Clay REGAZZONI
 C.REGAZZONI
Ferrari
Jacky ICKX
 J.ICKX
Ferrari
Denny HULME
 D.HULME
McLaren Ford Cosworth

197e Grand Prix

IX Gran Premio de Mexico
Légérement nuageux
25 octobre 1970 - Mexico
65 tours x 5.000 km - 325.000 km
Affiche
F1

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur

La saison de Formule 1 s'achève à Mexico. C'est une course sans enjeu, les titres mondiaux étant déjà attribués à feu Jochen Rindt et à Lotus-Ford-Cosworth. Les places de deuxièmes sont néanmoins encore en jeu: chez les pilotes, les deux équipiers de chez Ferrari Jacky Ickx et Clay Regazzoni peuvent prétendre au titre de vice-champion, de même que Jackie Stewart, Jack Brabham et Denny Hulme en cas de victoire. Chez les constructeurs, Ferrari n'a qu'un point d'avance sur March, mais a beaucoup plus de chances de triompher que l'équipe de Max Mosley.

 

Clay Regazzoni a remporté la semaine précédente le championnat d'Europe de Formule 2 à Hockenheim. Le pilote tessinois, grande révélation de cette saison, réussit l'exploit de se classer dans les trois premiers du classement général tout en n'ayant participé qu'à un peu plus de la moitié des Grands Prix. Avec un petit plus de chance, il aurait pu devenir champion du monde !

 

Quelques transferts sont connus. Chris Amon va rejoindre Matra en 1971 et fera équipe avec Jean-Pierre Beltoise. Jo Siffert quitte aussi l'équipe March pour aller chez BRM, où il remplacera Jackie Oliver, en froid avec Louis Stanley.

 

Il n'y a que dix-huit engagés pour cette course. Colin Crabbe et Ronnie Peterson n'ont pas fait le déplacement au Mexique, de même qu'Andrea de Adamich et sa McLaren-Alfa Romeo. BRM n'engage que deux voitures pour Jackie Oliver et Pedro Rodríguez, la grande vedette locale qui rêve de triompher devant ses fans. Enfin, John Surtees n'aligne qu'une seule voiture, la sienne.

 

Dunlop dispute sa dernière course avant de quitter la Formule. Stewart va essayer de faire triompher le manufacturier anglais à cette occasion.

 

Le prince de Metternich, nouveau président de la CSI

En marge de cette course se déroule à Paris le congrès annuel de la Fédération Internationale de l'Automobile. Le président de la CSI Maurice Baumgartner a présenté sa démission. A sa place a été élu le prince Paul Alphonse de Metternich-Winneburg, 53 ans, un aristocrate allemand, par ailleurs président de l'Automobile Club d'Allemagne fédérale.

 

C'est un homme de consensus, prêt à entendre les revendications des pilotes en matière sécuritaire. Et il va avoir beaucoup à faire dès sa prise de fonctions...

 

Jack Brabham prend sa retraite

Une semaine après avoir gagné les 1000 Km de Paris sur Matra avec François Cevert, Jack Brabham entame son dernier Grand Prix de Formule 1. Le vétéran australien a pris sa décision: il quittera la compétition à l'issue de cette épreuve et retournera en Australie, laissant la direction de son équipe à Ron Tauranac. Il souhaitait garder cette résolution secrète pour l'annoncer après la course. Mais une agence de presse révèle l'information dès le vendredi.

 

Le taciturne Brabham est alors tenté de revenir sur sa décision uniquement pour embêter les journalistes...

 

 

Les qualifications

La bataille pour la pole position oppose comme il était attendu les Ferrari à la Tyrrell de Stewart. Cette fois-ci c'est Regazzoni qui réalise la pole, la première de sa carrière en F1, en battant d'une seconde le meilleur chrono réalisé par Brabham en 1969. Stewart l'accompagne en première ligne et précède Ickx de quelques dixièmes. Brabham est très à l'aise pour sa dernière sortie et occupe le quatrième rang. En troisième ligne on trouve les deux futurs équipiers, Amon et Beltoise. Déception pour Rodríguez, seulement septième. Il précède Hill qui avec sa Lotus privée fait mieux que les deux voitures officielles. Suivent Cevert, Gethin et Pescarolo.

 

Wisell est douzième et précède Oliver, Hulme, Surtees, Siffert et Stommelen. Enfin, Fittipaldi a cassé deux moteurs le vendredi et le samedi et n'a pas eu le temps de réaliser un bon chrono. Il part donc en dix-huitième et dernière position.

 

Le Grand Prix

Le dimanche, une foule immense de 200 000 personnes s'est massée aux abords de l'autodrome. Elle est particulièrement agitée et les resquilleurs sont légions. Au moment du départ, on trouve des spectateurs installés aux endroits les plus dangereux du circuit, voire même au bord de la piste ! La police est débordée. Jackie Stewart et Pedro Rodríguez prennent un micro pour appeler au calme, sans succès. Le départ est retardé d'une heure pour permettre aux forces de l'ordre d'évacuer une partie du public. Mais durant toute la course les incidents vont se répéter, et on verra même des spectateurs traverser la piste !

