Emerson FITTIPALDI
 E.FITTIPALDI
Lotus Ford Cosworth
Jo SIFFERT
 J.SIFFERT
BRM
Tim SCHENKEN
 T.SCHENKEN
Brabham Ford Cosworth

205e Grand Prix

IX Grosser Preis von Osterreich
Ensoleillé
15 août 1971 - Österreichring
54 tours x 5.911 km - 319.194 km
Affiche
F1

Le saviez-vous ?

Pilote
Jackie STEWART est Champion du Monde
Constructeur
  • 15e victoire pour BRM
  • 10e pole position pour BRM
Moteur
  • 16e victoire pour BRM
  • 10e pole position pour BRM

Malgré la disparition de Jochen Rindt, le Grand Prix d'Autriche attire encore un grand nombre de spectateurs, dont comme l'année précédente une forte colonie d'Italiens qui ont traversé la frontière pour encourager les Ferrari. L'Österreichring apparaît comme l'un des circuits les plus rapides de la saison, en concurrence avec Silverstone, et derrière l'inégalable Monza. En Grande-Bretagne, Jackie Stewart l'a emporté avec une moyenne de 209 km/h soit... un kilomètre/heure de plus que Jacky Ickx lors de son succès en Autriche en 1970.

 

Sauf surprise, cette épreuve doit voir la consécration de Jackie Stewart. Vainqueur de cinq des sept Grands Prix disputés cette saison-là, l'Écossais a 32 points d'avance sur Jacky Ickx et 34 sur Ronnie Peterson, ses deux derniers rivaux. Pour empêcher son sacre, Ickx doit gagner ou terminer au moins deuxième tout en souhaitant que Stewart ne marque aucun point. Quant à Peterson, il doit absolument triompher. Mission difficile donc pour les deux hommes qui, à vrai dire, n'ont aucun espoir.

 

Mauro Forghieri et les ingénieurs de Ferrari se cassent toujours la tête pour parvenir à réduire les vibrations qui frappent les 312 B2. Pour la course, l'équipe va monter des pneus Firestone B28 de type « profil haut », comme ceux utilisés en 1970. Mais les vibrations du train arrière vont perdurer. Les châssis ne sont également pas au mieux puisque Clay Regazzoni utilise la voiture de réserve, c'est-à-dire celle de Mario Andretti, absent en Autriche.

 

Face aux performances désastreuses de la Matra de Chris Amon en Allemagne, l'état-major du constructeur français a décidé de faire l'impasse sur ce Grand Prix. Les ingénieurs préparent un nouveau moteur pour le Grand Prix d'Italie.

 

Chez McLaren, Teddy Mayer s'est lassé des piètres performances de Peter Gethin et a décidé de le mettre à la porte. Il est remplacé par Jackie Oliver, jugé plus expérimenté... mais qui devra se contenter d'une M14A. De toute façon, après les débuts encourageants de la M19 à Kyalami aux mains de Denny Hulme, cette voiture ne s'est pas révélée à la hauteur des espoirs placés en elle. L'équipe se concentre sur la future saison, mais doit cependant se passer du concepteur Ralph Bellamy qui a été recruté par Bernie Ecclestone pour rejoindre Brabham.

 

La Brabham BT33 de Tim Schenken adopte elle aussi un capot avant en forme de bouclier. Cet ancien modèle remanié apparaît plus performant que la BT34 « à pinces » pilotée par Graham Hill.

 

Peter Gethin a trouvé immédiatement un point de chute. BRM décide de lui confier une P160. Howden Ganley obtient lui aussi et enfin ce modèle, jusqu'alors seulement piloté par Jo Siffert et feu Pedro Rodríguez. La vieille P153 que pilotait jusqu'alors Ganley est donnée à l'Autrichien Helmut Marko qui peut ainsi faire ses débuts en Grand Prix.

Jo Siffert étrenne une nouvelle version du moteur V12 BRM utilisant un vilebrequin Tasmane datant de 1967, mais permettant un gain de 500 à 700 tours/minute en régime maxi. Mais cette évolution n'est pas utilisée en course. En revanche, la bobine qui a tant causé de souci aux pilotes BRM lors des dernières courses est désormais fixée sur l'un des couvercles d'arbres à came. Jusqu'alors elle se situait au-dessus de l'arceau de sécurité et ne cessait de se débrancher...

