Ronnie PETERSON
 R.PETERSON
March Ford Cosworth
Jackie STEWART
 J.STEWART
Tyrrell Ford Cosworth
Jacky ICKX
 J.ICKX
Ferrari

200e Grand Prix

XXIX Grand Prix Automobile de Monaco
Couvert
23 mai 1971 - Monaco
80 tours x 3.145 km - 251.600 km
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur

Le Grand Prix de Monaco est la troisième manche du championnat du monde de Formule 1 1971. Jusqu'ici, la compétition est dominée par la rivalité opposant la Tyrrell-Ford-Cosworth de Jackie Stewart d'une part, et les trois Ferrari d'autre part. A Montjuïc, Stewart a offert à l'équipe Tyrrell sa première victoire en tant que constructeur à part entière. Mais Ferrari entend bien répliquer sur le Rocher avec son nouveau modèle.

 

Le 8 mai s'est disputé l'International Trophy à Silverstone, en l'absence des principaux ténors du championnat du monde, Stewart et Amon exceptés. Graham Hill a fait triompher la nouvelle Brabham BT34 devant la McLaren de Peter Gethin et la Brabham BT 33 de Tim Schenken. Stewart est sorti de la piste alors qu'il menait l'épreuve.

 

Cette course marque les débuts officiels de la Ferrari 312 B2 conçue par la troïka Forghieri – Rocchi – Bussi. C'est une grosse évolution de la B1. Le châssis et la suspension arrière ont été complétement remaniés dans un souci de recentrage des masses derrière le cockpit. Ceci afin de rendre la voiture plus performante lorsqu'elle roule avec le plein d'essence. La suspension arrière est toute nouvelle, avec une implantation « inboard », afin que le train arrière s'harmonise avec les nouveaux pneus taille-basse introduits par Firestone. En effet, lors de chaque roulage, les pilotes se sont plaints de vibrations engendrées par une mauvaise adéquation entre ces pneus et leurs suspensions.

 

Chez Lotus, Colin Chapman et Maurice Philippe se préparent à lancer la 56B à turbine en compétition. Mais ils ont aussi de nouveau travaillé sur la 72, meilleure voiture de la saison 1970 mais passablement délaissée par les ingénieurs depuis plusieurs mois. A Monte-Carlo, Emerson Fittipaldi étrenne une version D avec une suspension arrière remaniée. Wisell quant à lui pilote la version C.

 

Chez March, la 711 à moteur Alfa Romeo est confiée à Nanni Galli, en l'absence d'Andrea de Adamich. Galli est très lié au constructeur italien pour lequel il dispute le championnat du monde des marques.

 

Le pilote américain de CanAm John « Skip » Barber a acheté à Max Mosley une March 711 avec laquelle il tente sa chance en Formule 1. Il est associé au pilote amateur Gene Mason qui a financé l'acquisition de la March.

 

La guerre des pneus se poursuit entre les deux manufacturiers américains. Goodyear apporte son modèle slick G26, tandis que Firestone propose deux gammes B24 et B26. La seconde est plus rapide que la première, mais moins sûre.

 

Polanski et Stewart

Durant tout le week-end, Jackie Stewart est accompagné du cinéaste polonais Roman Polanski dans le cadre du tournage d'un documentaire, « Week-end of a champion ». La caméra de Polanski va se glisser dans l'intimité du pilote écossais durant les quatre jours du Grand Prix. Ce documentaire sortira en 1972, mais ce n'est que plus de quarante ans plus tard, en 2013, qu'il fera l'objet d'une sélection au Festival de Cannes et suscitera un réel intérêt chez un public avisé.

 

Le choix de suivre Jackie Stewart n'est pas anodin. En 1971, celui-ci est au faîte de sa gloire. Sur le plan sportif, tout le monde loue ses exceptionnelles qualités, même si son style est jugé peu spectaculaire, voire trop prudent. Mais force est de constater qu'il est le pilote commettant le moins d'erreurs. Surtout Stewart s'impose comme le leader des coureurs automobiles, que cela plaise ou non à certains d'entre eux. Il mène avec ses amis du GPDA une importante croisade pour améliorer la sécurité sur les circuits, et obtient des résultats notables.