 

Départ: Regazzoni conserve l'avantage de sa pole et vire en tête à Espiral, précédant Stewart, Ickx, Beltoise et Rodríguez.

 

1er tour: Regazzoni mène devant Stewart, Ickx Beltoise, Rodríguez, Amon, Brabham, Hill, Hulme et Surtees.

 

2e: Ickx déborde Stewart sur la ligne de chronométrage. Il se place ensuite dans le sillage de son équipier et le double à Espiral. Le voici en tête. Plus loin, Stewart prend l'avantage sur Regazzoni à l'épingle de Horquilla. Hill regagne déjà le stand Walker à cause d'un souci de pression d'huile. Le moteur de Fittipaldi donne encore une fois des signes de faiblesse et le Brésilien entre aux stands.

 

3e: Ickx, Stewart et Regazzoni sont roues dans roues. Beltoise et Rodríguez sont déjà quelque peu distancés. Fittipaldi met pied à terre. Après son triomphe à Watkins-Glen, le Pauliste a connu un week-end mexicain catastrophique.

 

4e: Ickx a une demi-seconde d'avance sur Stewart. Siffert regagne son garage avec une nouvelle fois un moteur cassé. Ainsi s'achève sa calamiteuse saison au volant de la March 701.

 

5e: Brabham prend la sixième place à Amon.

 

6e: Brabham double Rodríguez et se retrouve cinquième. Hill abandonne à cause d'une surchauffe de son moteur. Wisell s'arrête à son stand à cause d'un problème de transmission.

 

7e: Amon double à son tour Rodríguez tandis que Hulme, Surtees et Gethin sont en bagarre.

 

8e: En tête, Ickx ne parvient pas à se défaire de Stewart. Surtees dépasse Hulme. Le moteur de Cevert explose dans Peralta, contraignant le jeune Français à l'abandon.

 

9e: Brabham rattrape Beltoise. Hulme et Gethin passent devant Surtees.

 

10e: Ickx mène devant Stewart (0.6s.), Regazzoni (4.2s.), Beltoise (8.2s.), Brabham (8.7s.), Amon (13.7s.), Rodríguez (16s.), Hulme (16.5s.) et Gethin (19.8s.).

 

12e: Stewart se fait pressant derrière Ickx et compte sur la moindre petite erreur commise par son adversaire. Brabham prend la quatrième place à Beltoise.

 

14e: Stewart sent sa Tyrrell lui échapper et regagne son stand. Une bague de colonne de direction vient de se rompre. Les mécaniciens vont refixer la pièce avant de relancer l'Écossais en course.

 

15e: Ickx est premier avec six secondes de marge sur Regazzoni. Stewart reprend la piste en douzième position.

 

16e: Stommelen renonce à cause de problèmes d'alimentation.

 

18e: Oliver prend la neuvième place à Surtees.

 

20e: Ickx est en tête devant Regazzoni (8s.), Brabham (18s.), Beltoise (22s.) et Hulme (24s.). Amon est sixième devant Rodríguez, Oliver, Gethin et Surtees.

 

21e: Surtees double Gethin.

 

22e: Beltoise et Hulme sont en lutte pour la quatrième place. Pescarolo s'arrête à son stand pour réparer une goupille qui s'est brisée dans sa boîte de vitesses.

 

24e: Hulme prend la quatrième place à Beltoise. Surtees repasse devant Oliver.

 

25e: Ickx possède dix secondes d'avance sur Regazzoni. Nul ne semble pouvoir inquiéter les Ferrari. Pescarolo a repris la piste avec trois tours de retard.

 

27e: Le moteur de Gethin ne fonctionne plus, et l'Anglais regagne le stand McLaren pour abandonner.

 

29e: Ickx a douze secondes d'avance sur Regazzoni. Brabham est troisième, à vingt-cinq secondes du leader. Amon menace Beltoise pour la cinquième place.

 

32e: Ickx mène devant Regazzoni (15s.), Brabham (29s.), Hulme (31s.), Beltoise (36s.), Amon (37s.), Rodríguez (54s.), Surtees (1m. 10s.) et Oliver (1m. 11s.).

 

35e: Ickx a désormais dix-huit secondes d'avance sur Regazzoni.

 

36e: Stewart percute un chien qui errait sur la piste. La Tyrrell finit sa course dans le décor, avec une suspension complétement détruite. Fort heureusement, Stewart sort sans problème de sa voiture. Par contre, le pauvre animal...

 

37e: Les drapeaux jaunes sont agités dans la zone de l'accident.

 

38e: Wisell est de nouveau dans les stands à cause d'un problème de transmission.

 

40e: Ickx a vingt secondes de marge sur Regazzoni. Brabham est troisième à trente secondes, et possède quelques centaines de mètres d'avance sur Hulme. Beltoise et Amon sont roues dans roues.

 

42e: Oliver prend la huitième place à Surtees.

 

44e: Ickx continue d'augmenter son avance sur son équipier. Regazzoni a maintenant plus de vingt-cinq secondes de retard.

