Emerson FITTIPALDI
 E.FITTIPALDI
Lotus Ford Cosworth
Jackie STEWART
 J.STEWART
Tyrrell Ford Cosworth
Ronnie PETERSON
 R.PETERSON
Lotus Ford Cosworth

226e Grand Prix

XXXI Grand Prix Automobile de Monaco
Ensoleillé
3 juin 1973 - Monaco
78 tours x 3.278 km - 255.684 km
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Malgré ses efforts, Emerson Fittipaldi ne rattrapera jamais Jackie Stewart.

Le Grand Prix de Monaco 1973 marque une nouvelle étape dans l'histoire de cette épreuve puisque le circuit de la Principauté a été modifié depuis la précédente édition. Le président de l'ACM Michel Boeri est à l'origine de ces travaux. Ainsi un nouveau tronçon relie la courbe du bureau de tabac à l'ancien virage du Gazomètre. La ligne droite cède la place à l'enchaînement de deux S rapides longeant le nouveau centre nautique. Le virage du Gazomètre disparaît, remplacé par la très lente succession de deux virages serrés: l'épingle de la Rascasse et Antony Noghès. Le tracé s'allonge ainsi de 133 mètres. Les stands quant à eux quittent le bord de mer et s'installent sur le quai libéré par la disparition de la ligne droite.

 

Le nombre de voitures admises au départ, qui avait engendré un violent bras-de-fer entre Boeri et la F1CA en 1972, est toujours fixé vingt-cinq.

 

Le paddock voit débarquer l'écurie de l'aristocrate anglais Lord Alexander Hesketh. A 22 ans ce riche dandy a investi l'argent d'un gigantesque héritage dans une équipe de course fondée avec son ami Anthony Horsley. Ils ont obtenu de beaux succès en Formule 3 grâce à un jeune pilote anglais de 26 ans très fougueux mais talentueux: James Hunt. Hesketh Racing a disputé sa première épreuve de F1 lors de la Course des champions à Brands-Hatch en début d'année avec une Surtees, et le résultat a été excellent puisque Hunt a fini troisième. Hesketh et Hunt font leurs débuts dans le championnat du monde avec une March 731 privée. Mais ce que tout le monde remarque, c'est le style excentrique du jeune Lord. Arrivant sur le circuit en Rolls Royce, Hesketh organise une grande fête sur son yacht privé qui va durer... quatre jours ! Certains de ses invités arrivent à Monte Carlo en hélicoptère. Lors de la soirée offerte aux pilotes par la prince Rainier, James Hunt se fait remarquer en arrivant en smoking et... tennis blanches.

 

Beaucoup plus modestement, le pilote anglais David Purley qui a fait ses classes en Formule 3 s'aligne au volant d'une autre March 731. Son écurie est sponsorisée par LEC Refrigeration, entreprise fondée par la famille de Purley. Le directeur est Mike Earle.

Il faut noter que les ventes de ces voitures à des particuliers permettent de maintenir March à flot, ce constructeur étant toujours au bord de la faillite. Heureusement pour lui, sa March 732 à moteur BMW de Formule 2 réalise de bons résultats aux mains de Jean-Pierre Jarier, ce qui fait quelque peu oublier une campagne calamiteuse en Formule 1.

 

Les Tyrrell 006/2 utilisent pour cette course de nouveaux freins Lockheed en remplacement des pinces fournies par Girling et qui ont surchauffé en Espagne et en Belgique.

 

Ferrari aligne enfin une deuxième 312 B3 pour Arturo Merzario. Néanmoins cette voiture ne donne pas satisfaction à la Scuderia dont la saison s'annonce très mauvaise. Les Italiens n'ont ainsi engrangé que neuf points lors des cinq premières manches.

 

Les qualifications

De nouveau, la bataille fait rage lors des essais entre les Lotus et les Tyrrell. Stewart réalise sa première pole position de la saison, la quinzième de sa carrière, avec deux dixièmes de seconde d'avance sur Peterson. Hulme confirme la bonne tenue de la McLaren M23 en qualifications avec la troisième place. Il précède Cevert et E. Fittipaldi. Ce dernier a eu beaucoup de mal à régler sa machine La grande performance est l'œuvre de Lauda, sixième avec la modeste BRM. Ickx est septième sur la Ferrari, devant Regazzoni et W. Fittipaldi. Ganley est un brillant dixième avec l'Iso-Marlboro. Vainqueur la saison passée sous des trombes d'eau, Beltoise est onzième. Certains pilotes de pointe n'ont pas été performants: Revson est 15ème, Reutemann 19ème.

