James HUNT
 J.HUNT
Hesketh Ford Cosworth
Vittorio BRAMBILLA
 V.BRAMBILLA
March Ford Cosworth
Tom PRYCE
 T.PRYCE
Shadow Ford Cosworth

262e Grand Prix

XIII Grosser Preis von Osterreich
Pluie
17 août 1975 - Österreichring
29 tours x 5.911 km - 171.419 km
Course prévue pour 54 tours, stoppée à cause de la pluie. La moitié des points est attribuée.
(également Grand Prix d'Europe)
Affiche
F1
Coupe

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Pilote
Constructeur
Moteur

Ce treizième Grand Prix d'Autriche pourrait s'avérer crucial car le régional de l'étape Niki Lauda est en passe d'obtenir son premier titre de champion du monde. Après la confirmation de l'annulation du GP du Canada, il ne reste en effet plus que trois manches à disputer. Pour être sacré, Lauda doit avoir au minimum dix-huit points d'avance sur Carlos Reutemann à l'issue de cette course. Comme l'écart entre les deux hommes est déjà de dix-sept unités, la tâche semble à la portée du pilote Ferrari. Quant à Emerson Fittipaldi, qui compte dix-huit points de retard, il doit absolument terminer devant Lauda pour conserver ses chances de succès.

Au classement des constructeurs la situation est plus tendue puisque trois points seulement séparent Ferrari et Brabham. Avec 14,5 points de retard sur la Scuderia, McLaren a encore une petite chance de conserver la coupe.

 

L'évènement de cette course est le retour de Matra en Formule 1. Le constructeur français motorise en effet l'écurie Shadow qui présente à l'occasion une nouvelle voiture, la DN7, simple évolution de la DN5. Jean-Pierre Jarier est à son volant, Tom Pryce pilotant l'ancien modèle motorisée par le V8 Ford-Cosworth. Le V12 Matra est une évolution du moteur utilisé autrefois en endurance, lui-même émanation d'un moteur de Formule 1. Toutefois les observateurs sont sceptiques devant cette curieuse coopération entre l'équipe américaine et l'entreprise de Jean-Luc Lagardère. Surtout, ni Tony Southgate ni Georges Martin, concepteurs respectifs de la voiture et du V12, ne sont favorables au projet.

 

Il y a beaucoup de changements dans le paddock pour cette course. Tout d'abord Rolf Stommelen fait son retour au volant de la Hill après avoir récupéré de ses blessures contractées en Espagne. Il est associé à Tony Brise, Alan Jones ayant quitté l'équipe suite à ses mésententes avec Graham Hill.

Lotus continue de tester des pilotes dans sa deuxième voiture. Après l'intérim de John Watson au Nürburgring, c'est Brian Henton qui fait sa réapparition au volant de la 72F.

Ensign engage deux voitures: une vieille N174 pour Roelof Wunderink et une N175 pour le revenant Chris Amon. Le Néo-Zélandais semble être une recrue de choix pour Mo Nunn bien qu'il n'ait pas touché une F1 depuis près d'un an. Lord Hesketh engage une deuxième voiture pour l'Américain Brett Lunger, peu connu en Europe. Harald Ertl est toujours au volant de la 308 sponsorisée par Wartsteiner, et ce sera encore le cas en Italie. Williams continue de louer sa FW à qui apporte de l'argent: cette fois-ci c'est le Suisse Jo Vonlanthen qui se dévoue.

L'équipe Surtees fait son retour mais en proie à des difficultés financières, elle ne devrait pas réapparaître avant 1976. Après sa pige chez Lotus, John Watson retrouve le volant de la TS16. L'Autrichien Ewald Boisitz avait été approché pour conduire une deuxième voiture mais l'engagement a été annulé.

BRM est de nouveau en piste, toujours avec la vieille P201, toujours avec Bob Evans au volant, mais avec un nouveau moteur V12.

Enfin c'est une équipe McLaren exsangue qui va prendre part à la course: après que Jochen Mass a détruit deux châssis en Allemagne, l'équipe n'a plus du mulet.

 

Les qualifications

Beaucoup d'accidents vont émailler ce week-end, mettant en évidence le danger de ce rapide circuit de l'Österreichring. C'est tout d'abord Peterson qui se crashe violemment dans le virage de Glatz, sans blessure heureusement. Le samedi, Wilson Fittipaldi quitte la route au niveau de la bosse précédant le virage Rindt, fait plusieurs tours sur lui-même avant de taper le rail. Le Brésilien s'en tire avec le poignet gauche cassé. Il doit bien sûr déclarer forfait.

