Emerson FITTIPALDI
 E.FITTIPALDI
Lotus Ford Cosworth
Ronnie PETERSON
 R.PETERSON
Lotus Ford Cosworth
Peter REVSON
 P.REVSON
McLaren Ford Cosworth

233e Grand Prix

XLIV Gran Premio d'Italia
Ensoleillé
9 septembre 1973 - Monza
55 tours x 5.775 km - 317.625 km
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Jackie STEWART est Champion du Monde
Constructeur
Moteur

C.S.I. contre F1.C.A., nouvel épisode

Quelques jours avant cette course, les constructeurs ont découvert avec stupeur que la Commission sportive internationale a concocté un nouveau règlement technique devant prendre effet en 1976. La CSI annonce ainsi une nouvelle formule ouverte à des monoplaces plus lourdes et surtout dépourvues d'ailerons ! Les pneus seraient limités en largeur. Si les moteurs seraient de conception libre, leur puissance serait limitée par une buse d'un diamètre donné. Les équipes sont furieuses de ces modifications. Le président de la F1CA Peter Macintosh s'y déclare radicalement opposé et regrette que les managers n'aient pas été consultés par le pouvoir sportif.

 

Dans l'ensemble la presse réagit très durement à cette annonce, pointant du doigt l'autoritarisme et l'amateurisme de la CSI. Face à une telle levée de boucliers, celle-ci sera contrainte d'abandonner son projet quelques semaines plus tard.

 

Présentation de l'épreuve

Ce Grand Prix d'Italie doit voir le sacre de Jackie Stewart. Pour recueillir la couronne mondiale, l'Écossais ne doit pas perdre plus de quatre points par rapport à son équipier François Cevert. Avec 24 points de retard, Emerson Fittipaldi est toujours en lice mais il doit gagner les trois dernières courses, en espérant que Stewart ait beaucoup d'ennuis, pour pouvoir être titré.

 

Mais chez Lotus, le torchon brûle entre Emerson Fittipaldi et Colin Chapman. Le Brésilien ne supporte plus la bienveillante neutralité dont faire preuve son équipe au profit de Ronnie Peterson, le laissant sans aide dans la lutte pour le titre mondial. Son départ de l'équipe commence à être envisagé par la presse. Néanmoins les deux JPS 72 sont les favorites de cette course. Seules les McLaren semblent en mesure de les menacer sur ce tracé ultra-rapide, les Tyrrell étant un peu en retrait sur ce genre de piste.

 

Pour sa course nationale, Ferrari engage à nouveau deux voitures pour Arturo Merzario et Jacky Ickx. Le Belge effectue ici sa dernière course pour la Scuderia, souhaitant changer d'air après quatre années assez mouvementées au service du Commendatore. Clay Regazzoni fera son retour dans l'équipe en 1974. Quant au deuxième baquet, il est convoité par Arturo Merzario, Niki Lauda et Jean-Pierre Jarier.

 

Niki Lauda est de retour dans la troisième BRM, étant remis de sa blessure au poignet. David Purley et son écurie LEC font leur réapparition après deux courses d'absence.

 

Plusieurs nouveautés sont apportées sur les voitures. La Lotus 72E intègre désormais deux nouveaux radiateurs d'huile situés dans le support de l'aileron arrière. La Shadow a été très modifiée. Elle possède de nouvelles suspensions et un empattement allongé. Ron Tauranac a été engagé par Frank Williams, officiellement pour une seule course... En tout cas l'Iso-Marlboro possède un nouveau carénage avec des radiateurs échancrés.

 

Les qualifications

Les essais qualificatifs sont marqués par le gros accident de Hunt sur la March Hesketh, survenu à la sortie de la première chicane. Le jeune Anglais n'est pas blessé mais sa voiture est détruite et il ne pourra pas participer à la course.

 

Sans surprise, Peterson réalise sa septième pole position de la saison, égalant le record établi par Jim Clark en 1963. Il précède Revson, Hulme et Fittipaldi. La victoire va probablement se jouer entre ces quatre pilotes. Pace confirme la montée en puissance des Surtees en obtenant la cinquième place devant Stewart. Merzario est septième avec la Ferrari et précède Hailwood, Stommelen et Reutemann. Cevert est seulement onzième. Peu intéressé par le comportement de la 312, Ickx est quatorzième. Hill, van Lennep et Purley occupent le fond de la grille.

 

Enfin, la March officielle de Jarier et la Tecno d'Amon subissent un camouflet en étant interdites de départ après les essais pour cause de lenteur. C'est le coup de grâce pour Tecno dont c'était la dernière apparition en Formule 1. Luciano Pederzani a en effet décidé d'arrêter les frais après deux saisons de Formule 1 sans aucun résultat. Il faut préciser aussi que la marque italienne a perdu le soutien de son commanditaire Martini...