Les petits nouveaux s'en tirent plutôt bien: Hunt est 18ème, Purley 24ème. Le quintuple vainqueur Graham Hill est avant-dernier, devant de Adamich.

 

Après les essais, une violente dispute oppose Emerson Fittipaldi à Colin Chapman. Le Brésilien ne comprend pas comment Ronnie Peterson a pu bénéficier d'une excellente voiture tandis que lui-même s'est débattu avec une 72E impossible à mettre au point. Fittipaldi accuse Chapman de négliger sa voiture, ce dont l'ingénieur britannique se défend avec son manque de tact habituel. Après la course, les mécaniciens de Lotus vont s'apercevoir que tout le châssis R7 de Fittipaldi est mal réglé, et ce depuis au moins trois courses. Fittipaldi avait donc bien du mérite à si bien le piloter. Mais il n'a plus guère confiance en son équipe...

 

Le Grand Prix

La course de Formule 3 est remportée par le Français Jacques Laffite sur une Martini de l'équipe BP France. Il précède Alain Serpaggi et Damien Magee.

 

Qualifié en vingtième position, Follmer ne peut pas prendre le départ à cause d'un accident lors du warm-up.

 

Départ: Stewart et Peterson prennent des envols moyens. Cevert part beaucoup mieux et, placé à l'intérieur, vire en tête à Sainte-Dévote. Regazzoni est aussi excellemment parti et pointe à la troisième place, devant Stewart.

 

1er tour: Cevert mène ce premier tour juste devant Peterson. A deux secondes se trouve Regazzoni qui retient Stewart, E. Fittipaldi, Lauda, Ickx, Hulme, W. Fittipaldi et Amon.

 

2e: Cevert heurte un trottoir au Casino et endommage ainsi un pneu. Le Français ralentit et se fait doubler par Peterson puis par tout le peloton. Il entre aux stands en fin de tour.

 

3e: Peterson mène devant Regazzoni qui est attaqué par Stewart et Fittipaldi. Hulme fait une erreur et se fait doubler par W. Fittipaldi et Amon. Cevert est arrêté au stand Tyrrell où il fait changer ses pneus. Il reprend la piste en vingt-cinquième et dernière position.

 

4e: Peterson possède sept secondes d'avance sur un peloton contenu par Regazzoni. Beuttler renonce suite à une panne de moteur.

 

5e: Stewart, E. Fittipaldi et Lauda klaxonnent derrière Regazzoni tandis que Peterson s'envole en tête de la course.

 

6e: Sous la pression de Stewart, Regazzoni rate son freinage à la sortie du tunnel et part en vrille à la chicane du port. Le Suisse laisse passer tout le peloton avant de repartir et d'entrer aux stands. Ganley double Hulme et occupe une étonnante huitième place.

 

7e: Stewart et Fittipaldi remontent à grandes enjambées sur Peterson. Regazzoni est aux stands à cause d'une crevaison. Il repart au bout de quelques minutes d'arrêt.

 

8e: Peterson rencontre des problèmes d'alimentation. Il n'est ainsi pas en mesure de résister à Stewart qui le dépasse sur la ligne de chronométrage. Fittipaldi passe ensuite devant son équipier.

 

9e: Stewart prend une bonne avance sur Fittipaldi. Peterson est lent et se fait doubler par Lauda, Ickx et W. Fittipaldi. Sa pompe à essence mécanique est hors d'usage et il ne peut utiliser que sa pompe électrique. Le Suédois va-t-il de nouveau abandonner ?

 

10e: Stewart mène avec trois secondes d'avance sur E. Fittipaldi. Lauda est troisième à cinq secondes puis viennent Ickx, W. Fittipaldi, Peterson, Amon, Ganley, Hulme et Beltoise.

 

12e: Stewart est plus rapide que Fittipaldi et commence à s'échapper en tête de l'épreuve.

 

14e: Hulme reprend la huitième position à Ganley.

 

15e: Lauda est toujours troisième et résiste bien aux attaques de Ickx. Le jeune Autrichien impressionne beaucoup les spectateurs. Cela va mal en revanche pour Amon qui doit passer aux stands après un beau début de course car ses freins fonctionnent mal.

 

17e: Stewart possède cinq secondes d'avance sur Fittipaldi. Regazzoni abandonne à cause d'un problème de freins.

