Clay REGAZZONI
 C.REGAZZONI
Ferrari
Emerson FITTIPALDI
 E.FITTIPALDI
McLaren Ford Cosworth
Jacky ICKX
 J.ICKX
Lotus Ford Cosworth

237e Grand Prix

III Grande Premio do Brasil
Très variable
27 janvier 1974 - Interlagos
32 tours x 7.960 km - 254.720 km
Course prévue pour 40 tours, stoppée à cause de la pluie.
Affiche
F1

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Carlos Reutemann ne résistera pas longtemps aux assauts de Ronnie Peterson et d'Emerson Fittipaldi.

Si la première épreuve du championnat à Buenos Aires fut tout à la gloire du malchanceux Carlos Reutemann, le Grand Prix du Brésil à Interlagos est le rendez-vous du héros national Emerson Fittipaldi, qui plus est tenant du titre. Des dizaines de milliers de supporteurs sont là tout le week-end pour encourager leur champion. Ils brandissent notamment des pancartes « Emerson remember Monza », signe de la rancœur des Brésiliens envers Colin Chapman, coupable selon eux d'avoir trahi le Brésilien lors du GP d'Italie 1973.

 

Au cours de ce week-end l'association des pilotes de Grand Prix élit son nouveau président. Son doyen Graham Hill, 44 ans, succède à Denny Hulme. Le double champion du monde est un bon avocat de la cause sécuritaire, mais son élection déplaît à Bernie Ecclestone, le puissant animateur de la F1CA avec lequel il entretient une vive inimitié.

 

Lors du GP d'Argentine, la Brabham BT44 de Reutemann a impressionné le paddock et certains craignent une nouvelle domination, cette fois-ci victorieuse, du pilote argentin. Néanmoins les McLaren, les Ferrari et les Lotus semblent être des adversaires redoutables. Le redressement de la Scuderia apparaît notamment assez spectaculaire. Il est principalement dû au retour en grâce de Mauro Forghieri. A ses indéniables compétences techniques s'ajoute son professionnalisme qui accroît la confiance de toute l'équipe. « L'amélioration des Ferrari est, évidemment, du domaine de la technique. Mais pour moi, elle est surtout psychologique. Nous travaillons désormais dans d'excellentes conditions » déclare ainsi Clay Regazzoni.

Après le carambolage de la première course qui a éliminé ses deux voitures, Shadow a dû reconstruire une DN1 pour Jean-Pierre Jarier, arrivée en catastrophe sur le circuit et ce malgré quelque ennuis avec la douane brésilienne.

Rikky von Opel ayant quitté l'équipe Ensign, Mo Nunn n'a plus les moyens de faire courir sa voiture pour le moment et se reporte sur la saison européenne.

 

Les qualifications

La tendance aperçue en Argentine se confirme lors des essais qualificatifs. Pour le plus grand bonheur du public, Fittipaldi réalise sa première pole position au volant d'une McLaren, la cinquième de sa carrière. Il précède Reutemann de trois dixièmes. En troisième position on retrouve Lauda qui confirme la montée en puissance des Ferrari, aux côtés de Peterson. Ickx est cinquième devant Revson, toujours très rapide au volant de la nouvelle Shadow. Hailwood et Regazzoni sont en quatrième ligne. Ils précèdent Merzario et Mass. Vainqueur en Argentine, Hulme est seulement onzième devant l'autre chouchou du public: Carlos Pace. Les Tyrrell sont encore une fois très distancées: Scheckter et Depailler sont respectivement quatorzième et seizième.

 

Déception pour Hunt, seulement 18ème pour la dernière course de la March version Hesketh. Mais le pire vient du pauvre Robarts, complètement perdu au volant de la deuxième Brabham et seulement qualifié au 24ème rang... Son temps est de trois secondes inférieur à celui de Watson qui utilise une vieille Brabham BT42.

 

A noter que lors des essais les bordures de la piste se sont gravement effritées, contraignant les organisateurs à des réparations.

 

Le Grand Prix

Le jour de la course, 130 000 spectateurs sont venus encourager Emerson Fittipaldi. Ceux-ci sont très agités et lancent sur la piste des morceaux de verre brisé. La situation devient dangereuse et la direction de course décide de reporter le départ, le temps de nettoyer le bitume. La météo est orageuse: le ciel est voilé, l'air lourd et l'humidité très élevée.

