Piers COURAGE
 P.COURAGE
Brabham Ford Cosworth
Jochen RINDT
 J.RINDT
Lotus Ford Cosworth
John SURTEES
 J.SURTEES
BRM

183e Grand Prix

XII United States Grand Prix
Ensoleillé
5 octobre 1969 - Watkins Glen
108 tours x 3.701 km - 399.708 km
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
  • 36e victoire pour Lotus
  • 50e pole position pour Lotus
  • 40e meilleur tour pour Lotus
Moteur
Le terrible accident de Graham Hill.

Le vrai-faux départ de Dunlop

Après les échecs des pourparlers avec Matra et Brabham, Ken Tyrrell et Jackie Stewart recherchent toujours un partenaire pour 1970. Avant le Grand Prix des États-Unis, Stewart se rend à New-York pour une tournée promotionnelle lorsqu'il apprend que Dunlop a décidé de se retirer de la compétition à la fin de la saison. C'est un coup terrible porté à l'écurie Tyrrell qui risque de se retrouver sans pneus, mais aussi d'être privé d'un de ses principaux commanditaires. Dick Jeffries, le directeur de la compétition de Dunlop, justifie cette décision par les mesures d'économie arrêtées par la direction britannique.

 

Stewart décide de prendre le problème à bras le corps. Entretemps, Goodyear l'a sollicité pour une alliance avec Bruce McLaren, mais il refuse catégoriquement de rejoindre le Néo-Zélandais qu'il estime trop peu généreux. Lorsqu'il revient en Grande-Bretagne, le 7 octobre, il se rend à Birmingham et discute pied à pied avec les dirigeants de la firme pendant trois heures. Stewart prétend que loin de perdre de l'argent, Dunlop a au contraire tout à gagner en s'investissant dans la compétition automobile grâce aux retombées publicitaires croissantes dont lui-même s'est fait une spécialité. Ne s'affiche-t-il dans des magazines à gros tirages comme Playboy ou Paris-Match, dans des spots publicitaires, à la télévision britannique ou américaine, arborant dès qu'il le peut le logo de son manufacturier ? Finalement, Jeffries et consorts se rendent à ses arguments : Dunlop prolonge d'un an son association avec Tyrrell.

 

Échec des négociations entre Tyrrell et B.R.M.

En parallèle, Ken Tyrrell entame des négociations avec BRM pour l'achat d'un châssis... afin d'y installer un V8 Ford-Cosworth. Louis Stanley et Tim Parnell sont peu enthousiastes à l'idée de voir leurs propres bolides munis d'un V12 BRM battus par une BRM-Ford. Cependant l'équipe de Bourne n'a plus gagné un seul Grand Prix depuis 1966. Ses dirigeants savent que Tyrrell et Stewart auraient de bonnes chances de triompher en leur nom. Le prestige déclinant de la marque en serait rehaussé. Tyrrell propose le marché à Sir Alfred Owen qui paraît beaucoup moins défiant que ses associés. Hélas, celui-ci est victime d'une attaque d'apoplexie quelques jours seulement avant de rencontrer Tyrrell. Tim Parnell prend alors en main les négociations qu'il ne tarde pas à enterrer. Exit donc l'hypothèse BRM.

 

Présentation de l'épreuve

Ce douzième Grand Prix des États-Unis est dépourvu d'enjeux sportifs, mais il excite la convoitise des pilotes puisque les organisateurs ont réuni pas moins de 200 000 dollars de primes. Cela en fait l'épreuve la mieux dotée après les 500 Miles d'Indianapolis. Loin de ces considérations, les âmes poétiques contemplent la beauté des collines boisées de la région, et l'extraordinaire variété des couleurs dont se parent en automne les forêts environnantes.

 

Jackie Stewart et Jean-Pierre Beltoise reçoivent la toute dernière évolution du V8 Cosworth (dite de « série 9 ») qui développerait 450 chevaux. La 4x4 de Johnny Servoz-Gavin ne possède ni dérive ni becquet. Son moteur n'a pas été retouché depuis... le GP de Grande-Bretagne ! Du côté de Lotus, Rindt et Hill se refusent toujours à utiliser la 63 4RM, laissant ce soin à Mario Andretti qui ne pouvait manquer son Grand Prix national.