 

19e: Oliver est dans les stands pour faire examiner son aileron avant endommagé depuis le premier tour. Ses mécaniciens le renvoient en piste.

 

20e: Tandis que Stewart et Fittipaldi sont seuls en tête de l'épreuve, à plus de vingt secondes Lauda contrôle sa troisième place devant Ickx. W. Fittipaldi est cinquième devant Peterson qui peut poursuivre en ménageant sa consommation. Hulme est septième et précède Ganley et Beltoise. Plus loin Hailwood, Jarier et Pace sont en bagarre pour la dixième place. Cevert est dix-septième.

 

22e: Jarier prend la dixième place devant Pace et Hailwood.

 

24e: Amon renonce suite à ses problèmes de freins.

 

25e: La boîte de vitesses de Lauda tombe en panne. C'est fort dommage pour l'Autrichien qui réalisait jusqu'ici une performance remarquable. Au moins celle-ci n'a-t-elle pas échappé à un vieil homme assis devant sa télévision, quelque part à Modène: Enzo Ferrari.

 

26e: Ickx occupe désormais la troisième place. Pace et Hailwood sont repassés devant Jarier.

 

30e: Stewart poursuit sa chevauchée en solitaire et possède huit secondes d'avance sur E. Fittipaldi. Ickx est troisième à plus de trente secondes et précède d'une seconde l'étonnant W. Fittipaldi. Peterson est cinquième et est très menacé par Hulme. Suivent Ganley, Beltoise, Pace, Hailwood, Jarier et Hunt. Cevert est maintenant seizième, à la lutte avec Reutemann.

 

31e: Pace est en difficulté suite à la rupture d'un demi-arbre de roue. Il entre aux stands et abandonne. Galli quitte la course pour la même raison.

 

32e: Purley abandonne à cause d'une fuite d'essence. Il occupait la vingtième place.

 

34e: Hulme prend la cinquième place à Peterson.

 

35e: Cevert commence à remonter dans le peloton: après avoir doublé Reutemann et Revson, il occupe la treizième place.

 

36e: Irrésistible, Cevert double successivement Merzario et Hunt. Le voici onzième.

 

39e: Stewart est premier devant E. Fittipaldi (9s.) et Ickx (37s.). Le pilote Ferrari doit surveiller la Brabham de W. Fittipaldi.

 

40e: Beltoise perd le contrôle de sa BRM dans le virage du Casino et heurte le rail. La voiture dévale la pente jusqu'à Mirabeau avant de s'arrêter, suspensions pliées. Le drapeau jaune est déployé dans le secteur.

 

41e: Cevert double Jarier et remonte désormais sur Hailwood.

 

42e: Cevert gagne encore une place grâce à l'abandon de Ganley, victime d'une panne de transmission. C'est fort dommage pour le Néo-Zélandais qui pouvait espérer obtenir un point.

 

43e: Cevert dépasse Hailwood et émerge désormais au septième rang.

 

45e: Un demi-arbre de transmission se casse sur la Ferrari de Ickx. Le pilote belge abandonne, laissant la troisième place à Wilson Fittipaldi. Cevert grimpe donc à la sixième position. Hill s'arrête à son stand pour changer un pneu crevé.

 

47e: La course devient décidément plus difficile: Hulme est victime d'une crevaison lente et doit s'arrêter à son stand pour changer de pneus. Il perd ainsi sa quatrième place.

 

48e: Hulme reprend la route en onzième position. Reutemann rejoint la liste des abandons à cause d'une panne de boîte de vitesses.

 

50e: Stewart mène avec dix secondes d'avance sur E. Fittipaldi qui ne parvient pas à le rattraper. Son frère Wilson est troisième à plus de quarante secondes. Peterson est quatrième devant Cevert et Hailwood. Suivent Jarier, Revson, Hunt et de Adamich.

 

53e: Le rythme de la course baisse, aucun des pilotes de tête ne semblant en mesure d'attaquer un rival. L'écart demeure peu ou prou le même entre Stewart et Fittipaldi.

 

55e: La bagarre concerne désormais les places hors des points. Revson menace ainsi la septième position de Jarier.

 

58e: Jusqu'alors douzième, Merzario entre aux stands à cause d'un souci de pression d'huile. Il reprend la piste quelques instants plus tard.