 

Le Grand Prix

Départ: Peterson conserve sa première position tandis que Fittipaldi surgit à la deuxième place devant Revson, Stewart et Hulme.

 

1er tour: Peterson mène devant E. Fittipaldi, Hulme, Stewart, Revson, Merzario, Cevert, Pace, Beuttler et Reutemann.

 

2e: Merzario casse une de ses suspensions avant en heurtant le trottoir à la chicane. Il garde le contrôle de sa Ferrari mais sa course est finie. Il tente de regagner les stands au ralenti.

 

3e: Peterson, Fittipaldi, Hulme, Stewart et Revson roulent en peloton. Reutemann prend la huitième place à Beuttler. Merzario stoppe sa Ferrari dans l'herbe, peu avant la Parabolica. Stommelen est à son stand pour résoudre un souci mécanique.

 

5e: Les deux Lotus s'échappent quelque peu en tête de la course, mais Hulme les menace. Arrêt aux stands de Purley qui a crevé un pneu.

 

6e: Peterson compte une seconde d'avance sur Fittipaldi.

 

7e: Ickx double Beuttler. Le jeune Anglais est contraint de s'arrêter à son stand à cause d'une crevaison. Il repartira dernier.

 

8e: Stewart est victime d'une crevaison à l'arrière gauche. L'Écossais doit rentrer aux stands à faible allure, ce qui permet à E. Fittipaldi d'espérer conserver ses chances de titre. W. Fittipaldi renonce suite à un problème de freins.

 

9e: Hulme part en tête-à-queue à la première chicane après avoir heurté le vibreur. Il parvient à repartir mais a perdu beaucoup de places dans cet incident. Les mécaniciens de Tyrrell changent la roue dégonflée de Stewart, permettant à celui-ci de reprendre la piste en vingtième position.

 

10e: Peterson mène devant Fittipaldi (0.7s.), Revson (9.1s.), Cevert (13.5s.), Pace (16.4s.), Reutemann (17.3s.), Ickx (18.5s.), Hailwood (18.7s.), Beltoise (22.5s.) et Lauda (23.6s.). Hulme s'arrête à son stand pour faire vérifier sa voiture.

 

11e: Reutemann prend la cinquième place à Pace tandis que Hailwood double Ickx. Hulme reprend la piste en vingt-et-unième position. Von Opel abandonne à cause d'un souci d'alimentation sur son Ensign.

 

12e: Ganley doit s'arrêter à son stand car son aileron arrière s'est détaché.

 

14e: Van Lennep est au ralenti du fait d'une surchauffe de son Cosworth. Il abandonne tandis que son équipier Ganley est toujours bloqué au stand Williams. Les mécaniciens vont monter le support d'aileron de la voiture de van Lennep sur celle de Ganley pour permettre à celui-ci de repartir.

 

15e: Les deux Lotus caracolent toujours en tête tandis que Revson est relégué à dix secondes. Stewart est remonté en quinzième position.

 

18e: Pace subit l'éclatement d'un de ses pneus avant et sort de la piste à Lesmo. La course est terminée pour le jeune Brésilien. Reutemann récupère la cinquième place et Hailwood entre dans les points. Regazzoni s'arrête à son stand afin de résoudre des soucis d'allumage.

 

20e: Revson est maintenant à une douzaine de secondes des Lotus. Lauda s'arrête à son stand pour un changement de pneus et repart en treizième position.

 

21e: Stewart prend la dixième place à Oliver.

 

22e: Stewart est neuvième après avoir doublé la deuxième Shadow de Follmer.

 

25e: Peterson mène avec une seconde et demie d'avance sur E. Fittipaldi. Revson roule tranquillement en troisième position, à vingt secondes. Cevert est quatrième à vingt-huit secondes, suivi par Reutemann, Hailwood, Ickx, Beltoise, Stewart et Follmer.

 

26e: Arrêt aux stands de Beltoise pour changer de pneus. Le Français ressort en quatorzième position. Stewart est désormais huitième.

 

28e: A mi-course, tandis que le classement est le même, Stewart n'est pas champion du monde puisqu'il doit inscrire au moins un point pour le devenir, si toutefois Fittipaldi demeure en deuxième position. Il est cependant extrêmement rapide et roule deux secondes au tour plus vite que ses adversaires immédiats.

 

30e: Peterson est premier devant Fittipaldi (1.9s.), Revson (19.5s.), Cevert (32s.), Reutemann (36s.), Hailwood (43s.), Ickx (48s.), Stewart (54s.), Follmer (1m. 20s.) et Lauda (1m. 26s.).

 

32e: Stewart est sur les talons de Ickx.

 

33e: Stewart prend la septième place à Ickx aux abords de la Parabolica.

 

34e: Lauda sort de la route à la Parabolica après avoir cassé une roue. L'Autrichien sort de sa voiture au milieu d'un nuage de poussière.