 

Outre les 139 de Surtees et Oliver, BRM engage une 138, cette fois-ci dévolue au jeune espoir canadien George Eaton qui brille en CanAm au volant de sa McLaren-Chevrolet. Chez Ferrari, seule est présente la 312 de Pedro Rodríguez, officiellement alignée par le North American Racing Team. La SEFAC avait pourtant envisagé d'envoyer la nouvelle 312 B pour Chris Amon. Mais Mauro Forghieri et Franco Rocchi ont pour l'instant beaucoup de mal à mettre au point le Flat 12, et de toutes façons Amon a un pied et demi hors de la Scuderia. Enfin, Pete Lovely conduit à nouveau sa Lotus 49B sponsorisée par sa concession Volkswagen.

 

Les qualifications

Les organisateurs ont prévu deux séances d'essais de quatre heures. La journée du vendredi se déroule sous la pluie. C'est une bonne occasion de tester les quatre roues motrices, mais malheureusement celles-ci ne produiront rien de bon. Ainsi Andretti dans la 63 rend six secondes aux Brabham-Ford !

 

La lutte pour la pole position est intense puisque neuf pilotes se tiennent en une seconde. Rindt est le plus rapide et obtient la sixième pole position de sa carrière, trois centièmes seulement devant Hulme. Stewart et Hill occupent la deuxième ligne. Excellente performance pour Siffert, cinquième devant McLaren. Beltoise est septième devant trois Brabham, celles d'Ickx, Courage et « Old Jack ». Ickx s'est fait une belle frayeur lorsqu'il a perdu son aileron arrière à pleine vitesse dans la courbe « Fast Bend ». Il n'a heureusement rien touché.

Les BRM sont comme souvent en retrait (Surtees 11ème, Oliver 14ème) tout comme la Ferrari de Rodríguez (12ème). Le duel des 4RM tourne au profit d'Andretti (13ème) face à Servoz-Gavin (15ème). Suivent Lovely et Moser, auteurs de chronos tout à fait convenables, et enfin Eaton qui rend huit secondes à Rindt mais n'est pas ridicule.

 

Le Grand Prix

La course se déroule sous un soleil magnifique, devant une foule nombreuse et enthousiaste.

 

Mise en grille : Surtees ne parvient pas à démarrer et ses mécaniciens doivent changer en hâte son régulateur de pompe à injection. Siffert met lui aussi beaucoup de temps à mettre les gaz. McLaren doit renoncer à cause d'un piston cassé. En outre, des spectateurs imprudents s'aventurent sur le circuit et la police intervient pour les refouler. Tout ceci retarde le départ d'un bon quart d'heure.

 

Départ : Rindt et Stewart sont les plus prompts à démarrer tandis que Hulme, surpris, gêne quelque peu Hill avant de se faire « avaler » par le peloton. Hill est troisième devant Siffert, Beltoise et Courage. Surtees prend un excellent envol. Moser s'élance en retard car son moteur a chauffé et ses mécaniciens doivent l'asperger d'eau.

 

1er tour : Prenant déjà un peu de marge, Rindt et Stewart mènent devant Hill, Siffert, Beltoise, Courage, Ickx, Surtees, Hulme et Rodríguez. Andretti part en tête-à-queue suite à une touchette avec Brabham. Il se retrouve en queue de peloton, attardé.

 

2e : Brabham double Rodríguez. Hulme stoppe chez McLaren pour une longue intervention puisqu'il s'agit de démonter toute sa commande de boîte. Ce n'est pas le jour des Néo-Zélandais.

 

3e : Rindt et Stewart ont creusé l'écart. Siffert dépasse Hill. Tous deux emmènent un groupe de sept bolides comprenant aussi Beltoise, Courage, Ickx, Surtees et Brabham. Un peu plus loin vient un quatuor formé par Oliver, Rodríguez, Servoz-Gavin et Moser.

 

4e : Siffert s'immobilise sur le circuit à cause d'une panne de son distributeur d'injection. Beltoise et Courage doublent un Hill peu vaillant en ce début d'épreuve. Andretti met pied à terre car son arbre d'entraînement est brisé.

 

6e : Rindt et Stewart ont huit secondes de marge sur leurs poursuivants. Courage efface Beltoise.

 

8e : Ickx dépasse Hill et Brabham se débarrasse d'un Surtees très combatif.

 

9e : Rindt précède Stewart de cent mètres environ. Beltoise se montre dans les rétroviseurs de Courage.

 

10e : Beltoise perd soudainement l'usage de ses quatrième et cinquième vitesses. Il s'arrête à son garage où Ken Tyrrell et Max Rutherford lui demandent de repartir en n'utilisant plus que la troisième et de se limiter à 9500 tours/minutes. Jean-Pierre obtempère.

 

11e : Brabham dépasse Hill qui rencontre des ennuis d'alimentation.

 

12e : Stewart attaque Rindt devant les tribunes et s'empare du commandement de la course. Surtees double Hill, preuve que la Lotus ne fonctionne pas correctement.

