François CEVERT
 F.CEVERT
Tyrrell Ford Cosworth
Jackie STEWART
 J.STEWART
Tyrrell Ford Cosworth
Denny HULME
 D.HULME
McLaren Ford Cosworth

220e Grand Prix

XV United States Grand Prix
Très variable
8 octobre 1972 - Watkins Glen
59 tours x 5.435 km - 320.665 km
Affiche
F1

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
  • 11e victoire pour Tyrrell
  • 60e et dernier Grand Prix pour Matra
  • 150e Grand Prix pour Lotus
Moteur

Le championnat du monde 1972 se clôt par le Grand Prix des États-Unis sur le circuit de Watkins-Glen, épreuve toujours très attractive grâce à la prime record de 62 000 $ promise au vainqueur.

 

Les seuls enjeux sont les places de vice-champions du monde des pilotes et des constructeurs. Pour la première Jackie Stewart, 36 points, est en concurrence avec Denny Hulme, 35 points. Chez les firmes, McLaren précède encore Tyrrell de trois longueurs.

 

Avant cette course, Firestone annonce la fermeture de sa division sportive européenne, ce qui signifie plus clairement son retrait de la Formule 1. C'est un sérieux coup de massue pour les équipes équipées par la firme d'Akron, qui a tout de même remporté sept des onze épreuves du championnat du monde. Surtout, Firestone ne fournit à Watkins-Glen que des pneus mal adaptés au tracé, conçus pour d'autres pistes. Ainsi Surtees doit par exemple utiliser les gommes du Grand Prix d'Autriche, disputé au mois d'août par 35 degrés, tandis qu'il fait très frais dans le nord des États-Unis...

Heureusement, à la fin du week-end, Firestone annonce être revenue sur sa décision de retrait suite aux protestations de ses équipes clientes.

 

Enzo Ferrari a décidé de sanctionner Mauro Forghieri, jugé coupable de ne pas avoir su développer à temps la nouvelle 312 B3. L'ingénieur italien est écarté du poste de directeur technique. Ferrari pourrait aussi se séparer de Clay Regazzoni qui s'est surtout fait remarquer par ses frasques en dehors et sur la piste. Bernie Ecclestone lui a proposé un contrat pour rejoindre Brabham.

 

Dans la rubrique des transferts, le jeune Brésilien Carlos Pace, auteur d'une très belle saison avec Williams, a signé un contrat avec Surtees. Il remplacera Tim Schenken qui n'a pas donné satisfaction.

 

Après une course de mise à pied, Dave Walker est admis à se réinstaller au volant de la seconde Lotus 72D, mais Reine Wisell demeure dans l'équipe et pilote la voiture de réserve. Comme à Charade, Tyrrell engage la 004 pour le jeune Français Patrick Depailler, soutenu par Elf. Mario Andretti revient dans la troisième Ferrari pour son Grand Prix à domicile qu'il rêve toujours de remporter. McLaren engage une troisième voiture, une M19A confiée à Jody Scheckter, un jeune Sud-Africain de 22 ans qui a réussi à briller en Formule 2 au volant d'une mauvaise McLaren. Colin Chapman lui a proposé un contrat pour 1973, mais Teddy Mayer tient à garder ce jeune prodige.

Il y a de nouveau quatre BRM inscrites, et cette fois-ci c'est Brian Redman qui s'installe derrière le volant de la deuxième P180.

 

Skip Barber est toujours au volant de sa March privée, tandis que Sam Posey pilote comme l'année précédente une Surtees, mais cette fois-ci une TS9B. John Surtees est d'ailleurs au départ avec sa nouvelle TS14 déjà aperçue à Monza.

 

Les qualifications

Du fait des difficultés rencontrées par les voitures fournies par Firestone, celles équipées par Goodyear ont un net avantage, d'autant plus que les conditions météorologiques leur sont favorables. Du brouillard et des averses perturbent les essais du samedi, mais ensuite le ciel s'éclaircit et permet aux coureurs d'effectuer des chronos rapides.

 

Stewart réalise la pole position, mais avec quelques millièmes d'avance seulement sur Revson, toujours dangereux. L'autre McLaren de Hulme complète la première ligne. En deuxième ligne on trouve Cevert et Reutemann. Sixième, Regazzoni est le premier pilote équipé de Firestone. Il précède la Matra d'Amon, voiture qui pourrait bien courir son dernier Grand Prix. Le jeune Scheckter obtient une très belle huitième place. E. Fittipaldi est seulement neuvième devant Andretti. En sixième ligne se classent le jeune Depailler, Ickx et W. Fittipaldi.

