatrième place à Hunt qui doit être prudent à cause de ses problèmes de freins.

 

52e: Lauda lève le pied pour soulager la mécanique, ce qui permet à Fittipaldi de gagner quelques secondes.

 

53e: Hunt est maintenant sous la menace de Scheckter qui ne semble pas décidé à se satisfaire de sa sixième place.

 

55e: L'avance de Lauda sur Fittipaldi est maintenant d'à peine plus de cinq secondes. Le Brésilien n'a toutefois pas d'espoir de rattraper le leader.

 

57e: Mass rencontre des problèmes de freins. Il se montre plus prudent, ce qui permet à Peterson de se rapprocher de lui et de convoiter son premier podium de la saison.

 

58e: Peterson, Hunt et Scheckter se rapprochent de Mass. Peterson tente une attaque sur le pilote McLaren mais se loupe et doit bloquer ses roues. Brambilla reprend la septième place à Stuck qui est à la peine.

 

59ème et dernier tour: Peterson a fait un plat sur un de ses pneus. Dans le premier virage il dérape, ce qui permet à Hunt de plonger à l'intérieur et de reprendre la quatrième place.

 

Niki Lauda conclut l'année en beauté avec sa cinquième victoire de la saison. E. Fittipaldi finit deuxième mais peut être très déçu: sans l'obstruction de Regazzoni, il aurait pu l'emporter. De fait, McLaren perd la deuxième place du championnat des constructeurs. Mass obtient de justesse son quatrième podium en 1975. Hunt termine quatrième devant Peterson qui a réalisé la meilleure course de Lotus depuis bien longtemps. Scheckter prend l'ultime point. Brambilla, Stuck, Watson et W. Fittipaldi franchissent aussi le drapeau à damiers, tandis que Pryce et Henton ne sont pas classés.

 

Après la course

Grâce à son style si particulier alliant prudence et efficacité, « l'Ordinateur » Lauda a réalisé une saison 1975 exemplaire: cinq victoires, neuf poles positions, deux meilleurs tours, huit podiums, 298 tours en tête et surtout, pas une seule panne mécanique en course !

De son côté, Emerson Fittipaldi est vice-champion du monde mais son écurie McLaren échoue pour seulement un point derrière Brabham à la troisième place au championnat des constructeurs. Très en colère envers Clay Regazzoni, le Brésilien va lui signifier sa façon de penser. Enfin Lord Hesketh et James Hunt ont réalisé leur meilleure saison avec les quatrièmes places des deux championnats.

 

Ce championnat 1975 aura donc vu neuf vainqueurs différents en quatorze épreuves, donc quatre furent interrompues par le drapeau rouge.

 

Conseil mondial de la FIA et accords Ugeux-Ecclestone

Juste après ce dernier Grand Prix s'ouvre le conseil mondial de la FIA à Paris, du 6 au 10 octobre 1975. Le prince Paul Alphonse de Metternich, jusqu'alors président de la Commission sportive internationale et de l'Automobile Club d'Allemagne, est élu président de la Fédération internationale et succède ainsi au prince Amaury de Mérode. Le président de l'Automobile Club de France, Jean-Richard Deshais, demeure vice-président.

 

La première tâche de Metternich est de se trouver un successeur à la tête de la CSI, un homme à poigne capable de négocier avec la F1CA. Avec le soutien du RAC, il choisit le Belge Pierre Ugeux, 62 ans, qui n'est pas un homme du sérail mais est connu pour être un négociateur habile.

 

Ugeux se met immédiatement au travail: il entre en contact avec Bernie Ecclestone afin de fixer le montant de la somme que tous les organisateurs de Grands Prix européens auront à payer aux constructeurs en échange de leurs participations. Il espère ainsi enlever une arme des mains de la F1CA qui imposait jusqu'alors ses conditions financières. Ugeux prévient les équipes: tant qu'aucun arrangement n'aura été trouvé, le championnat du monde 1976 n'aura pas lieu. En novembre, Ugeux et Ecclestone parviennent à un accord: désormais les organisateurs devront payer 275 000 dollars par Grand Prix, en échange de quoi les constructeurs s'engagent à participer aux épreuves.

 

Toutefois le problème reste entier en ce qui concerne les courses hors d'Europe. La F1CA est justement en litige avec l'Automobile Club Argentin qui ne veut pas céder à ses exigences financières pour organiser le Grand Prix d'Argentine 1976...

 

Morts de Graham Hill et Tony Brise

L'année se termine par une tragédie. Le 29 novembre, Graham Hill, son pilote Tony Brise, le team manager Ray Brimble, le concepteur Andy Smallman et les mécaniciens Tony Alcock et Terry Richards, reviennent d'une séance d'essais privés au Castellet, afin de tester la nouvelle Hill GH2. Graham Hill est aux commandes de son Piper PA-23 personnel. Alors que l'appareil arrive en Angleterre, le brouillard se lève tandis que la nuit tombe. Hill veut tenter un atterrissage. L'avion heurte un arbre et s'écrase à Arkley, près d'un terrain de golf.

 

Tous les occupants sont tués. Graham Hill, l'un des pilotes les plus talentueux et les plus charismatiques de Formule 1, avait 46 ans. Tony Brise, 23 ans, était un très grand espoir du sport automobile britannique. Certains le considéraient comme un futur champion du monde. L'équipe Embassy Hill est décapitée par ce drame et disparaît quelques semaines plus tard.

Tony