 

13e : Stewart est maintenant premier mais Rindt ne le lâche pas d'une semelle. Lovely s'arrête à son stand car il a beaucoup de mal à sélectionner son quatrième rapport.

 

15e : Stewart et Rindt possèdent une quinzaine de secondes d'avance sur un trio composé de Courage, Ickx et Brabham. Surtees a lâché prise. Hill est décroché et se retrouve menacé par Oliver.

 

17e : Les deux leaders prennent un premier tour à Servoz-Gavin. Oliver est dans la roue de Hill, son ancien coéquipier.

 

18e : Servoz-Gavin s'arrête chez Tyrrell car il ressent des vibrations à l'arrière-gauche. Il a beaucoup de chance : la roue n'est plus fixée au châssis que par un seul boulon ! Toutes les autres attaches ont cédé. Le changement de plateau lui fait perdre une dizaine de minutes.

 

19e : Le moteur d'Oliver se met à pétarader atrocement. Le jeune Britannique laisse filer Hill et est dépassé par Rodríguez.

 

20e : Stewart est premier devant Rindt (0.3s.), Courage (16.7s.), Ickx (17.5s.), Brabham (19s.), Surtees (35s.), Hill (39s.), Rodríguez (41s.) et Oliver (42s.). Viennent ensuite, déjà doublés, Moser, Eaton, Beltoise, Lovely et Hulme.

 

21e : Rindt fait l'intérieur à Stewart devant les stands et récupère la première place. Nouvel arrêt de Servoz-Gavin, cette fois-ci à cause de soucis de moteur.

 

22e : Ickx déborde Courage à The Loop. Hulme revient sur le circuit mais il ne peut plus utiliser que son cinquième rapport.

 

24e : Rindt passe à la vitesse supérieure et sème Stewart dont le moteur tire mal. Oliver revient à son stand pour changer les bougies de son V12. Comme celui-ci ne fonctionne pas mieux, le « troisième Jackie » préfère abandonner.

 

25e : Trois secondes séparent désormais Rindt et Stewart.

 

27e : Courage demeure dans la roue d'Ickx mais se trouve à portée de tir de Brabham. Lovely casse un demi-arbre de roue à gauche et quitte son Grand Prix national. Rodríguez s'arrête à son garage pour chausser des pneus Firestone neufs.

 

28e : Pressé par Brabham, Courage attaque Ickx et lui reprend la troisième place.

 

30e : Stewart ne perd plus de temps sur Rindt. Tous deux devancent les trois Brabham d'une vingtaine de seconde.

 

31e : Hill concède un tour à Rindt.

 

32e : Stewart est revenu à une seconde et demie de Rindt.

 

34e : Rindt précède Stewart (1s.), Courage (27s.), Ickx (28s.), Brabham (29s.), Surtees (51s.), Hill (-1t.), Moser (-1t.), Eaton (-1t.), Beltoise (-2t.), Rodríguez (-2t.), Servoz-Gavin (9t.) et Hulme (-10t.).

 

35e : La Matra-Ford de Stewart se met à fumer bleu. Voilà un très mauvais signe pour l'Écossais qui regagne les stands.

 

36e : Stewart stoppe à son garage et abandonne, ses mécaniciens ne pouvant localiser l'origine de la fuite d'huile. Selon Georges Martin, il s'agirait d'un problème au niveau de la pompe à vidange.

 

37e : Rindt est maintenant tranquillement installé en tête avec trente-cinq secondes d'avance sur les trois Brabham.

 

38e : Rindt prend un tour à Surtees.

 

40e : Rindt est en tête devant Courage (39s.), Ickx (40s.), Brabham (41s.), Surtees (-1t.) et Hill (-1t.).

 

42e : Rindt parade au commandement tandis que beaucoup plus loin la bagarre fait rage entre Courage, Ickx et Brabham, trois pilotes qui n'amusent pas le terrain.

 

45e : Rindt devance Courage (43s.), Ickx (44s.) et Brabham (46s.).

 

47e : Avec ses pneus Firestone neufs, Rodríguez est lancé dans une très belle remontée et menace Beltoise dont la boîte de vitesses est toujours bloquée en troisième.

 

50e : Nous approchons de la mi-course. Rindt précède Courage (45s.), Ickx (46s.), Brabham (47s.), Surtees (-1t.), Hill (-1t.), Moser (-2t.), Eaton (-2t.), Beltoise (-3t.) et Rodríguez (-3t.)