 

Parmi les déceptions, Hailwood n'est que 14ème, Wisell 16ème et Beltoise 18ème. Peterson a détruit sa March dans un violent crash le samedi. Après bien des efforts, sa voiture est réparée mais le Suédois n'est que vingt-septième sur la grille. Les pilotes locaux se débrouillent plutôt bien puisque Posey est 20ème et Barber 23ème. Surtees est seulement 26ème avec sa nouvelle création. Le fond de la grille est composé de Hill, Gethin, Bell, Walker et Schenken qui, suite à des soucis technique, n'a pu tourner que sur une piste humide. Trente-deux pilotes prennent place sur la grille de départ.

 

Le Grand Prix

John Surtees renonce finalement à participer et confie sa TS14 à Tim Schenken qui part dernier.

 

La course démarre sous un ciel bleu mais souffle un vent glacial.

 

Départ : Excellent envol de Stewart qui conserve l'avantage devant Hulme, tandis que Revson part moins bien. A l'abord du premier freinage Andretti, placé à l'extérieur, tamponne Reutemann qui vient lui-même heurter l'avant de Revson. Les trois pilotes poursuivent, mais Reutemann et Revson ont endommagé leurs ailerons avant. Cevert a pris un mauvais envol car le capitonnage de son cockpit s'est dégrafé au niveau du pédalier, perturbant son passage de l'accélération au freinage...

A cause d'une soupape cassée, Amon a beaucoup de mal à démarrer et s'élance dernier.

 

1er tour : Stewart mène devant Hulme, Revson, E. Fittipaldi, Scheckter, Ickx, Regazzoni, Andretti, Reutemann, Cevert et W. Fittipaldi. En fin de boucle Revson regagne son stand pour changer son nez.

 

2e : Stewart a déjà trois secondes d'avance sur Hulme. Fittipaldi rencontre un problème à l'avant droit et se fait doubler par Scheckter, ainsi troisième. Reutemann s'arrête au stand Brabham pour changer sa calandre.

 

3e : Stewart s'échappe en tête de l'épreuve. Ni Hulme ni Scheckter ne peuvent le suivre. Son équipier Cevert est tout aussi rapide et double Andretti puis Regazzoni. Hailwood est remonté au dixième rang.

 

4e : Stewart a cinq secondes d'avance sur Hulme.

 

5e : E. Fittipaldi n'a visiblement pas choisi le bon train de pneus car sa voiture vibre dangereusement. Le Brésilien stoppe à son stand. Lauda est au stand March pour tenter de résoudre des ennuis de pression d'huile. Il effectuera plusieurs passages par les stands durant l'épreuve.

 

6e : Cevert prend la quatrième place à Ickx. Peterson produit une impressionnante remontée puisqu'il est déjà dixième.

 

7e : Fittipaldi a repris la piste en dernière position.

 

8e : Tout va pour le mieux pour Stewart qui possède douze secondes d'avance sur les McLaren de Hulme et de l'étonnant Scheckter.

 

9e : Bell renonce suite au bris de son joint de culasse.

 

10e : Stewart mène devant Hulme (14s.), Scheckter (15s.), Cevert (22s.), Ickx (34s.) et Andretti (37s.). Suivent Regazzoni, W. Fittipaldi, Hailwood, Peterson et Depailler.

 

11e : Peterson double Hailwood.

 

12e : Cevert est lancé à la poursuite de Hulme et de Scheckter. Les Tyrrell sont au-dessus du lot cet après-midi-là.

 

14e : Stewart a dix-sept secondes de marge sur Hulme et Scheckter.

 

15e : Cevert est sur les talons de Scheckter. Peterson prend la huitième place à Wilson Fittipaldi.

 

16e : Peterson est vraiment en forme puisqu'il s'empare du septième rang aux dépens de Regazzoni.

 

17e : Cevert double Scheckter sans difficulté.

 

18e : Fittipaldi abandonne : les vibrations engendrées par ses pneus sont si fortes que sa suspension est endommagée. Une fin de saison un peu triste pour le champion du monde.

 

19e : Regazzoni a de grosses difficultés avec sa tenue de route. Il s'est fait successivement doubler par W. Fittipaldi, Hailwood et Depailler.

 

20e : Stewart a vingt secondes d'avance sur Hulme. Cevert est troisième à vingt-trois secondes.

 

22e : Peterson est irrésistible : il est maintenant dans le sillage des Ferrari d'Ickx et d'Andretti.

 

23e : Peterson déborde Andretti. Abandon de Schenken, boîte de vitesses bloquée.

 

24e : Cevert est revenu derrière Hulme mais pour l'heure ne trouve pas l'ouverture sur l'ancien champion du monde.