 

De plus, Stewart est le premier pilote à assumer sans fausse pudeur son activité d'homme d'affaires. Conseillé par l'agence IMG de Mark McCormack, il est l'ambassadeur de nombreuses marques comme Rolex, Moët & Chandon, Goodyear et Ford. En assumant ce goût du « sponsoring », Stewart contribue à révolutionner son sport et à drainer vers lui de plus en plus de commanditaires potentiels. Sa démarche déplaît à certains puristes selon lesquels le trop-plein d'argent « pourrit » l'esprit de compétition. Mais elle est de plus en plus imitée par ses collègues. Son ami et « élève » François Cevert l'approuve ainsi complétement: « Il n'est pas gênant que les pilotes se vendent, négocient leurs noms auprès des pétroliers, des fabricants de pneumatiques et des accessoiristes afin d'acquérir une fortune. Par ces contrats, nous obtenons une addition à nos primes de course. En vendant notre nom, nous avons l'impression d'exister, de représenter quelque chose. Ce n'est pas désagréable... »

 

Les qualifications

Les essais sont perturbés par des averses le jeudi et le samedi. Seule la journée du vendredi permet aux pilotes de s'exprimer pleinement. Stewart est de loin le plus rapide. Il réalise la pole position avec 1.2s. d'avance sur Ickx, son principal rival. Siffert se qualifie en troisième position devant Amon. Rodríguez est cinquième avec la deuxième BRM. Il précède Hulme et Beltoise. Peterson hisse sa March au huitième rang. C'est la première fois de l'année que la March 711 se montre véritablement performante. Hill est neuvième et devance Surtees. Regazzoni est seulement onzième suite à des soucis mécaniques durant les essais. Les Lotus ne brillent pas: Wisell est douzième et Fittipaldi dix-septième. Les autres pilotes qualifiés sont Pescarolo, Gethin, Cevert, Stommelen et Schenken.

 

La pluie a empêché certains pilotes d'effectuer de bons chronos. C'est le cas d'Andretti: victime de problèmes de pompe à essence le vendredi, il ne parvient pas le lendemain à qualifier sa Ferrari... Les autres non-qualifications de Ganley, Galli, Barber et Soler-Roig n'étonnent en revanche personne.

 

Le Grand Prix

La course de Formule 3 est remportée par l'Australien Dave Walker sur Lotus, devant l'Italien Giancarlo Naddéo et le Français Patrick Depailler.

 

Le ciel est couvert pour cette course, mais heureusement il ne pleut pas au moment du départ.

 

Départ: Louis Chiron abaisse le drapeau monégasque, et manque de peu de se faire écraser par Stewart... Ickx semble effectuer le meilleur envol, mais c'est bien Stewart qui vire en tête à Sainte-Dévote, tandis que Siffert s'est glissé à l'intérieur et double le pilote Ferrari. Suivent Rodríguez, Hulme et Peterson. Schenken a du mal à s'élancer. Amon a débranché par erreur sa pompe à essence électrique et démarre avec du retard.

 

1er tour: Peterson dépasse Hulme.

Stewart mène devant Siffert, Ickx, Rodríguez, Peterson, Hulme, Beltoise, Hill, Wisell et Surtees.

 

2e: Stewart a déjà deux secondes d'avance sur Siffert. Hill dérape au virage du bureau de tabac et percute le trottoir. La suspension avant droite de la voiture est démolie. « Monsieur Monaco » n'aura pas été bien loin sur son circuit fétiche.

 

3e: Stewart est plus rapide d'une seconde par tour que le reste du peloton. Siffert et Ickx sont à trois secondes de l'Écossais. A cinq secondes se trouvent Rodríguez et Peterson, roues dans roues. Les drapeaux jaunes sont agités au bureau de tabac pour permettre l'évacuation de la Brabham accidentée de Hill.

 

4e: Deux secondes et demie séparent Stewart et Siffert.

 

6e: Stewart a désormais quatre secondes d'avance sur Siffert. Troublé par des coupures moteur, Cevert a frotté un mur et revient au stand Tyrrell avec une roue arrière gauche branlante. Le jeune Français est obligé de renoncer. Gêné par Cevert à l'épingle, Schenken a heurté un trottoir. Il revient à son stand avec deux roues tordues.

 

7e: Hulme prend la cinquième place à Peterson.

 

8e: Derrière Stewart, un fossé s'est creusé entre Siffert et Ickx d'une part, Rodríguez, Peterson, Hulme et Beltoise d'autre part. Pescarolo prend la huitième place à Wisell.

 

9e: Peterson repasse devant Hulme. Schenken parvient à reprendre la piste après des réparations.

