François CEVERT
 F.CEVERT
Tyrrell Ford Cosworth
Jackie STEWART
 J.STEWART
Tyrrell Ford Cosworth
Clay REGAZZONI
 C.REGAZZONI
Ferrari

204e Grand Prix

XXXIII Grosser Preis von Deutschland
Couvert
1 août 1971 - Nürburgring
12 tours x 22.835 km - 274.020 km
Affiche
F1
Coupe

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Un nouveau Nürburgring ?

Le Grand Prix d'Allemagne revient au Nürburgring après une année d'absence.

Sous la pression de l'association des pilotes et de la CSI, les organisateurs ont modernisé les infrastructures du gigantesque circuit de vingt-trois kilomètres. L'asphalte a été rénové et plusieurs bosses ont été rabotées. Toutefois certaines subsistent et plusieurs pilotes vont y abîmer leurs suspensions durant les essais. Certains virages ont quelque peu été redessinés afin d'être moins tortueux. Quelques bacs à graviers apparaissent en guise de dégagements.

 

Mais surtout des barrières en acier ARMCO ont été installées à des endroits de la piste jugés critiques, afin de retenir les voitures en cas d'accident. Ce dispositif est pleinement soutenu par Jackie Stewart, mais ne fait pas l'unanimité. Par son expérience de motocycliste, John Surtees est ainsi particulièrement opposé aux glissières qui peuvent jouer un rôle dramatique si elles sont mal installées. L'avenir lui donnera hélas raison...

 

Présentation de l'épreuve

Chez Ferrari, Mario Andretti fait son retour au volant d'une B2. Il ne sera pas de trop pour contrer les Tyrrell... Ferrari s'interroge en effet grandement sur ses chances de remporter d'autres courses d'ici la fin de l'année. Jacky Ickx et Clay Regazzoni se plaignent toujours des vibrations engendrés par les pneus Firestone, si bien que l'on songe à sortir la vieille B1 du placard. En tout cas les titres mondiaux semblent désormais hors d'atteinte.

 

BRM monte en puissance en cette deuxième partie de saison, mais l'équipe de Louis Stanley est très affectée par la disparition de Pedro Rodríguez qui était devenu son véritable leader. Jo Siffert a toutefois démontré à Silverstone qu'il était lui aussi tout à fait capable de mener la P160 au sommet. Reste à améliorer la fiabilité de celle-ci... Comme la Ferrari, la BRM souffre des vibrations engendrées par les pneus Firestone, ce qui a pour effet de débrancher inopinément la bobine électrique.

Tandis que Howden Ganley se contente toujours d'une ville P153, Vic Elford est choisi pour remplacer Rodríguez pour ce Grand Prix. Celui-ci n'a toutefois pas piloté en Formule 1 depuis deux ans. Il a été surtout choisi grâce à sa bonne connaissance du Nürburgring où il a triomphé en mai à l'occasion des 1000 kilomètres sur une Porsche 908 partagée avec Gérard Larrousse.

 

Matra n'engage que la voiture de Chris Amon, Jean-Pierre Beltoise étant suspendu pour deux mois par les autorités sportives. Mais la M120B paraît complétement dépassée. Georges Martin, Bruno Morin, Gérard Ducarouge et consorts songent à modifier considérablement la voiture pour la fin de la saison.

 

March aligne pour la première fois deux 711 à moteur Alfa Romeo pour Nanni Galli et Andrea de Adamich. Seul Ronnie Peterson pilotera donc la voiture à moteur Cosworth. Le jeune Suédois est en parallèle bien parti pour remporter le championnat d'Europe de Formule 2 pour le compte de March, même s'il doit se battre avec l'Argentin Carlos Reutemann.

 

Chez Lotus, on remise à nouveau la voiture à turbine pour engager deux 72D, confiées à Emerson Fittipaldi et Reine Wisell.

 

Ron Tauranac a presque finalisé la vente de l'écurie Brabham à Bernie Ecclestone. Celui-ci a déjà ses plans pour la saison 1972. Il songe à ne pas conserver Graham Hill qui, à 42 ans, semble avoir perdu l'essentiel de ses talents. Quant à Tim Schenken, s'il domine désormais son équipier au volant d'une vieille BT33, il n'apparait pas comme une « valeur sûre ». Ecclestone espère promouvoir Carlos Reutemann qui lutte pour le titre de champion de Formule 2 au volant d'une... Brabham.

 

Jo Bonnier est de retour avec son équipe. Il engage deux McLaren M7C pour lui-même et pour l'Autrichien Helmut Marko, récent vainqueur des 24 heures du Mans. Mais finalement Marko devra déclarer forfait faute de matériel disponible.