 

46e: Ickx réalise le meilleur tour de la course en 1'43''11'''.

 

48e: Voici une vingtaine de tours qu'Amon « klaxonne » derrière Beltoise, mais il ne trouve pas le moyen de doubler la Matra.

 

50e: Ickx compte une trentaine de secondes d'avance sur Regazzoni. Ce dernier rencontre des soucis de carburation. Brabham est à quarante secondes, Hulme à quarante-cinq secondes.

 

53e: Brabham voit son moteur partir en fumée: il ralentit et regagne son stand. L'Australien est effondré: une nouvelle fois cette année il réalisait une belle course, et sa mécanique le trahit à nouveau. Lorsqu'il sort de sa BT 33, sa décision est irrévocable: il ne veut plus connaître semblable déception et quitte la Formule 1. Pendant ce temps-là, Amon a enfin réussi à doubler Beltoise.

 

55e: Ickx a désormais trente-cinq secondes sur Regazzoni. Hulme rattrape peu à peu le Tessinois qui voit son moteur surchauffer dangereusement.

 

57e: A huit tours du but, Ickx caracole en tête tandis que Hulme remonte sur Regazzoni. Amon est quatrième devant Beltoise. Rodríguez est désormais dans les points.

 

59e: Cinq secondes seulement séparent encore Regazzoni et Hulme. Amon et Beltoise remontent aussi sur la seconde Ferrari.

 

61e: La course touche à sa fin et le public n'y tient plus. Déjà quelques spectateurs franchissent les barrières de sécurité et se placent sur le bord de la piste. Les policiers ne parviennent guère à les retenir.

 

62e: Regazzoni, Hulme, Amon et Beltoise se tiennent en moins de cinq secondes.

 

64e: Hulme est juste derrière Regazzoni qui prie pour que son moteur tienne le coup jusqu'au drapeau à damiers.

 

65ème et dernier tour: La foule envahit la ligne de départ tandis que les voitures abordent le dernier tour. Les officiels sont complétement débordés. Lorsque Jacky Ickx surgit de la parabolique pour être salué par le drapeau à damiers, il aperçoit plusieurs dizaines de personnes traversant la piste devant lui ! Il monte sur ses freins, évite miraculeusement ces inconscients, franchit la ligne... et court se réfugier dans les stands, car les spectateurs se jettent sur sa Ferrari ! Fort heureusement, tous les autres pilotes parviennent à rallier l'arrivée sans heurter personne, mais c'est dans une pagaille indescriptible que s'achève cette saison.

 

Ickx remporte donc sa troisième victoire de la saison devant Regazzoni qui permet à Ferrari de réaliser son troisième doublé de l'année. La Scuderia termine deuxième du championnat des constructeurs et a prouvé que son Flat 12 pouvait rivaliser avec le V8 Ford-Cosworth. Ickx est quant à lui vice-champion du monde des conducteurs. Hulme est troisième et conclut de fort belle manière la douloureuse saison de McLaren. Amon finit quatrième devant Beltoise et le héros local Rodríguez. Oliver, Surtees et Pescarolo sont aussi à l'arrivée, tandis que Wisell n'est pas classé.

 

Après la course

Le résultat de ce Grand Prix est purement anecdotique. Le fait le plus marquant est bien l'incroyable indiscipline du public mexicain qui aurait pu créer une catastrophe. Jackie Stewart est le premier à s'en plaindre, lui qui a failli se tuer en percutant un chien errant sur le tracé !

 

Le prince de Metternich, nouveau président de la CSI, a du pain sur la planche pour satisfaire les désirs des pilotes en matière de sécurité. Les décès accidentels de Bruce McLaren, Piers Courage et Jochen Rindt, ainsi que l'affreux brasier dans lequel s'est retrouvé prisonnier Jacky Ickx à Jarama, tous ces drames poussent les pilotes à réclamer le renforcement des protections sur les voitures et aussi des infrastructures sur les circuits. Jackie Stewart est le porte-voix de ses collègues. Il est relayé par la presse et particulièrement par la télévision qui commence à retransmettre certaines courses en direct, et ne veut donc pas effrayer les téléspectateurs par le spectacle d'une mort en direct. Tous ces acteurs encouragent le pouvoir sportif à prendre des mesures.

 

Bilan d'étape: le début de la révolution économique de la F1

Cette saison 1970 aura vu aussi un certain renouveau de la Formule 1, avec plus de participants engagés, ce qui est un excellent signe après une saison 1969 où les grilles de départ étaient parfois squelettiques. L'arrivée des gros sponsors permet aux meilleures équipes de disposer de plus de moyens et aux petites structures de subsister. Bien sûr, les puristes déplorent cette dérive commerciale de la Formule 1, mais sans l'appui de commanditaires extérieurs au monde de l'automobile, elle ne pourrait désormais survivre. Le V8 Ford-Cosworth se répand également de plus en plus et son faible coût permet aux petites équipes de participer sans trop se soucier de leur motorisation.

 

En ce début de décennie, la Formule 1 entre donc dans une nouvelle ère où la chasse aux sponsors va devenir la principale activité des écuries.

Tony