 

35e: Tandis que Stewart remonte sur Hailwood, Fittipaldi commence à s'impatienter derrière Peterson, estimant que logiquement le Suédois devrait s'écarter pour lui conserver ses chances de sacre. Le Brésilien attend des ordres en ce sens de la part du directeur sportif de Lotus Peter Warr.

 

36e: Beuttler renonce : son levier de vitesse lui est resté dans la main ! Regazzoni met aussi pied à terre à cause d'un problème d'allumage. Il occupait de toute façon la dernière position.

 

37e: Stewart double Hailwood et entre ainsi dans les points. Il devient ainsi officieusement champion du monde et Fittipaldi doit désormais gagner la course pour retarder ce sacre.

 

38e: Stewart est maintenant à la poursuite de Reutemann qui ne semble pas en mesure de lui résister longtemps.

 

40e: Peterson est toujours leader, une seconde devant Fittipaldi. Revson est troisième à vingt-cinq secondes, Cevert quatrième à une quarantaine de secondes. Plus loin, Reutemann est sous la menace de Stewart. Suivent Hailwood, Ickx, Follmer et Oliver.

 

42e: Stewart s'empare de la cinquième place aux dépens de Reutemann.

 

43e: Il n'y a désormais plus à balancer chez Lotus. Si Fittipaldi veut conserver ses chances de titre mondial, Peterson doit lui céder le commandement. Mais aucun ordre de ce genre n'est donné par Colin Chapman ou Peter Warr.

 

45e: Pendant que Peterson ne montre aucun signe de faiblesse, Stewart remonte sur Cevert. Il ne fait aucun doute que le pilote français va s'effacer devant son leader pour lui assurer la couronne mondiale.

 

47e: Stewart est revenu à deux secondes de Cevert.

 

49e: Cevert laisse passer Stewart qui se retrouve ainsi quatrième.

 

50e: Les deux Lotus sont toujours roues dans roues avec vingt-cinq secondes d'avance sur Revson. Fittipaldi ne parvient pas à attaquer Peterson et il semblerait que faute de consigne d'équipe le Brésilien doive dire adieu à son titre.

 

51e: Stewart réalise le meilleur tour en course en 1'35''3'''.

 

54e: Très véloce en cette fin de course, Purley prend la neuvième place à Follmer.

 

55ème et dernier tour: Ronnie Peterson remporte sa troisième victoire en F1 avec huit dixièmes de seconde d'avance sur E. Fittipaldi. C'est le premier doublé de Lotus depuis cinq ans. Revson complète le podium. Jackie Stewart franchit la ligne d'arrivée à la quatrième place et décroche ainsi son troisième titre de champion du monde. Cevert est cinquième devant Reutemann qui inscrit le dernier point. Suivent Hailwood, Ickx, Purley, Follmer, Oliver, Stommelen, Beltoise, Hill et Hulme, Ganley finissant non-classé.

 

Après la course: Stewart champion, Fittipaldi déconfit

Jackie Stewart obtient le titre mondial de très belle manière, après avoir remonté de la vingtième à la quatrième place. Il compare d'ailleurs cette performance à sa merveilleuse victoire au Nürburgring sous la pluie en 1968. Ce troisième sacre doit beaucoup à son expérience car la Tyrrell 006 n'est pas la meilleure voiture et est même très difficile à conduire. Mais face à elle, la McLaren M23 n'est pas encore tout à fait au point et Lotus s'est dispersée entre Ronnie Peterson et Emerson Fittipaldi. Stewart a su saisir toutes les opportunités pour remporter cinq victoires alors qu'il n'était pas toujours le favori. Sa grande régularité (un seul abandon en 1973) a fait le reste.

 

Le succès de Stewart et de Tyrrell est aussi celui de Goodyear qui a remporté toutes les courses de cette saison 1973. Le manufacturier américain est proche d'obtenir le monopole de la fourniture de pneus en Formule 1 car, face à une telle domination de la part de son concurrent direct, Firestone songe de plus en plus à se retirer.

 

Emerson Fittipaldi est en revanche très déçu, non pas tant par la perte du titre que d'avoir été abandonné par son équipe. Il ne pardonne pas à Colin Chapman sa tactique de course en faveur de Ronnie Peterson. Une terrible explication oppose les deux hommes. Peter Warr, le directeur sportif, prend bien sûr le parti de son patron. Furieux, Fittipaldi va bientôt se rappeler au souvenir de Patrick Duffeler, le responsable de la compétition de Marlboro. Celui-ci songe en effet depuis des mois à bâtir une équipe autour du champion brésilien avec le soutien de Philip Morris. Pour cela Duffeler et Fittipaldi vont tourner leurs regards vers McLaren et vers Brabham.

 

Malgré ses déboires, Fittipaldi gagne une position au classement général puisqu'il reprend la deuxième place à Cevert. En ce qui concerne la coupe des constructeurs, Lotus revient à trois points de Tyrrell.

Tony