 

Départ: Le signal est donné un peu en avance ce qui provoque une certaine confusion. Reutemann s'élance le mieux et vire en tête au premier freinage devant Peterson, Fittipaldi et Regazzoni. Lauda est mal parti et se retrouve au milieu du peloton. Le moteur de Merzario se coupe, mais après quelques instants l'Italien parvient à démarrer.

 

1er tour: Reutemann est en tête juste devant Peterson. Fittipaldi est troisième puis viennent Regazzoni, Ickx, Revson, Mass, Hulme, Pace et Lauda. Ganley est dans les stands pour faire vérifier sa voiture.

 

2e: Peterson met la pression sur Reutemann. Hulme commet une erreur et perd cinq places, tandis que Lauda se fait doubler par Scheckter et Hunt.

 

3e: Peterson est dans les échappements de Reutemann tandis que Ickx menace Regazzoni. Pace double Mass. Lauda est au ralenti: une valve de son moteur s'est enrayée. Le pilote autrichien regagne son stand pour abandonner.

 

4e: Peterson déborde Reutemann sur la ligne de chronométrage. Plus loin, en délicatesse avec ses pneus, l'Argentin doit céder la deuxième place à Fittipaldi. Edwards renonce après avoir cassé son aileron arrière.

 

5e: Peterson mène avec une seconde d'avance sur Fittipaldi. Reutemann est troisième juste devant Regazzoni et Ickx. Suivent Revson, Pace, Mass, Scheckter et Hailwood.

 

6e: Hailwood double Scheckter.

 

7e: Fittipaldi met la pression sur Peterson. Hailwood est huitième après avoir doublé Mass.

 

9e: Reutemann a endommagé ses pneus en début de course et doit désormais lever le pied. Regazzoni en profite pour le dépasser.

 

10e: Peterson et Fittipaldi s'échappent en tête de l'épreuve et compte une dizaine de secondes d'avance sur Regazzoni. Ickx double à son tour Reutemann. Mass s'est fait doubler par Scheckter et par Hulme.

 

11e: Tandis qu'il revenait sur Reutemann, Revson est victime d'une surchauffe de son moteur. Pendant ce temps-là Ganley abandonne sur panne d'allumage. Hulme prend la huitième place à Scheckter.

 

12e: Encouragé par la foule, Fittipaldi est collé dans les échappements de Peterson mais ne trouve pas l'ouverture. Pace dépasse Reutemann. Revson est de retour au stand Shadow où il met pied à terre.

 

14e: Peterson a de plus en plus de mal à contenir Fittipaldi. Il est en fait victime d'une crevaison lente. Hailwood prend la sixième place à Reutemann.

 

15e: Une demi-seconde sépare Peterson et Fittipaldi. A plus de quinze secondes navigue Regazzoni qui a pis du champ sur Ickx. Puis viennent Pace, Hailwood, Reutemann, Hulme, Scheckter et Hunt.

 

16e: Profitant du dépassement du retardataire Merzario, Fittipaldi parvient enfin à prendre l'avantage sur Peterson. Un cri de joie part des tribunes au passage du Brésilien sur la ligne. Stuck prend la dixième place à Hunt.

 

17e: Fittipaldi s'échappe en tête, Peterson ne pouvant pas le suivre.

 

18e: Suite à une crevaison, Hulme doit s'arrêter au stand McLaren. Il y perd une minute et ne repart qu'en dix-septième position.

 

20e: Une de ses roues étant dégonflée, Peterson doit s'arrêter au stand Lotus. Il a probablement roulé sur un des débris de verre répandus sur le circuit. Après réparation il reprend sa route en dixième position, entre Hunt et Depailler.

 

21e: Peterson double Hunt. Merzario abandonne à cause d'une panne d'accélérateur. Mass s'arrête à son stand et y reste plusieurs minutes.

 

22e: Les nuages s'amoncellent dans le ciel. Une quinzaine de secondes sépare Fittipaldi et Regazzoni. Ickx est relégué à plus d'une trentaine de secondes du leader. Stuck double Scheckter, lui-même attaqué par Peterson.

 

23e: Peterson vient à bout de Scheckter dans la partie sinueuse du tracé.

 

24e: Peterson prend la septième place à Stuck. Jarier abandonne à cause d'une défaillance de ses freins.

