Jacques LAFFITE
 J.LAFFITE
Williams Ford Cosworth
Carlos REUTEMANN
 C.REUTEMANN
Brabham Ford Cosworth
Niki LAUDA
 N.LAUDA
Ferrari

261e Grand Prix

XXXVII Grosser Preis von Deutschland
Ensoleillé
3 août 1975 - Nürburgring
14 tours x 22.835 km - 319.690 km
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Premier podium pour Jacques Laffite et pour Williams.

Le Nürburgring accueille une nouvelle fois le Grand Prix d'Allemagne. Cet événement apparaît d'une confondante banalité et pourtant il va de moins en moins de soi tant les pilotes critiquent cette piste pour son manque criant de sécurité. Le circuit est de plus en plus menacé et il pourrait bientôt se voir retiré du calendrier, sa licence expirant en 1976.

 

Niki Lauda peut prendre une grande option sur le titre de champion du monde s'il creuse encore l'écart sur Emerson Fittipaldi à l'issue de ce Grand Prix. A priori ce circuit devrait convenir aux Ferrari. Tenant du titre dans l'Eifel, Clay Regazzoni pourrait menacer son coéquipier. Il en aurait bien besoin car sa saison est très décevante. Tandis que Lauda a remporté quatre courses, Rega n'a pas fait mieux que deux troisièmes places. Luca di Montezemolo est mécontent de ses performances même s'il faut admettre que le Tessinois a connu beaucoup de problèmes de fiabilité comparé à Lauda, qui reste sur six arrivées consécutives.

 

Pour cette course Lotus cherche un nouveau pilote pour sa 72F. Jim Crawford se révélant trop tendre et Brian Henton décevant, c'est John Watson qui est choisi par Colin Chapman. Le Nord-Irlandais est en effet libéré par le forfait de l'équipe Surtees, en panne de liquidités. John Surtees n'a en effet plus les moyens de poursuivre son programme 1975 et son équipe pourrait disparaître. Une deuxième Hesketh 308 est engagée pour cette course par les brasseries Wartsteiner, ce qui permet au jeune Autrichien Harald Ertl d'effectuer ses débuts en Formule 1.

 

March engage de nouveau trois voitures officielles, Hans Joachim Stuck restant dans l'équipe jusqu'à la fin de la saison. Chez Williams, Ian Ashley se voit confier la FW qui dispose de nouveau d'un moteur après son forfait à Silverstone. Ensign aligne une seule voiture, une N175 confiée à Gijs van Lennep, bon connaisseur du Nürburgring. Enfin l'Anglais Tony Trimmer prend place au volant de la Maki qu'il essaiera de qualifier.

 

Annulation du Grand Prix du Canada

C'est au cours de ce week-end que l'on apprend que le Grand Prix du Canada, prévu à Mosport pour la fin septembre, est annulé. En effet les organisateurs ont refusé de se plier aux exigences financières de la FOCA qui exigeait leur engagement à long terme. Bernie Ecclestone a décidé que la FOCA boycotterait l'épreuve, ce qui entraîne donc son annulation.

 

Cet épisode illustre l'impuissance des autorités sportives à maîtriser l'organisation des épreuves de leur propre championnat, tant l'influence des constructeurs est devenue grande. Cette question devrait être au cœur du prochain conseil mondial de la FIA en octobre. Le prince de Metternich, président de la Commission sportive internationale, doit reprendre la situation en main face aux constructeurs.

 

Les qualifications

Aux essais Ian Ashley est victime d'un gros accident au virage Pflanzgarten. L'Anglais est blessé à la cheville et doit déclarer forfait. Suite à cet incident les pilotes exigent des organisateurs de nouvelles protections en bordure de cette piste de plus en plus critiquée. Des barrières ARMCO supplémentaires sont ainsi montées en hâte.

 

Lauda obtient sa quinzième pole en carrière, avec un temps exceptionnel: 6'58''6'''. Ce chrono ne sera jamais battu par les F1 sur cette piste. Pace est deuxième, à quatre dixièmes du pilote Ferrari. En regain de forme, les Tyrrell de Scheckter et Depailler sont en deuxième ligne, suivies par Regazzoni et Mass. Stuck est un excellent septième, devançant Fittipaldi, seulement huitième. Hunt et Reutemann occupent la cinquième ligne. A souligner les performances décevantes des Shadow: Jarier est douzième et Pryce, auteur de la pole en Grande-Bretagne, seizième. Watson est quatorzième et devance son équipier Peterson, seulement dix-huitième. Ertl est vingt-troisième devant van Lennep et Lombardi. Trimmer est le seul pilote non-qualifié.