 

Lauda domine les essais et réalise la pole position en battant le record de la piste en 1' 34'' 85'''. Hunt, qui s'affirme de plus en plus comme le principal rival de l'Autrichien, est deuxième. Il devance nettement E. Fittipaldi dont c'est la meilleure qualification depuis fort longtemps. En quatrième position on retrouve l'étonnant Stuck qui confirme les progrès de la March. Regazzoni et Pace composent la troisième ligne. Ils précèdent Depailler, Brambilla, Mass et Scheckter. Reutemann n'est qu'onzième après avoir cassé un moteur. Il devance Laffite, le héros du GP d'Allemagne. Jarier est seulement quatorzième au volant de la Shadow-Matra. Celle-ci s'avère très délicate à piloter: à cause de problèmes d'alimentation, le moteur ne cesse de couper. Au moins Jarier devance d'une place son équiper Pryce.

Pour sa première course, Lunger est dix-septième tandis qu'Amon qualifie l'Ensign au vingt-et-unième rang devant Evans. Ertl, Wunderink, Vonlanthen et Trimmer sur la Maki ne sont pas qualifiés.

 

L'accident de Mark Donohue

Lors du warm-up du dimanche matin, Mark Donohue, qualifié en vingt-et-unième position au volant de la March Penske, éclate un pneu tandis qu'il aborde la très rapide courbe de Voëst-Hugel. A plus de 200km/h, la voiture heurte le rail, se soulève et vient s'écraser dans un fossé en contrebas, fauchant au passage deux commissaires de course. Donohue est extrait de sa voiture conscient, souffrant de contusions à la jambe gauche, aux bras et au thorax. En revanche l'un des commissaires est très sérieusement touché et est évacué en urgence. Quant à Donohue, il est forfait pour la course mais d'après les médecins ses jours ne sont pas en danger.

 

Au cours de la même séance, Henton endommage sa Lotus et doit déclarer forfait.

 

Le Grand Prix

Suite aux forfaits de W. Fittipaldi, Donohue et Henton, Ertl, Wunderink et Vonlanthen sont autorisés à prendre le départ.

 

A l'heure prévue pour le départ, un violent orage est annoncé aux abords du circuit. Comme tous les pilotes sont chaussés de pneus slicks, il paraît plus sage de reporter le départ pour éviter un carnage dans les premiers tours. C'est ce que Bernie Ecclestone, représentant des constructeurs, explique aux officiels patronnés par le prince de Metternich en personne. L'orage éclate à cet instant et de violentes averses s'abattent sur le circuit. Quarante-cinq minutes plus tard, la pluie s'est apaisée et les voitures ressortent des stands pour former une nouvelle grille. La piste est alors complétement détrempée et tous les pilotes s'élancent en pneumatiques rainurés.

 

Départ: Lauda conserve l'avantage devant Hunt mais derrière eux Depailler prend un excellent envol, déborde Stuck et Fittipaldi et pointe au troisième rang dans la première courbe, juste derrière les deux leaders. Suivent Stuck, Fittipaldi et Regazzoni.

 

1er tour: A la peine, Regazzoni se fait doubler par Brambilla.

Lauda mène devant Hunt, Depailler, Stuck, E. Fittipaldi, Brambilla, Scheckter, Regazzoni, Reutemann, Peterson, Andretti et Pace.

 

2e: Lauda compte une seconde d'avance sur Hunt. Brambilla prend la cinquième place à Fittipaldi. Peterson double Reutemann puis Regazzoni. Andretti part en tête-à-queue dans la courbe Texaco et casse son train avant. Il regagne le stand Parnelli. Evans entre aussi aux stands: le nouveau moteur BRM est déjà en panne.

 

3e: Très rapide, Brambilla rattrape son équipier Stuck. Andretti met pied à terre: sa voiture n'est pas réparable.

 

4e: Tandis que Lauda, Hunt et Depailler ne s'échappent guère en tête, Scheckter est victime d'une crevaison. Il entre au stand Tyrrell pour changer de roue et repart en vingtième position.