 

52e : Courage, Ickx et Brabham sont toujours roues dans roues. Le poulain de Frank Williams oppose une superbe résistance aux deux Brabham officielles.

 

54e : Rodríguez prend la neuvième place à Beltoise.

 

55e : Rindt totalise une cinquantaine de secondes de marge sur le trio des Brabham.

 

57e : Ickx ne parvient pas à dépasser Courage. Brabham commence à s'impatienter et montre le poing à son jeune équipier qui, toujours farouche, refuse de lui céder le passage.

 

58e : Rodríguez dépasse Eaton.

 

60e : Moser fait une halte à son stand à cause de la rupture du couple arrière-droit de son châssis. Une canalisation d'huile frotte au sol et doit être refixée... avec des fils de fer.

 

61e : Surtees et Hill rendent un second tour à Rindt. Brabham tente de déborde Ickx, sans succès. Cela permet Courage de souffler quelques instants.

 

63e : Brabham parvient enfin à doubler Ickx et se lance aux trousses de Courage.

 

65e : Rindt est leader devant Courage (48s.), Brabham (49s.), Ickx (50s.), Surtees (-2t.), Hill (-2t.), Rodríguez (-3t.), Eaton (-3t.), Beltoise (-3t.), Moser (-8t.), Servoz-Gavin (-11t.) et Hulme (-13t.).

 

67e : Hulme roulait plus vite que tout le monde, à l'exception de Rindt, mais ses problèmes de boîte de vitesses recommencent et il préfère renoncer.

 

69e : Rindt obtient le meilleur chrono de l'après-midi : 1'04''34'''.

 

70e : Brabham bute à son tour sur Courage pendant qu'Ickx observe cette bagarre, non sans s'amuser de l'échec de son patron.

 

72e : Rindt roule avec une cinquantaine de secondes de marge sur le trio des Brabham.

 

74e : Courage et Brabham sèment Ickx. Beltoise s'arrête à nouveau au stand Tyrrell. Son moteur est couvert d'huile, et Jean-Pierre n'a plus qu'à retirer son casque.

 

75e : En route vers son premier succès, Rindt devance Courage (51s.), Brabham (52s.), Ickx (54s.), Surtees (-2t.) et Hill (-2t.).

 

78e : La BRM d'Eaton tombe en panne de moteur dans la ligne droite qui ramène aux tribunes. Au même instant, le moteur d'Ickx serre juste devant les stands. Le Bruxellois s'immobilise en roue libre.

 

80e : Rindt est premier devant Courage (50s.), Brabham (51s.), Surtees (-2t.), Hill (-2t.), Rodríguez (-4t.), Moser (-9t.) et Servoz-Gavin (-12t.).

 

83e : La course se déroule sans heurt pour Rindt qui ménage sa monture. A trois tours, Hill mène une course en solitaire mais est toujours en proie à des soucis d'injection.

 

85e : A vingt-trois tours du but, le classement est le suivant : Premier Rindt devant Courage (49s.), Brabham (50s.), Surtees et Hill à deux tours, Rodríguez à cinq tours.

 

87e : Brabham est toujours dans le roue de Courage, cependant son moteur désamorce par instant. Il y a encore de l'essence dans son réservoir, mais la pompe ne fonctionne pas correctement.

 

88e : Brabham tente de déborder Courage dans les Esses et de l'intimider en lui adressant un poing menaçant. Le jeune Piers ne bronche pas.

 

89e : Nouvel assaut de Brabham aux Esses, nouvel échec. Son agressivité et la ténacité de Courage n'augurent rien de bon pour la fin de l'épreuve.

 

92e : Hill exécute un tête-à-queue dans The Loop. La Lotus s'arrête dans le gazon. Hill quitte son habitacle, inspecte ses pneumatiques et repart en poussant son bolide... et sans boucler son harnais. Lorsqu'il repasse devant les stands, il désigne son pneu arrière-gauche qui paraît se dégonfler. On prépare une roue de rechange dans le stand Lotus.

 

93e : Dans la ligne droite qui ramène vers les stands, la Lotus de Hill dévie soudainement de son cap à 240 km/h. Elle escalade la bordure en terre, décolle et effectue plusieurs effrayants loopings au cours desquels le pilote est éjecté. Elle finit par se désintégrer à quelques mètres de deux jeunes spectateurs qui heureusement ne seront pas blessés. Les commissaires se précipitent pour porter secours au champion qui gît dans la poussière. L'accident a probablement été provoqué par la crevaison du pneu arrière-gauche qu'Hill désignait à son écurie au tour précédent.

 

94e : Le moteur de Brabham ne reçoit plus d'essence : l'Australien doit s'arrêter à son stand et fait remettre du carburant dans ses réservoirs.