 

John Surtees garde Rolf Stommelen dans son équipe malgré leur altercation du Nürburgring. Mais le pilote allemand devrait partir dans les semaines à venir. Surtees est bien embêté car, à 37 ans, il envisage de raccrocher son casque pour se consacrer à la direction de son équipe. Mais il n'a pas de successeur au volant...

 

Le vétéran Jo Bonnier tente de nouveau sa chance avec sa McLaren M14A privée.

 

On voit aussi l'apparition d'un Autrichien de 22 ans aux dents de lapin qui jusqu'ici s'est fait modestement remarqué dans les pelotons de F2 et de F3, Nikolaus « Niki » Lauda. Moyennant un subside, le jeune homme à l'occasion de participer à son Grand Prix national au volant de la March 711 habituellement pilotée par Nanni Galli. Cependant, son moteur Alfa Romeo a été démonté pour être remplacé par un V8 Ford-Cosworth. La boîte de vitesses Alfa Romeo est de plus mal adaptée à la voiture. Lauda va donc connaître des débuts laborieux...

Nanni Galli est malgré tout présent au volant d'une autre 711 équipée d'un bloc Alfa... celle de son compère Andrea de Adamich, qui ne peut donc pas participer à la course.

 

Les qualifications

Grâce à son moteur V12, « Seppi » Siffert semble avoir un réel avantage sur les Tyrrell à moteur V8 et surtout sur les très instables Ferrari. Il réalise sa deuxième pole position avec deux dixièmes d'avance sur Stewart qui a longtemps détenu le meilleur temps. C'est la première pole position d'une BRM depuis six ans ! Cevert est en progrès constants et se hisse au troisième rang. Regazzoni est quatrième avec le même chrono que Fittipaldi. Ickx est sixième. Ces six pilotes sont dans la même seconde. En quatrième ligne on retrouve les deux Brabham de Schenken et de Hill qui confirment leur redressement. Hulme et Wisell occupent la cinquième ligne. Peterson n'est qu'onzième.

 

Les trois autres BRM sont loin de Siffert. Ganley, Gethin et Marko sont respectivement 14ème, 16ème et 17ème. Bonnier parvient cette fois-ci à se qualifier, au vingtième rang, devant Lauda et Oliver. Celui-ci a connu des problèmes de suspension ainsi qu'une sortie de route.

 

Le Grand Prix

Le Grand Prix se déroule sous un magnifique soleil.

 

Grille de départ: Une fuite d'essence se déclare sur la voiture de Bonnier qui ne pourra pas prendre le départ.

 

Départ: Celui-ci est donné alors que les voitures ne se sont même pas arrêtées sur la grille. Siffert conserve tout de même l'avantage tandis que Regazzoni tente de déborder Stewart par l'extérieur, sans succès. Suivent Cevert et Ickx. Beuttler ne parvient pas à faire démarrer son moteur et dans ses efforts sa batterie se met à plat. Sa voiture est poussée vers son stand.

 

1er tour: Stewart est dans le sillage de Siffert mais ne parvient pas à le doubler.

Siffert est premier devant Stewart, Regazzoni, Cevert, Ickx, Schenken, Fittipaldi, Wisell, Hill et Peterson.

 

2e: Siffert semble creuser l'écart sur Stewart. Regazzoni et Cevert sont en bagarre. Ickx est attaqué par Schenken et par Fittipaldi. Beuttler parvient à prendre la piste.

 

3e: Une seconde et demie sépare Siffert et Stewart.

 

4e: Schenken déborde Ickx. Ganley est au ralenti à cause d'un moteur qui « ratatouille ». Il s'arrête au stand BRM puis repart.

 

5e: Cevert déborde Regazzoni. Ickx est à la peine et se fait doubler par Fittipaldi. Le moteur de Hulme part en fumée, contraignant le Néo-Zélandais à un quatrième abandon consécutif.