 

25e : Peterson double Ickx. Il est remonté du 26ème au 5ème rang ! Collision entre de Adamich et Ganley. L'Italien abandonne, suspension pliée. Le Néo-Zélandais regagne le stand BRM. Il y fait changer un triangle de suspension et repart avec deux tours de retard.

 

26e : Andretti cède à W. Fittipaldi et à Hailwood.

 

28e : Hulme et Cevert sont en bagarre pour la deuxième place. Scheckter les suit à environ dix secondes. Le Sud-Africain fait vraiment une très forte impression pour son baptême dans la discipline reine.

 

29e ; La calvaire continue pour Beltoise, contraint de stopper chez BRM pour réparer un accélérateur bloqué. Il repart quelques minutes plus tard.

 

30e : Cevert dépasse Hulme et s'empare ainsi du deuxième rang. Les deux Tyrrell sont en tête.

 

31e : Stewart est premier devant Cevert (31s.), Hulme (32s.), Scheckter (43s.), Peterson (1m. 11s.), Ickx (1m. 12s.), W. Fittipaldi (1m. 15s.), Hailwood (1m. 17s.), Andretti (1m. 18s.) et Depailler (1m. 19s.). Reutemann abandonne après avoir cassé un demi-arbre de roue.

 

33e : Meilleur tour en course pour Stewart : 1' 41'' 644'''. Depailler prend la neuvième place à Andretti.

 

35e : Le ciel se couvre. Ickx et Peterson demeurent en lutte pour la cinquième place. Redman casse son moteur et doit abandonner.

 

37e : Quarante secondes séparent Stewart et Cevert. Hulme est à trois secondes du jeune Français. Ickx repasse devant Peterson.

 

38e : Peterson reprend l'avantage face à Ickx.

 

39e : Une averse fait son apparition au niveau du virage n°1, celui à 90°.

 

40e : Surpris par la pluie, Scheckter part en tête-à-queue au virage n°1. Il semble rester bloqué dans les graviers. La piste s'humidifiant légèrement, les pneus Firestone sont un peu plus performants. Ainsi Ickx double Peterson et Andretti double Depailler.

 

41e : Si la pluie n'est pas très forte, les pilotes lèvent le pied. Revson prend la neuvième place à Depailler. Scheckter a pu repartir, mais il a chuté au quinzième rang et a perdu un tour. Beltoise abandonne, guillotine d'injection grippée.

 

43e : L'averse se calme déjà et il ne sera pas nécessaire aux pilotes de changer de pneus. Stewart conserve trente-cinq secondes d'avance sur Cevert, quarante sur Hulme. Ickx est quatrième devant Peterson, W. Fittipaldi, Hailwood, Andretti, Revson et Depailler.

 

44e : W. Fittipaldi est trahi par son moteur tandis qu'il tenait le point de la sixième place. Walker renonce à cause d'une fuite d'huile qui a noyé son moteur.

 

45e : Le moteur de Ganley explose.

 

46e : L'averse a maintenant cessé et le ciel se dégage peu à peu. Hailwood, Andretti et Revson sont en lutte pour la sixième place.

 

48e : Gethin abandonne, moteur cassé. Les quatre BRM sont hors course.

 

49e : Pace abandonne à cause de soucis d'injection.

 

50e : Stewart a trente-six secondes d'avance sur Cevert. Suivent Hulme (42s.), Ickx (1m. 20s.) et Peterson (1m. 21s.). Relégué à un tour, Revson prend la septième place à Andretti.

 

51e : Revson double Hailwood et entre ainsi dans les points.

 

52e : Andretti dépasse Hailwood. Scheckter regagne des places après avoir doublé Posey et Wisell.

 

53e : Peterson menace toujours Ickx pour la quatrième place.

 

55e : Revson ne recueillera pas les fruits de sa remontée puisqu'il doit abandonner, en panne d'allumage.

 

56e : Peterson est juste derrière Ickx.

 

57e : Stewart mène avec 33 secondes sur Cevert. Peterson prend l'avantage sur Ickx.

 

58e : Hailwood percute Beuttler en voulant lui prendre un tour. Le pilote Surtees doit arrêter sa voiture, trop endommagée.

 

59ème et dernier tour : Jackie Stewart remporte son second succès consécutif, s'assurant ainsi de la deuxième place du championnat du monde. Cevert est deuxième et apporte ainsi le doublé à Elf-Tyrrell. Hulme monte sur son septième podium de la saison. Peterson termine quatrième après avoir mené une course fabuleuse. Les Ferrari d'Ickx et d'Andretti prennent les derniers points. Depailler finit au septième rang. Il précède Regazzoni et surtout l'incroyable Jody Scheckter dont la performance a marqué les esprits. Wisell, Hill, Posey, Beuttler, Pescarolo, Amon et Barber sont aussi à l'arrivée, de même que Lauda qui n'est pas classé.