 

10e: Stewart mène devant Siffert (4.7s.), Ickx (5.2s.), Rodríguez (12.3s.), Peterson (12.6s.), Hulme (13.4s.), Beltoise (14.1s.), Pescarolo (20s.) et Wisell (22.1s.). Tous les autres pilotes sont très distancés.

 

12e: En quatrième position, Rodríguez a de plus en plus de mal à contenir les assauts de Peterson qui étonne tout le monde par son aisance sur cette piste si difficile.

 

13e: Rodríguez est victime d'une crevaison. Il entre au stand BRM pour faire changer sa roue et reprend la piste en quatorzième position.

 

15e: Stewart possède sept secondes d'avance sur Siffert, toujours talonné par Ickx. Grâce à la disparition de Rodríguez, Peterson est plus rapide. Il sème Hulme et Beltoise. Wisell repasse devant Pescarolo.

 

17e: Stewart creuse toujours son avance sur Siffert et Ickx.

 

19e: Dix secondes séparent Stewart et Siffert.

 

20e: Beltoise rencontre des problèmes de freins et doit emprunter l'échappatoire à la chicane du port pour éviter le muret.

 

21e: Pescarolo est victime d'une crevaison. Il s'arrête chez Williams pour changer sa roue et reprend la piste en onzième position. Dommage pour le barbu français qui pouvait inscrire des points.

 

22e: Stommelen double Fittipaldi. Regazzoni heurte le trottoir au bureau de tabac. Il regagne son garage avec une roue arrière droite de travers. Il parvient à repartir après une brève réparation. Wisell abandonne à cause d'une panne de distributeur. Il occupait le septième rang.

 

23e: Gethin percute lui aussi un trottoir. Une de ses roues est endommagée et il regagne son garage.

 

25e: Stewart a douze secondes de marge sur Siffert. Peterson est revenu derrière Ickx.

 

26e: Le pneu arrière droit de Regazzoni a déchapé et la jante racle le bitume. Cette fois-ci, « Rega » ne repartira pas...

 

27e: Fittipaldi reprend la septième place à Stommelen.

 

28e: Siffert, Ickx et Peterson sont maintenant roues dans roues, à quinze secondes de Stewart.

 

30e: Peterson déborde Ickx au virage du Gazomètre. La Ferrari souffre de vibrations et Jacky n'a pas les moyens de résister.

 

31e: Peterson menace Siffert car ses pneus Firestone B26 sont plus efficaces que les B24 utilisés par Siffert. Il double le pilote suisse et se retrouve ainsi au deuxième rang.

 

32e: Le jeune Suédois mène une course remarquable. Le voici à dix-sept secondes de Stewart.

 

35e: Stewart possède dix-sept secondes d'avance sur Peterson. Siffert et Ickx ne peuvent suivre la March de celui-ci et se retrouvent à plus de vingt secondes du leader. Hulme est isolé au cinquième rang, à cinquante secondes. Beltoise est sixième mais toujours handicapé par ses freins.

 

37e: Malgré ses efforts, Peterson ne semble pas pouvoir concurrencer Stewart. L'écart entre eux augmente légèrement.

 

40e: Mi-course. Stewart est premier devant Peterson (18.9s.), Siffert (25.1s.), Ickx (27.1s.), Hulme (53.4s.), Beltoise (1m. 11s.) et Fittipaldi (1m. 55s.). Suivent, relégués à un ou plusieurs tours, Stommelen, Surtees, Amon, Pescarolo, Rodríguez et Schenken.

 

41e: Beltoise court-circuite de nouveau la chicane. Fittipaldi en profite pour le dépasser.

 

44e: Beltoise est désormais au ralenti à cause des ses problèmes de freins. Il se fait doubler par Stommelen puis par Surtees.

 

45e: Stewart a dix-neuf secondes d'avance sur Peterson. Siffert et Ickx viennent ensuite à plus de vingt-cinq secondes.

 

48e: La course de Matra s'achève par une bérézina. Beltoise et Amon regagnent le stand et renoncent, tous deux suite à des avaries de couples coniques.

 

50e: La situation est stable en tête de l'épreuve. Stewart et Peterson sont séparés par vingt secondes. Siffert est troisième à trente secondes de l'Écossais.

 

53e: Peterson réalise son meilleur chrono de l'épreuve: 1'23''0'''.