 

6e: Siffert a deux secondes d'avance sur Stewart. Dans la courbe Texaco, Cevert est gêné par Ganley et Regazzoni en profite pour lui reprendre la troisième place. Wisell double Ickx.

 

7e: Regazzoni et Cevert sont roues dans roues. Plus loin, Ickx résiste aux assauts d'un groupe composé de Hill, Peterson et Pescarolo. Le Belge a des ennuis avec son allumage à cause d'un fil de bougie débranché.

 

8e: Cevert double Regazzoni dans la ligne droite principale. Ickx se fait doubler par Hill, Peterson et Pescarolo.

 

9e: Regazzoni stoppe sa Ferrari dans une courbe, en panne de moteur. Ganley met également pied à terre.

 

10e: Siffert mène devant Stewart (2.7s.), Cevert (7.6s.), Schenken (10s.), Fittipaldi (10.5s.), Wisell (13s.), Hill (16.8s.), Peterson (18.9s.), Pescarolo (19.4s.) et Surtees (20.4s.). Ickx est onzième devant Stommelen.

 

11e: Pescarolo prend la huitième place à Peterson qui rencontre des soucis de tenue de route.

 

13e: Surtees tombe en panne de moteur. Il doit abandonner pour la première fois depuis le GP d'Afrique du Sud. Arrêté dans l'herbe, il doit regagner les stands à pied.

 

15e: Siffert augmente son avance sur Stewart dont la voiture vibre à l'arrière. Cevert remonte peu à peu sur son équipier. Schenken et Fittipaldi sont en lutte pour la quatrième place.

 

17e: Hill prend la sixième place à Wisell.

 

18e: Cevert est maintenant revenu dans le sillage de Stewart dont la Tyrrell ne semble pas au mieux de sa forme.

 

20e: Siffert est premier devant Stewart (6.7s.), Cevert (8.6s.), Schenken (16.2s.), Fittipaldi (16.8s.), Hill (28.3s.) et Wisell (29.1s.).

 

21e: Stommelen prend la neuvième place à Peterson. Ickx continue de dégringoler au classement. Il s'est fait doubler par Gethin et par Galli. Jusqu'ici seizième et avant dernier, Lauda regagne les stands, jugeant sa voiture inconduisible. Il renonce après une première prestation très terne.

 

23e: Cevert double Stewart et va désormais mener la chasse à Siffert. Ickx s'arrête à son stand pour essayer de résoudre son problème d'allumage.

 

25e: Malgré les efforts de Cevert, Siffert demeure le plus rapide et augmente son avance sur les Tyrrell. Schenken et Fittipaldi luttent toujours sans que le Brésilien ne parvienne à doubler l'Australien.

 

27e: Siffert est pris dans le trafic, mais s'en sort bien, au contraire de Cevert gêné par les retardataires. Derrière les trois leaders, Schenken et Fittipaldi se battent pour la quatrième place, tandis que Hill et Wisell luttent pour la sixième position.

 

29e: Siffert réalise le meilleur tour de la course: 1'38''47'''. Nul ne semble pouvoir arrêter le Suisse, en véritable état de grâce. Wisell repasse devant Hill.

 

30e: Siffert mène devant Cevert (12.1s.), Stewart (15.6s.), Schenken (23.4.), Fittipaldi (23.9s.), Wisell (46s.) et Hill (48s.). Viennent ensuite Pescarolo, Stommelen et Peterson.

 

32e: Fittipaldi parvient enfin à dépasser Schenken et s'empare de la quatrième place. Il se défait ensuite de la Brabham.

 

33e: Galli s'arrête au stand March suite à un souci avec son distributeur d'injection. L'Italien repart après un arrêt de deux minutes. Ickx met pied à terre à cause d'un fil de bougie débranché. Encore un week-end calamiteux pour Ferrari.

 

35e: La roue arrière gauche de Stewart se détache dans la courbe Texaco. La Tyrrell dérape et atterrit en tête-à-queue dans l'herbe. Stewart sort de sa voiture: c'est son premier abandon de la saison. Mais qu'importe, il va devenir champion du monde des conducteurs.

 

37e: Ne parvenant décidément pas à rattraper Siffert, Cevert lève le pied, décidé à se contenter de sa deuxième place.