Surtees a un temps engagé une DS7 pour l'Autrichien Dieter Quester, un des leaders de la F2, mais son engagement est finalement abandonné.

 

La mode des prises d'air continue de faire des progrès... Après Lotus et Surtees à Silverstone, c'est désormais March qui l'adopte.

 

Les qualifications

Les observateurs s'attendent à un duel entre Jackie Stewart, leader du championnat du monde, et Jacky Ickx, le « spécialiste » du Ring. Et effectivement les deux hommes survolent les débats lors des essais. Stewart réalise la pole position avec deux dixièmes d'avance sur le Belge. Son chrono (sept minutes dix-neuf secondes) est de vingt-trois secondes inférieur à la pole réalisée par Ickx en 1969 ! Les poursuivants sont relégués à plus de trois secondes des deux leaders. Siffert est troisième devant Regazzoni et Cevert, très à l'aise sur ce tracé. Hulme hisse sa McLaren au sixième rang. Il précède Peterson, Fittipaldi, Schenken, Pescarolo et Andretti. Amon est seulement seizième sur la Matra... Il précède Wisell qui est de plus en plus dominé par Fittipaldi.

 

Toujours décevant, Gethin n'est que dix-neuvième et devance seulement de Adamich, Galli et Beuttler. Victime de graves problèmes d'arrivée d'essence, Bonnier n'a pas réussi à effectuer un temps correct et n'est pas qualifié.

 

Le Grand Prix

Si le beau temps fut au rendez-vous les vendredi et samedi, la course du dimanche se déroule sous un ciel gris.

 

Départ: Stewart et Ickx partent bien, mais au premier virage c'est le Belge, placé à l'intérieur, qui vire en tête. Derrière Stewart se trouvent Regazzoni, Hulme, Siffert, Cevert, Peterson et Andretti. Wisell s'élance avec du retard à cause d'un souci de pression d'essence.

 

1er tour: Stewart attaque Ickx à la Nordkehre et le dépasse par l'intérieur. Au cours de cette première boucle, Stewart prend environ trois secondes d'avance sur Ickx, seulement suivi par Regazzoni. Hulme se fait doubler par Siffert et Peterson.

Stewart mène devant Ickx (3s.), Regazzoni (4s.), Siffert (7s.), Peterson (11.9s.), Hulme (12.3s.), Andretti (12.9s.), Cevert (13.4s.), Schenken (15.1s.), Fittipaldi (16s.) et Stommelen (16.9s.).

 

2e: Stewart s'envole en tête de l'épreuve. Au Karussell Ickx dérape, part en tête-à-queue et percute les protections. Il renonce et perd là ses derniers espoirs de titre mondial. Trois virages plus loin, Regazzoni effectue lui aussi un tête-à-queue mais se rattrape et repart. Cependant Siffert est passé devant lui. Andretti puis Cevert doublent Hulme.

En fin de tour Stewart a dix-sept secondes d'avance sur Siffert et vingt secondes sur Regazzoni. A vingt-cinq secondes viennent Peterson et Cevert.

 

3e: Cevert double Peterson. Hulme s'arrête aux stands en fin de tour avec un réservoir d'essence crevé par une pierre. L'ancien champion du monde est contraint à l'abandon. Ganley renonce aussi à cause d'une panne de moteur, tandis que de Adamich est victime d'un problème d'alimentation.

 

4e: Stewart mène devant Siffert (25s.), Regazzoni (29s.), Cevert (33s.) et Peterson (34s.). Andretti est sixième à quarante secondes du leader, puis viennent Fittipaldi et Pescarolo, puis Schenken et Stommelen. Beuttler crève un pneu à la boucle sud. Il utilise alors un raccourci pour regagner aussitôt les stands... Il est évidemment disqualifié.

 

5e: Siffert rencontre des soucis avec son allumage qui se coupe par intermittence à cause d'une bobine défaillante. Regazzoni et Cevert reviennent sur ses talons et le doublent en fin de boucle. De la fumée s'échappe de la Lotus de Fittipaldi, bientôt doublé par Pescarolo.

 

6e: Stewart mène devant Regazzoni (35.5s.) et Cevert (35.8s.), roues dans roues. Puis viennent Siffert (41.9s.), Peterson (53.3s.), Andretti (1m. 03.3s.), Schenken (1m. 44s.), Fittipaldi (1m. 48s.) et Surtees (1m. 50s.). Arrivent ensuite Stommelen, Elford, Galli, Wisell, Amon et Hill. Pescarolo heurte un rail et plie sa suspension. Le Français n'ira pas plus loin. Gethin quitte quant à lui la piste à Metzgesfeld à cause d'une défaillance mécanique. En fin de tour, Siffert entre aux stands, en panne d'allumage et presque à l'arrêt.