 

Le Grand Prix

Ce 3 août une chaleur écrasante plane sur l'Eifel. Elle va mettre les pneumatiques à très rude épreuve. Surtout, des petits cailloux sont disséminés un peu partout sur l'immense circuit, et sont de grandes sources de crevaison... 300 000 spectateurs se sont pressés pour regarder la course.

 

Départ: Excellent envol de Lauda, suivi par Pace et Depailler. Après quelques mètres Scheckter ralentit soudainement à cause d'un problème de boîte de vitesses. Il lève le bras et tout le monde parvient à l'éviter. Reutemann effectue un superbe envol de la dixième à la cinquième place.

 

1er tour: Quatrième au premier virage, Fittipaldi se fait passer par Reutemann, Regazzoni et Stuck. Depailler passe Pace. Scheckter a pu se relancer mais est relégué au vingtième rang. Mass éclate un pneu à Bergwerk et échoue dans les protections.

Lauda mène devant Depailler, Pace, Reutemann, Regazzoni, Stuck, E. Fittipaldi, Hunt, Jarier et Brambilla. Donohue est aux stands à cause d'une crevaison.

 

2e: Lauda, Depailler et Pace s'envolent en tête de la course, séparés chacun par environ deux secondes. Fittipaldi est victime d'une crevaison à l'arrière gauche et doit regagner les stands au ralenti. Donohue connait de nouveau la même mésaventure et abandonne, une suspension étant endommagée. Peterson casse son embrayage et renonce aussi. Scheckter est déjà revenu en douzième position.

 

3e: Reutemann et Regazzoni remontent sur le trio de tête. Mais le Suisse en profite pour passer l'Argentin. Hunt double Stuck. Watson abandonne, suspension cassée: les deux Lotus sont out. Brambilla a crevé un pneu et est dans les stands pour le changer.

 

4e: Depailler a semé Pace et menace Lauda. Fittipaldi arrive enfin à son stand où il change son pneu et repart. Stuck abandonne, moteur cassé. Son équipier Brambilla ne va pas plus loin, victime d'une nouvelle crevaison. Scheckter est huitième.

 

5e: Pace ralentit, victime lui aussi d'une crevaison, et tombe au sixième rang. Il entre à son garage en fin de boucle. Emerson Fittipaldi abandonne, sa McLaren étant trop endommagée après sa crevaison. Son frère Wilson met lui aussi pied à terre, son moteur Cosworth ayant rendu l'âme.

 

6e: Depailler est désormais sur les talons de Lauda et lui impose une grande pression. Regazzoni est troisième devant Reutemann. Cinquième, Hunt est à la peine car son extincteur s'est détaché, cognant contre sa batterie et provoquant des coupures de moteur. Pace s'arrête dans l'herbe suite à une nouvelle défaillance d'un de ses pneus. Jarier récupère la sixième place, suivi par Scheckter et Pryce.

 

7e: Depailler se rapproche de Lauda dans les enchaînements lents tandis que Lauda reprend de l'avance dans les lignes droites. Le Français mène peut-être sa plus belle course depuis ses débuts en F1. Scheckter pointe au sixième rang après avoir passé Jarier. Regazzoni réalise un superbe meilleur tour en 7'06''4'''.

 

8e: Suite à une crevaison, Scheckter sort de la piste à Wippermann et heurte le talus. C'est fini pour lui. Jarier roule sur les débris de la Tyrrell et crève un pneu, endommageant ainsi sa transmission. Il n'ira pas plus loin. Du coup Pryce entre dans les points, suivi par Laffite et Brice.

Coup de théâtre à la fin de ce tour: Depailler entre dans les stands.

 

9e: Alors que les deux Ferrari sont désormais en tête, Lauda devant Regazzoni, Depailler est au garage Tyrrell. Sa suspension avant gauche présente une fissure et doit être réparée. Il ne peut reprendre la piste qu'au bout de huit minutes. Reutemann est troisième devant Hunt, Pryce, Laffite, Brise et Jones.