 

95e : Les haut-parleurs du circuit annoncent que Graham Hill a été victime d'un accident et est grièvement blessé. Souffrant de nombreuses fractures, le malheureux pilote est placé sur une civière. Un véhicule médical stationne non loin de là.

 

96e : Brabham repart des stands avec deux tours de retard en quatrième position.

 

97e : Rindt a aperçu la voiture disloquée de son équipier en bordure de piste. Personne ne connaît l'état de santé de Hill, ce qui trouble évidemment les derniers pilotes encore en lice.

 

100e : Hill a été évacué en ambulance vers l'hôpital le plus proche. Colin Chapman, son bras-droit Dick Scammel, Bette Hill et Gérard Crombac tentent d'aller aux nouvelles.

 

102e : Rindt est en tête devant Courage (46s.), Surtees (-2t.), Brabham (-2t.), Rodríguez (-6t.), Moser (-10t.) et Servoz-Gavin (-14t.).

 

104e : Brabham est reparti le couteau entre les dents, mais malheureusement pour lui il est trop loin de Surtees pour le menacer.

 

106e : Rindt compte quarante-sept secondes d'avance sur Courage, dernier pilote à courir dans la même boucle que lui.

 

108ème et dernier tour : Jochen Rindt remporte sa première victoire en Formule 1 pour son cinquantième Grand Prix. Courage termine second après une course tout à fait remarquable. Surtees offre à BRM son premier podium de la saison, tandis que le malchanceux Brabham se satisfait de la quatrième place. Rodríguez amène deux points supplémentaires à Ferrari. Moser termine à dix tours de Rindt mais inscrit tout de même le point de la sixième place. Servoz-Gavin a rencontré tellement de problèmes mécaniques qu'il n'est pas classé.

 

Après la course

L'équipe Lotus ne peut fêter comme il se doit ce premier succès de Jochen Rindt à cause de l'accident de Graham Hill. Inquiet quant au sort de son équipier, le jeune pilote autrichien n'affiche sur le podium qu'un sourire de façade. Néanmoins, c'est un grand jour pour lui car il décroche enfin cette victoire tant attendue, qui plus est après un brillant effort. Mais, toujours caustique, il se souvient surtout des occasions qu'il a manquées à cause de la piètre fiabilité des Lotus : « Il est exact que la voiture a tenu... pour une fois. Cela ne fait que compenser toutes les victoires que j'ai perdues jusqu'ici. »

 

Le « roi de la Formule 2 » peut envisager de détrôner le nouveau souverain de la F1, Jackie Stewart. Du reste, et bien qu'il ait été contraint à l'abandon, l'Écossais est très heureux de la réussite de son ami, qu'il tient en haute estime : « Si quelqu'un méritait bien de gagner un Grand Prix, c'était bien Rindt. [...] Il est certainement le pilote le plus doué que j'aie jamais rencontré sur un circuit. Il est sûr, rapide, bon stratège. » Déjà, les experts prédisent un duel Rindt – Stewart pour le championnat 1970.

 

Cependant, le titre d'« Homme de la course » est remis à Piers Courage en récompense de sa sensationnelle seconde place. Ce jeune homme émotif, nerveux, angoissé en avion, fait montre d'un fameux sang-froid derrière un volant et s'affirme comme un des futurs champions de demain.

 

Deux jambes cassées pour Graham Hill

Graham Hill a été relevé à une vingtaine de mètres de sa voiture, grièvement blessé. Il a été projeté hors de sa Lotus tel un pantin désarticulé. Il est transporté d'urgence vers un hôpital new-yorkais. Par chance, il s'avère qu'aucun de ses organes vitaux n'a été touché. Malheureusement, il souffre aussi de multiples fractures aux deux jambes. Sa saison est terminée et il ne pourra pas être sur pied avant de longs mois.

 

En outre, Hill vient de fêter ses quarante ans, et bon nombre de journalistes se demandent si après un pareil accident il serait raisonnable qu'il persiste à s'aligner en compétition. Hill a (presque) tout gagné durant sa longue carrière, est riche à millions, est marié, a un fils de neuf ans, Damon, et surtout a vu se tuer bon nombre de ses collègues. Mais il n'envisage pas la retraite et ne songe déjà qu'à entamer sa rééducation. Le moral est bon, et Graham ne se départ pas de son légendaire sens de l'humour. Lorsqu'un médecin lui demande s'il a un message à faire passer à son épouse Bette, il répond : « Dites-lui que je ne pourrais pas danser pendant deux semaines ! »

Tony