 

7e: Après une longue bagarre, Cevert dépasse Regazzoni par l'extérieur dans la longue ligne droite menant vers Tiergarten. Amon touche une barrière. Sa direction et ses suspensions sont faussés. La course est finie pour le Néo-Zélandais. Siffert a également renoncé.

 

8e: Stewart a quarante secondes d'avance sur son équipier Cevert. Regazzoni ne parvient pas à suive le Français. Galli s'arrête à son stand avec un support moteur cassé. Il va repartir après quelques minutes de réparations.

 

9e: Peterson a endommagé le carénage de son radiateur latéral droit à cause du frottement des suspensions sur les bosses. Il entre aux stands pour faire démonter cette pièce et repart en n'ayant perdu qu'une seule place. Galli fait de nouveau un passage aux stands. Fittipaldi regagne lui le garage Lotus: sa pression d'huile est à zéro.

 

10e: Cevert réalise le meilleur tour en course: 7'20''1'''. Il compte cinq secondes d'avance sur Regazzoni. Stommelen s'arrête au stand Surtees pour se plaindre d'une tenue de route désastreuse. Il reprend la piste peu après.

 

11e: A deux tours du but, Stewart a trente-cinq secondes d'avance sur Cevert. Regazzoni est troisième à quarante secondes. Andretti vient ensuite à plus de deux minutes et précède Peterson et Schenken. Surtees est septième devant Elford, Stommelen, Wisell et Hill. Au cours de ce tour, Elford perd de la puissance et finit par regagner son stand. Comme Siffert, sa bobine a lâché mais ses mécaniciens vont la réparer.

 

12e: Elford a repris la piste. Galli finit au ralenti.

 

Jackie Stewart remporte sa troisième victoire consécutive après une splendide démonstration. C'est son 17ème succès en Grand Prix, ce qui lui permet de dépasser Stirling Moss et de devenir le deuxième Britannique le plus victorieux derrière Jim Clark. Cevert termine deuxième, offre à Tyrrell son seconde doublé de l'année, et surtout confirme une nouvelle fois les espoirs placés en lui. Regazzoni sauve une troisième place pour Ferrari. Andretti finit quatrième; ce sont ses premiers points depuis son succès à Kyalami. Peterson termine cinquième tandis que Schenken, sixième, donne enfin à Brabham son premier point de la saison. Surtees est septième et précède Wisell, Hill, Stommelen, Elford et Galli.

 

Après la course

Stewart reçoit une grande gerbe de lauriers des mains de Helmut Kohl, le jeune président de la région de Rhénanie-Palatinat. Mais c'est bien son lieutenant François Cevert qui attire l'attention. Sous la férule de l'Écossais, le jeune Français ne cesse de progresser, comme le démontre son impressionnante performance sur le circuit le plus difficile du monde. Stewart est très fier de son « élève ».

 

Grâce à ce cinquième succès en sept épreuves, Stewart est quasi assuré de remporter son second titre mondial. Il possède en effet 51 points contre 19 à Ickx et 17 à Peterson, alors qu'il reste quatre manches à disputer. Pour avoir encore une chance d'être titrés, Ickx ou Peterson doivent absolument remporter le GP d'Autriche et espérer un abandon de Stewart. Mais ce n'est pas envisageable: le pilote Ferrari, qui reste sur trois abandons de rang, n'a pas une bonne voiture. Quant à Peterson, il vise le titre en Formule 2 et désire se construire une réputation en F1, ce qu'il réussit d'ailleurs fort bien.

 

Chez les constructeurs, Tyrrell possède maintenant 19 points d'avance sur Ferrari et ne devrait pas non plus pouvoir être rattrapée.

 

Dispute entre Surtees et Stommelen

Après la course, une vive altercation oppose John Surtees à son employé et équipier Rolf Stommelen. Surtees estime que lors du Grand Prix l'Allemand n'aurait pas dû s'arrêter aux stands pour un soi-disant problème de tenue de route. Stommelen argue que la TS9 était réellement inconduisible. Le lundi matin, Surtees monte dans la voiture de Stommelen et effectue des temps égaux à ceux réalisés avec son propre engin. Toujours très cassant, il affirme que le problème ne vient pas de la voiture, mais de son pilote.

 

Stommelen quitte le circuit humilié. Si son excuse était sans doute peu crédible, Surtees a une nouvelle fois démontré son manque de diplomatie envers ses compagnons de travail. La rupture est consommée entre les deux hommes.

Tony