 

10e: Le moteur de Regazzoni rend l'âme. Quelques minutes plus tard, dans la dernière portion du circuit, Lauda ralentit soudainement. Comme tant d'autres, l'Autrichien a dû rouler sur un caillou et subit une crevaison. Il entre dans les stands au ralenti. Reutemann est le nouveau leader. Pendant ce temps-là le jeune Brise sort de la piste à cause d'une rupture de châssis.

 

11e: Le classement est désormais le suivant: Reutemann mène devant Hunt, très rapide car libéré de son problème de batterie, Pryce et Laffite. Lauda est reparti cinquième après un long arrêt. Derrière lui se trouvent Jones et van Lennep. L'Autrichien est en grandes difficultés car son pneu déchapé a endommagé son aileron avant, ce qui altère sa tenue de route. Il gagne néanmoins une place lorsque Hunt revient à son stand.

 

12e: Hunt est bloqué au stand Hesketh et ne repartira pas. Un des goujons d'une roue a cédé. Pryce et Laffite luttent désormais pour la seconde place. Mais le Gallois est victime d'une fuite d'huile. Le lubrifiant envahit son cockpit et le brûle, ce qui le déconcentre et le contraint à la plus grande prudence. Laffite en profite pour le doubler.

 

13e: Avec une minute et demie d'avance sur Laffite, Reutemann a course gagnée. Lauda remonte à grandes enjambées sur Pryce. Il le dépasse sans grand difficulté, le pilote Shadow essayant principalement de terminer la course. Lombardi et Ertl luttent pour la septième place.

 

14ème et dernier tour: Lauda finit la course comme il l'avait débutée: devant Depailler. Mais le Français est maintenant dernier à un tour. Andretti tombe en panne d'essence dans cette dernière boucle à cause d'une fuite sur la Parnelli.

 

Carlos Reutemann remporte le Grand Prix d'Allemagne, ce qui est sa quatrième victoire en carrière, la première de la saison. Laffite est un exceptionnel deuxième. Le Français monte sur son premier podium, qui est aussi le premier de l'équipe Williams en tant que constructeur. Lauda sauve la troisième place. Pryce est un héroïque quatrième, suivi par Jones, qui inscrit ainsi ses premiers points, et van Lennep. Lella Lombardi est septième, devant Ertl et Depailler, le malheureux du jour. Andretti est classé dixième. Le record du tour de Clay Regazzoni restera non battu par les Formules 1 sur ce circuit du Nürburgring.

 

Après la course

Reutemann est content d'avoir enfin remporté sa première victoire en 1975 mais garde peu d'espoirs de menacer Lauda dans la course au titre. Il rejoint son illustre compatriote Juan Manuel Fangio au palmarès du Nürburgring, mais par modestie attribue son succès aux excellents réglages de sa Brabham.

 

La grande révélation du jour est Jacques Laffite qui, un an après ses débuts, s'impose véritablement dans la discipline reine tandis qu'il est en passe de devenir champion d'Europe de Formule 2. Laffite a su éviter tous les pièges et en particulier ces fameux silex qui bordaient l'asphalte... « La mécanique était au point... » se contente de dire en souriant le nouvel héros français. En outre, ces six points inscrits vont permettre à Frank Williams de toucher une partie du pactole de la FOCA à partir de la saison suivante...

 

Sitôt sorti de sa voiture, Tom Pryce est pris en charge par les médecins car il a été partiellement brûlé par l'huile répandue dans son cockpit. Il passe une nuit à l'hôpital pour observations.

 

Finalement Lauda effectue une bonne opération puisqu'il accroit encore son avance au championnat du monde. Reutemann prend la deuxième place à Fittipaldi et compte dix-sept points de retard sur Lauda. Pour le Pauliste, la conservation de son titre relève désormais de la mission impossible: à trois épreuves du but, il a dix-huit points de retard sur le leader. Les chances de Hunt et de Pace sont désormais nulles.

En revanche, Brabham remonte sur Ferrari au championnat des constructeurs. Seuls trois points séparent désormais les deux équipes.

Tony