 

5e: Brambilla dépasse Stuck. Déjà le pilote italien se rapproche des trois leaders. Mass prend la huitième place à Regazzoni dont la voiture n'est pas réglée pour la pluie.

 

6e: Brambilla double hardiment Depailler dans la courbe Bosch: par l'intérieur, en mettant deux roues sur le vibreur humide. Peterson double Fittipaldi et Pryce passe Regazzoni. Pace s'arrête au stand Brabham: son moteur ne tourne que sur sept cylindres. Mais il y a pire: on s'aperçoit que les pilotes Brabham utilisent chacun un pneu de leur équipier, monté par erreur sur leur voiture...

 

7e: En ce début d'épreuve, Brambilla et Peterson semblent être les pilotes les plus rapides. Pace a repris la piste en dernière position.

 

8e: Lauda a une seconde d'avance sur Hunt. Brambilla est à environ quatre secondes du leader. Depailler est quatrième, menacé par Stuck et Peterson. Suivent Fittipaldi, Mass, Pryce, Brise, Regazzoni et Reutemann. Vonlanthen est à son stand à cause d'un problème de moteur.

 

9e: Stuck double Depailler. Peterson dépasse la Tyrrell dans la foulée. Jarier est au ralenti à cause d'un souci d'alimentation sur la Shadow-Matra.

 

10e: La pluie a cessé et la piste s'assèche un peu. Brambilla remonte sur Lauda et Hunt. Peterson prend la quatrième place à Stuck. Jarier a regagné son stand pour abandonner.

 

11e: Stuck part en aquaplanage dans la courbe Bosch et percute très violemment les protections. Il sort toutefois indemne de sa March très endommagée.

 

12e: Lauda n'a qu'une demi-seconde d'avance sur Lauda et une seconde et demie de marge sur Brambilla. Comme son équipier, sa voiture n'est pas réglée pour rouler sur une piste humide. Mass déborde Fittipaldi. Pryce est lui-même sur les talons des deux McLaren.

 

13e: Lauda, Hunt et Brambilla se tiennent dans un mouchoir. Mass prend la cinquième place à Depailler.

 

14e: Hunt est dans les échappements de Lauda. Pryce déborde Depailler puis Fittipaldi. Wunderink est au stand Ensign et y reste plusieurs minutes pour résoudre un problème technique.

 

15e: Hunt dépasse Lauda par l'extérieur à l'entrée de la courbe Texaco. L'Autrichien est si prudent dans son passage en courbe que Brambilla se faufile à l'intérieur et double à son tour la Ferrari. Vonlanthen renonce, monteur en panne. Brise fait quant à lui changer ses roues avant à cause de vibrations sur son châssis.

 

16e: Hunt ne compte qu'une seconde d'avance sur Brambilla tandis que Lauda est dans le sillage de l'Italien. Peterson est quatrième à une quinzaine de secondes et précède Mass et Pryce, proches l'un de l'autre. Depailler est septième devant Fittipaldi, Regazzoni et Watson. Scheckter remonte dans le peloton: le voici quatorzième.

 

17e: Lauda perd peu à peu le contact avec Hunt et Brambilla. Depailler s'arrête au stand Tyrrell pour faire changer ses pneus avant qui sont détériorés. Il remet des pneus rainurés et repart en dixième position, devant Amon.

 

18e: Il pleut de nouveau et la zone des stands est noyée sous les eaux. Hunt est à la peine car, comme Pace, il a perdu l'usage d'un cylindre. Brambilla est dans ses roues. Lauda est déjà relégué à cinq secondes.

 

19e: Brambilla harcèle Hunt. A l'abord du virage Bosch, l'Anglais est gêné par son équipier Lunger, très lent. Brambilla se jette à l'intérieur et double son rival sans coup férir. Pour ne rien arranger, Hunt est encore gêné par Lunger dans la courbe Texaco. Pendant ce temps-là, Pace abandonne à cause de ses problèmes de moteur.

 

20e: Brambilla s'échappe en tête de l'épreuve. Hunt ne parvient pas à suivre son rythme. Ertl est arrêté à son stand.

 

21e: Rien n'arrête Brambilla qui gagne plusieurs secondes au tour sur Hunt. Pendant ce temps-là, Lauda voit remonter sur lui un trio composé de Peterson, Mass et Pryce.

 

22e: Peterson s'arrête à son stand pour changer de visière, celle de son casque ayant été endommagée par les projections. Il ne repart qu'au septième rang, derrière Regazzoni.