 

60e: L'écart demeure le même entre Stewart et E. Fittipaldi. A plus d'une minute évolue toujours W. Fittipaldi, bien parti pour grimper sur son premier podium. En quatrième position, handicapé par une pompe électrique peu performante, Peterson est en passe de concéder un tour à Stewart. Cevert est cinquième devant Hailwood, Jarier, Revson et Hunt. Hulme a pris la dixième place à de Adamich dont le moteur ratatouille.

 

61e: Son problème n'étant pas résolu, Merzario abandonne. Triste week-end pour la Scuderia Ferrari.

 

63e: Revson se fait de plus en plus pressant derrière Jarier, qui est en difficulté avec sa boîte de vitesses.

 

64e: Après une course anonyme, Hill est contraint à l'abandon suite à une défaillance de suspension.

 

65e: A treize tours du but, Stewart est un solide leader avec douze secondes d'avance sur Fittipaldi. Toutefois l'Écossais baisse de rythme afin de ménager ses disques de freins qui ont tendance à surchauffer.

 

67e: Revson prend enfin la septième place à Jarier.

 

68e: Hailwood est rappelé à son stand car ses pneus sont trop dégradés. L'Anglais perd ainsi la sixième place qui est récupérée par Revson. Dans le même temps Hunt double un Jarier qui n'arrive plus à sélectionner correctement ses vitesses.

 

69e: Jarier renonce, boîte de vitesses bloquée. Pour la deuxième fois de suite, March manque de peu de terminer dans les points. Hailwood est reparti en neuvième position.

 

70e: Connaissant les difficultés de Stewart, E. Fittipaldi fait le maximum pour le rattraper. L'écart entre les deux hommes est tombé à huit secondes.

 

71e: La fin de course promet d'être animée, Fittipaldi remontant sur Stewart au rythme d'une seconde par tour. Par contre, cela va très mal pour son frère Wilson, qui est au ralenti et se fait passer par Peterson.

 

72e: W. Fittipaldi est victime d'un problème d'alimentation sur sa Brabham. Il passe ainsi à côté d'un podium et abandonne. Cela permet au débutant Hunt d'entrer dans les points à la sixième place.

 

73e: Sept secondes d'écart entre Stewart et E. Fittipaldi.

 

75e: Fittipaldi est à cinq secondes de Stewart. Le moteur Cosworth de Hunt cesse de fonctionner, empêchant le jeune Anglais de marquer un point pour sa première course. C'est Hulme qui récupère sa position.

 

77e: Fittipaldi est revenu à moins de deux secondes de Stewart. Toutefois il semble encore trop loin pour pouvoir tenter une attaque.

 

78ème et dernier tour: Fittipaldi jette ses dernières forces dans la bagarre et réalise le meilleur tour: 1'28''1'''.

 

Jackie Stewart remporte le GP de Monaco avec 1.3s. d'avance sur Emerson Fittipaldi. C'est sa 25ème victoire en Formule. Il égale ainsi le record de succès établi par son compatriote Jim Clark. Malgré une voiture diminuée par un souci d'injection, Peterson obtient la troisième place et inscrit enfin ses premiers points de l'année. Cevert est quatrième après une nouvelle brillante remontée. Les McLaren de Revson et Hulme prennent les derniers points. De Adamich, Hailwood et Oliver sont les seuls autres pilotes à rallier l'arrivée.

 

Après la course

Jackie Stewart reçoit les lauriers de la victoire des mains du prince Rainier et de la princesse Grace de Monaco, en compagnie de son inséparable épouse Helen. C'est la troisième fois qu'il triomphe sur le Rocher après ses victoires de 1966 et 1971.

 

La bataille pour le titre continue donc de faire rage entre Fittipaldi et Stewart, chacun ayant remporté trois de ces six premières courses. Le Brésilien est toujours leader du championnat avec 41 points contre 37 à l'Écossais. Cevert est maintenant solidement installé à la troisième place avec 21 points. Au classement des constructeurs, Tyrrell augmente quelque peu son avance sur Lotus qui est désormais de quatre points.

 

Néanmoins, si Emmo Fittipaldi et Jackie Stewart se partagent les lauriers, ils sont de plus en plus menacés par leurs équipiers respectifs. Seule une fiabilité défaillante empêche encore Ronnie Peterson de remporter sa première victoire. Quant à François Cevert, s'il fait encore quelques fautes comme on l'a vu en Principauté, sa pointe de vitesse n'a plus grand-chose à envier à celle de son équipier et mentor.

Tony