 

25e: Fittipaldi compte quinze secondes d'avance sur Regazzoni. Ickx est largement distancé et a près d'une minute de retard sur le leader. Pace est toujours un étonnant quatrième et précède Hailwood. Sixième, Reutemann est sous la menace de Peterson et de Stuck.

 

26e: Regazzoni réalise le meilleur tour de l'après-midi: 2'36''05'''. Après une belle course, Stuck doit mettre pied à terre à cause d'un cardan de transmission défectueux.

 

27e : Scheckter s'arrête à son stand car sa Tyrrell souffre de terribles vibrations et il pense avoir crevé. Il n'en est rien et ne repart qu'en dixième position.

 

28e: Il semblerait que l'orage menace d'éclater.

 

29e: Peterson prend la sixième position à Reutemann qui tente de finir la course avec ses pneus détruits. Watson renonce suite à une panne d'embrayage.

 

30e: Fittipaldi compte une dizaine de secondes d'avance sur Regazzoni. Ickx a complètement lâché prise et est à plus d'une minute du leader. Pace est encore plus loin.

 

31e: L'orage éclate dans la deuxième portion du circuit. Un véritable déluge s'abat sur la piste, emportant les bords du circuit, ce déverse de la boue sur l'asphalte. Fittipaldi et tous les autres pilotes ralentissent pour éviter la sortie de piste. Tandis que dans les stands on se prépare à changer les pneus, la direction de course décide de mettre un terme au Grand Prix.

 

32e: La course est arrêté au drapeau rouge brandi au passage de Ickx. Le Belge et tous les poursuivants stoppent leurs voitures. En revanche Fittipaldi et Regazzoni, qui grâce à leur avance sur le peloton ont évité le déluge, ont déjà franchi la ligne de chronométrage et parcourent donc encore un tour à très faible allure, avant de s'arrêter pour de bon. Fittipaldi reçoit le drapeau à damiers.

 

Emerson Fittipaldi remporte le GP du Brésil pour la deuxième année consécutive, ainsi que sa première victoire avec McLaren. Regazzoni finit deuxième et précède Ickx qui monte sur son premier podium pour Lotus. Pace est quatrième et complète ainsi ce très beau jour pour le sport automobile brésilien. Il comble aussi un John Surtees en proie à des difficultés pécuniaires. Hailwood finit cinquième devant Peterson qui sauve un point. Reutemann est septième et son compteur de points demeure ainsi vierge, comme celui de Brabham. Viennent ensuite Depailler, Hunt, Beltoise, Hill, Hulme, Scheckter, Pescarolo, Robarts, Migault et Mass.

 

Après la course

Emerson Fittipaldi n'a donc attendu que deux courses pour triompher sous ses nouvelles couleurs. Il ne tarit pas d'éloges sur McLaren et tacle au passage son ancien employeur: « McLaren est bien mieux organisée que Lotus. Peter Warr est un grand directeur d'équipe et j'ai beaucoup apprécié de travailler avec lui. Mais McLaren a mis sur pied un nouveau type d'organisation. Elle pense toujours à la suite, à comment tirer la quintessence de l'auto sur des pistes différentes. Teddy Mayer est immensément impliqué. Il écoute tout ce qu'on lui dit et accepte les conseils lorsqu'ils sont avisés. Ça n'a rien à voir avec Colin Chapman ! » Plus tard néanmoins, il nuancera son appréciation : « Colin est un véritable génie. Aucun doute là-dessus. Au cours d'un dîner, vous lui décrivez le comportement de l'auto dans chaque virage, il met deux doigts sur le temps et commence à réfléchir. Puis il change toute la voiture et elle devient instantanément plus rapide ! McLaren n'en est pas capable. »

 

McLaren remporte donc sa deuxième victoire en deux courses. La M23 s'affirme comme la meilleure voiture du plateau, ce qui sera confirmé par la nouvelle victoire de Fittipaldi lors de l'épreuve hors-championnat de Brasília une semaine plus tard. Néanmoins c'est bien Regazzoni qui grâce à ses deux podiums est en tête du championnat avec dix points, contre neuf à Hulme et Fittipaldi. McLaren mène le championnat des constructeurs avec 18 points contre 12 à Ferrari. Lotus a seulement 4 points, Tyrrell un seul...

Tony