 

55e: Stewart mène devant Peterson (22s.), Siffert (35s.) et Ickx (38s.). Hulme est toujours cinquième, à environ une minute. Fittipaldi est sixième et précède Stommelen, Surtees, Pescarolo, Rodríguez et Schenken.

 

57e: Stewart réalise le meilleur tour en course: 1'22''2'''.

 

59e: Une conduite d'huile se rompt sur la voiture de Siffert. Ce dernier est contraint à l'abandon, ce qui permet à Ickx de grimper sur le podium et à Stommelen d'entrer dans la zone des points.

 

60e: Stewart possède vingt-cinq secondes d'avance sur Peterson. Ickx est à quarante secondes, Hulme à plus d'une minute. Ce sont les seuls pilotes à rouler dans le même tour.

 

62e: Peterson rencontre des problèmes avec ses freins « in-board » et doit donc ménager sa monture en cette fin d'épreuve.

 

65e: Comme Peterson, Stewart lève un peu le pied afin de préserver sa mécanique. Ickx et Hulme sont désormais les pilotes les plus rapides en piste.

 

68e: Le ciel est de plus en plus sombre. Une averse semble menacer.

 

70e: Stewart a trente secondes de marge sur Peterson. Ickx est à cinquante secondes. Hulme se rapproche de celui-ci, mais est trop loin pour le menacer.

 

73e: Trente-trois secondes séparent Stewart et Peterson. Le ciel est très noir.

 

74e: Stewart s'inquiétait pour sa consommation d'essence. Le stand Tyrrell lui fait savoir qu'il a assez de carburant pour terminer l'épreuve.

 

75e: La pluie fait son apparition mais trop tard pour qu'elle puisse changer le cours de l'épreuve.

 

77e: Malgré le début d'averse, le rythme des pilotes demeure soutenu. Stewart a toujours une trentaine de secondes d'avance sur Peterson.

 

80ème et dernier tour: Jackie Stewart remporte pour la deuxième fois de sa carrière le Grand de Monaco. Auteur d'une course magnifique, Peterson termine deuxième et inscrit ses premiers points en Formule 1. Ickx est troisième, mais sa nouvelle Ferrari ne lui a pas donné satisfaction. Hulme finit quatrième et inscrit donc des points pour la troisième fois en trois épreuves. Fittipaldi est cinquième et marque ses premiers points de la saison. Sixième, Stommelen ouvre le compteur de l'équipe Surtees. John Surtees, justement, termine septième et précède Pescarolo, Rodríguez et Schenken.

 

Après la course

Stewart gare sa Tyrrell au pied de la tribune d'honneur, qu'il gravit bientôt en compagnie de son épouse pour rejoindre le prince et la princesse de Monaco. Le champion écossais a complétement écrasé le Grand Prix. Avec la pole position, la victoire, le meilleur tour en course et la domination d'un bout à l'autre de l'épreuve, il réalise le grand chelem. Les journalistes français le qualifient même d' « Eddy Merckx de la course automobile ».

 

Mais il ne faut pas oublier la révélation du jour, le blond Suédois Ronnie Peterson. Il apporte en effet à March un très beau podium qui redonne espoir aux hommes de Max Mosley, marqués par une mauvaise saison 1970 où leur crédibilité en matière technique été mise en cause. Son style de pilotage généreux rappelle celui de Jochen Rindt. Comme le regretté Autrichien, Peterson aime les glissades dans les grandes courbes...

 

Avec 24 points inscrits sur 27 possibles, Stewart semble se diriger vers le titre mondial. Son principal adversaire est sans doute Ickx qui, avec dix unités, a déjà beaucoup de retard à rattraper. Chez les constructeurs, Tyrrell s'empare de la tête avec cinq points d'avance sur Ferrari. Toutes les autres équipes sont très distancées.

 

Le dimanche soir, le Star Racing Team présidé par le comédien Moustache effectue un grand gala à l'hôtel de Paris devant le couple princier. Jackie Stewart, Graham Hill, François Cevert se joignent à des vedettes comme Nino Ferrer, Guy Marchand, Serge Marquand, Michel Jazy ou Jean-Claude Bouttier. Le tout se termine par un joyeux french-cancan qui, s'il ravit le prince Rainier, irrite son épouse. Les pitreries de Stewart, Hill et Cevert ont le même effet. Grace Kelly a la dent dure. Désormais, Moustache et sa bande ne seront plus les bienvenus en Principauté !

Tony