 

23e: Mass a doublé Lauda. Après une belle remontée, Scheckter se retrouve dixième en doublant son coéquipier Depailler. Laffite s'arrête au stand Williams et sort de sa voiture: la tenue de route de sa machine est si déplorable que le Français partait en aquaplanage en pleine ligne droite. Il renonce à poursuivre, ce qui lui sera reproché.

 

24e: Brambilla a déjà douze secondes d'avance sur Hunt. Pryce déborde un Lauda extrêmement prudent, ses pneus manquant d'adhérence.

 

25e: La pluie redouble d'intensité et les pilotes qui ont déjà abandonné demandent aux officiels d'arrêter la course tant les conditions météorologiques sont déplorables.

 

26e: Brambilla a vingt secondes d'avance sur Hunt. Mass est troisième à une trentaine de secondes, devant Pryce. Lauda est cinquième et précède de peu Regazzoni et Peterson. Suivent Fittipaldi, Scheckter, Watson et Depailler.

 

27e: Peterson prend la sixième position à Regazzoni.

 

28e: Mass part en tête-à-queue. Il parvient à reprendre la piste aussitôt mais entretemps Pryce s'est emparé de la troisième place. Ertl est arrêté au niveau de Texaco à cause de problèmes électriques. Scheckter prend la huitième place à Fittipaldi.

 

29ème et dernier tour: Un déluge tombant sur le circuit, la direction de course décide d'interrompre la course et de brandir le drapeau à damiers. Vittorio Brambilla franchit la ligne d'arrivée en vainqueur. Il est si heureux qu'il lâche les mains de son volant, part en aquaplanage et va s'écraser contre un rail dans la montée vers le premier virage. Il parvient tout de même à contrôler sa monoplace, et c'est avec une voiture détruite à l'avant qu'il effectue son tour d'honneur ! Hunt termine deuxième et Pryce troisième, montant ainsi sur son premier podium. C'est surtout le premier podium de Shadow en 1975, après tant de belles occasions manquées. Mass est quatrième. Peterson finit cinquième après avoir une nouvelle fois démontré son grand talent sur piste humide. Lauda termine sixième et précède son équipier Regazzoni. Scheckter est remonté au huitième rang. Il devance Fittipaldi, Watson, Depailler, Amon, Lunger, Reutemann qui a vécu un week-end calamiteux, Brise, Stommelen, Lombardi et Wunderink.

 

Après la course

Une certaine confusion règne après cette interruption car certaines équipes pensent que la course reprendra et se préparent dans cette perspective. Il leur est alors signifié que le drapeau à damiers a bien été abaissé et que le Grand Prix est donc fini.

 

C'est la quatrième fois cette saison qu'un Grand Prix est interrompu avant son terme. Ce succès de Brambilla est le premier d'une March depuis 1970, et même le premier de l'écurie officielle. Il couronne les efforts de Max Mosley et Robin Herd pour remettre à flot cette écurie qui était au bord de la disparition un an et demi plus tôt.

 

Comme moins de 75% des tours ont été couverts, seuls la moitié des points sont attribués. Par conséquent, Lauda n'est pas sacré champion puisque sa sixième place ne lui rapporte qu'un demi-point. Sa situation est tout de même très favorable puisqu'il compte 17, 5 points d'avance sur Reutemann tandis qu'il ne reste que 18 unités à prendre. Fittipaldi est en revanche désormais exclu de la course au titre. Au classement des constructeurs la situation est beaucoup plus indécise puisque Ferrari ne compte que 3,5 points d'avance sur Brabham.

 

Décès de Mark Donohue

C'est après le Grand Prix que les drames se déroulent. Mark Donohue, que l'on pensait seulement victime de quelques contusions, se plaint de violents maux de tête dans la soirée du dimanche. Quelques heures plus tard, il subit une très grave hémorragie cérébrale. Il est provisoirement sauvé par les médecins mais sombre dans le coma. Le lendemain, le commissaire de piste blessé dans l'accident décède.

 

L'état de Donohue est désespéré selon l'hôpital de Graz où il se trouve. Le mardi 19 août, le pilote américain décède à l'âge de 38 ans. Après Peter Revson l'année précédente, les États-Unis viennent de perdre un autre de leurs grands champions.

Tony