 

38e: Cevert commence à perdre l'usage de sa quatrième vitesse. Fittipaldi se rapproche de lui.

 

40e: Siffert mène toujours devant Cevert (23.9s.), Fittipaldi (26s.), Schenken (31.9s.), Wisell (50.4s.) et Hill (53.9s.).

 

41e: Cela va mal pour Cevert qui ne peut plus passer son cinquième rapport.

 

42e: Cevert ralentit dans la dernière portion du circuit. Il se fait doubler par Fittipaldi, puis regagne son stand où son moteur part en fumée.

 

43e: Siffert a vingt-sept secondes d'avance sur Fittipaldi et se dirige vers un succès tranquille.

 

45e: Siffert semble moins rapide. Sa voiture est instable à l'arrière. On s'inquiète dans le stand BRM.

 

47e: Siffert est victime d'une crevaison lente à l'arrière. Il lève le pied dans les grandes courbes, mais continue. Fittipaldi lui reprend environ trois secondes par tour.

 

48e: Fittipaldi est revenu à moins de vingt secondes de Siffert.

 

50e: Siffert mène devant Fittipaldi (16.9s.), Schenken (28.5s.), Wisell (42.7s.), Hill (53.2s.), Pescarolo (1m. 26.5s.) et Stommelen (1m. 38.4s.).

 

51e: Siffert n'a plus que quatorze secondes d'avance sur Fittipaldi. Le pilote suisse serre les dents: il faut que son pneu tienne le coup.

 

52e: Neuf secondes entre Siffert et Fittipaldi.

 

53e: A deux tours du but, Siffert n'a plus que sept secondes de marge sur Fittipaldi.

 

54ème et dernier tour: Le pneu arrière de la BRM a tenu le coup, et Jo Siffert remporte le Grand Prix d'Autriche avec quatre secondes d'avance sur Fittipaldi. C'est sa deuxième victoire en championnat du monde, la première de la saison pour BRM. Fittipaldi obtient quant à lui le meilleur résultat de Lotus depuis le début de l'année. Schenken termine troisième et donne à Brabham son premier podium depuis exactement un an. Wisell est quatrième. Il précède Hill qui marque enfin ses premiers points en 1971. Pescarolo prend le dernier point. Sont aussi à l'arrivée Stommelen, Peterson, Oliver, Gethin, Marko et Galli, tandis que Beuttler n'est pas classé.

 

Ni Ickx ni Peterson ne l'ayant emporté, Stewart est sacré champion du monde.

 

Après la course

La moyenne de Siffert est de 212km/h: l'Österreichring est bien le circuit le plus rapide d'Europe... derrière Monza.

 

Seppi a réalisé le grand chelem: pole, victoire, meilleur tour, et course menée de bout en bout. Ce triomphe s'ajoute à ses succès en CanAm et en voitures de sport. A 35 ans, il réalise sans doute la meilleure saison de sa longue carrière. Louis Stanley et BRM ne peuvent oublier toutefois ce qu'ils doivent à Pedro Rodríguez, leader de l'équipe jusqu'à sa tragique disparition en juillet. Le Mexicain avait d'ailleurs remporté sa dernière victoire, sur Porsche, lors des 1000 kilomètres de... Zeltweg.

 

A 32 ans Jackie Stewart devient champion du monde des conducteurs pour la deuxième fois. Il rejoint ainsi au palmarès son regretté camarade Jim Clark. Stewart a dominé les débats depuis le début de l'année, remportant cinq des huit Grands Prix disputés. Il apporte aussi à l'équipe Tyrrell un premier championnat dès sa première saison en tant que constructeur. L'association Stewart-Tyrrell semble partie pour imposer sa domination à la Formule 1. En plus de son sacre, le champion écossais se satisfait de s'être découvert un élève et un dauphin en la personne de son coéquipier François Cevert.

 

Si le titre pilotes est acquis, Tyrrell n'est pas encore assurée de la couronne des constructeurs. Mais elle n'a plus grand chose à craindre de la Scuderia Ferrari, reléguée à dix-neuf longueurs. Grâce au succès de Siffert, BRM émerge au troisième rang, à trente points de Tyrrell.

Tony