 

Après la course

Stewart sable le champagne en compagnie de son épouse Helen, de François Cevert et de Ken Tyrrell. Ce dernier est ravi de la splendide fin de saison de son écurie qui augure une saison 1973 très disputée. Lotus et Emerson Fittipaldi n'auront sans doute pas la tâche aussi aisée qu'en cette année. Pour l'heure, Stewart et Tyrrell prennent les secondes places des championnats pilotes et constructeurs.

 

L'année se termine par la World Championship Victory Race à Brands-Hatch, épreuve hors-championnat qui a vu en 1971 la disparition accidentelle de Jo Siffert. Cette fois-ci l'équipe BRM aura le sourire puisque Jean-Pierre Beltoise remporte l'épreuve. Un succès tactique dû à un bon choix de pneus sur une piste partiellement humide. Beltoise devance l'étonnant Pace qui effectuait ses débuts pour Surtees. Ce second succès ne fera toutefois pas oublier la désastreuse saison de BRM.

 

Bilan de la saison 1972

1972 a donc vu le retour au sommet de Lotus et le second triomphe de la 72, cette formidable création de Colin Chapman. Le jeune Brésilien Emerson Fittipaldi, champion du monde à seulement 26 ans, est devenu en quelques mois la nouvelle icône de la Formule 1. Il doit néanmoins s'attendre à une lutte sévère en 1973 contre les Tyrrell de Jackie Stewart et de François Cevert dont la saison a été perturbée par la difficile mise au point de la nouvelle série des 005-006. McLaren a aussi retrouvé le chemin du succès grâce à Denny Hulme, épaulé par Peter Revson. En deux ans, Teddy Mayer a réussi à surmonter le décès de Bruce McLaren, mais la M19 apparue en 1971 demeure une voiture médiocre, et il presse l'ingénieur Gordon Coppuck de construire une voiture capable de mener l'équipe vers les sommets. Néanmoins 1972 fut bien une grande année pour McLaren qui a triomphé aux 500 Miles d'Indianapolis grâce à Mark Donohue.

 

Face à ces trois constructeurs britanniques équipés de V8 Ford-Cosworth, les autres firmes font pâle figure, en particulier celles utilisant un moteur douze cylindres. Coincée dans une impasse technique, Ferrari vivote et n'émerge qu'épisodiquement que grâce au talent de Jacky Ickx. Handicapée par de graves problèmes structurels, l'écurie Matra de Formule 1 ferme ses portes, le constructeur français se concentrant avec bonheur sur l'endurance. Quant à BRM, bien que provisoirement renflouée par Marlboro, elle semble prendre le chemin d'un irréversible déclin. Parmi les petites structures, seule celle de John Surtees émerge, notamment grâce aux qualités de Mike Hailwood. Brabham se reconstruit peu à peu, tandis que March et Williams se débattent pour survivre. La première saison de l'équipe Tecno a été pénible, la voiture italienne souffrant d'une très mauvaise tenue de route.

 

1972 marque aussi un tournant dans l'histoire de la Formule 1 avec l'avènement de Bernie Ecclestone à la tête des constructeurs britanniques, désormais bien décidés à capter les bénéficies économiques de ce sport en pleine expansion. En effet les Grands Prix sont de plus en plus diffusés par les télévisions européennes qui achètent très chers les droits de retransmission. Il devient donc nécessaire de devenir leur unique interlocuteur. Ainsi les constructeurs estiment qu'ils doivent encaisser des primes de participation de plus en plus élevées, non seulement afin d'amortir les coûts de transport, mais aussi pour consacrer leur statut d'acteurs principaux et incontournables de ce sport. Ecclestone entend mener cette lutte d'influence sans pitié pour ses partenaires et adversaires, les organisateurs des épreuves, ce qui se traduit par ce chantage sur lequel reposent leurs tractations: pas d'argent supplémentaire, pas de voiture au départ. Désormais, aucun Grand Prix ne peut avoir lieu sans l'accord de l'association des constructeurs, ce qui permet à celle-ci de devenir l'interlocuteur principal des médias et donc de négocier de juteux contrats. Pour l'heure le pouvoir sportif ne peut contrer cette entreprise visant à confier la manne économique de la Formule 1 aux équipes et à leur syndic, Bernie Ecclestone.

Tony