Jackie STEWART
 J.STEWART
Matra Ford Cosworth
Jacky ICKX
 J.ICKX
Brabham Ford Cosworth
Bruce McLAREN
 B.McLAREN
McLaren Ford Cosworth

180e Grand Prix

XXXI Grosser Preis von Deutschland
Ensoleillé
3 août 1969 - Nürburgring
14 tours x 22.835 km - 319.690 km
Affiche
F1

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur

Pilotes et écuries arrivent dans l' « Enfer vert » du Nürburgring, un tracé qui est de plus en plus contesté, à l'instar de celui de Spa-Francorchamps. Les vingt-deux kilomètres de piste serpentant dans l'Eifel ne sont en effet protégés par aucune glissière, aucune botte de paille. Au moindre incident, le pilote se retrouve projeté dans le décor... et dans les mains de la Providence. Jackie Stewart et plusieurs autres concurrents ne souhaitent plus courir ici sans l'ajout de protections, mais ils ne peuvent imposer un boycott. L'Automobile Club d'Allemagne promet des améliorations pour 1970.

 

Après avoir remporté tous les Grands Prix disputés depuis le début de l'année sauf un, Jackie Stewart est presque assuré de devenir champion du monde. Il peut décrocher la couronne dès cette épreuve, à condition de l'emporter et que son actuel dauphin Bruce McLaren n'inscrive pas plus d'un point, ce qui est envisageable.

 

Formules 1

La Scuderia Ferrari fait l'impasse sur ce Grand Prix d'Allemagne afin de mieux préparer le Grand Prix d'Italie du mois de septembre. Les résultats pitoyables des vieilles 312 rendent nécessaire une pause, d'autant plus que Mauro Forghieri travaille sur la conception d'un Flat 12 qui pourrait apparaître dès Monza. En outre, il est possible que Chris Amon ne soit plus de l'aventure lors de la prochaine épreuve. Le jeune Néo-Zélandais est très déçu de sa collaboration avec la firme de Maranello et désire changer d'air.

 

Après ses déboires de Silverstone, Colin Chapman retrouve le sourire puisque Mario Andretti est enfin de retour dans son équipe. Il lui confie la 63 à quatre roues motrices qui était jusqu'alors dévolue à John Miles. Andretti va moyennement apprécier ce « cadeau », d'autant plus qu'il découvre cet immense tracé du Nürburgring. De leurs côtés, Jochen Rindt et Graham Hill se satisfont très bien de leurs 49B. Joakim Bonnier récupère la 49 qu'il avait prêtée à Hill en Grande-Bretagne.

 

Bruce McLaren est plus raisonnable que Colin Chapman, et la 4x4 apparue à Silverstone n'est pas présente sur ce circuit bosselé. A souligner enfin que la Brabham de Piers Courage possède maintenant une aile arrière à la place d'un capot/déflecteur.

 

Formules 2

Comme il est d'usage, le maigre plateau du Grand Prix d'Allemagne est complété par des Formules 2. L'écurie Tecno engage une TF69 confiée à François Cevert, 25 ans, jeune espoir français qui fait tourner les têtes de ces dames mais possède aussi un sacré coup de volant. Il s'est ainsi distingué en remportant fin juin le Grand Prix de Reims de F2 au finish devant Jackie Stewart lui-même. L'Écossais en a été épaté. En outre, soutenu par Elf, il est récemment devenu le beau-frère de Jean-Pierre Beltoise qui a épousé sa sœur Jacqueline.

 

L'équipe de Roy Winkelmann amène deux Lotus 59 confiées à des pilotes allemands : le vétéran Hans Hermann et le jeune Rolf Stommelen, tous deux membres de l'écurie Porsche dans le championnat du monde des marques. Frank Williams présente une Brabham BT30 donnée à Dick Attwood. Kurt Ahrens conduit le même modèle pour son compte. Une troisième BT30 est inscrite par le pilote-constructeur Peter Westbury pour sa propre marque, Felday Engineering. L'écurie suisse Squadra Tartaruga participe avec une Brabham BT23C dépourvue d'aileron. Elle est conduite par Xavier Perrot, un Zurichois présent en F2 et surtout en courses de côte.

Deux Matra MS7 sont également présentes. La première, engagée par le constructeur français, est confiée à Henri Pescarolo qui se remet tout juste d'un très grave accident survenu en avril lors des essais des 24 heures du Mans. La seconde appartient à Ken Tyrrell et sera pilotée par Johnny Servoz-Gavin. BMW amène trois 269 conduites par Hubert Hahne, actuel leader du championnat d'Europe de F2, Gerhard Mitter et l'Autrichien Dieter Quester, champion d'Europe de voitures de sport en 1968 sur BMW 2002.

 

En F2 Dunlop est le plus largement représenté en équipant les Matra, les BMW, la Tecno de Cevert et les Brabham d'Attwood et d'Ahrens. Firestone fournit Hermann, Stommelen, Westbury et Perrot.

 

Mort de Gerhard Mitter

Ces essais sont hélas tragiquement endeuillés par l'accident de Gerhard Mitter. Le vendredi après-midi, le pilote allemand est en piste au volant de sa BMW lorsque, pour une raison inconnue, celle-ci échappe brusquement à sa maîtrise dans la courbe de Schwedenkreuz. Elle fonce tout droit dans les champs avant de s'écraser contre une clôture. Lorsque les commissaires viennent au secours de Mitter, celui-ci est déjà mort, la nuque brisée par la base de son casque. La CSI délègue une enquête technique pour déterminer les causes de ce drame. Il semblerait sans certitude qu'une roue se soit détachée de la BMW.

 

Âgé de 33 ans, Gerhard Mitter n'avait fait que des apparitions sporadiques en Formule 1. Il a surtout brillé en course de côte et était le triple tenant du titre du championnat d'Europe de la montagne. Pilier de l'équipe Porsche, Mitter a récolté aussi de nombreuses places d'honneur en voitures de sport. En hommage à leur camarade décédé, Dieter Quester et Hubert Hahne retirent leurs engagements. Il n'y aura pas de BMW au départ du Grand Prix d'Allemagne. Très affecté par le décès de son camarade d'écurie chez Porsche, Hans Hermann déclare également forfait.

 

Les qualifications

Sur ce circuit qu'il affectionne particulièrement, Ickx est intraitable. Le jeune Bruxellois réalise la pole position en 7'42''1''', et améliore de vingt-deux secondes la pole réalisée par Clark deux ans auparavant. Seul Stewart est capable de le suivre mais échoue pour trois dixièmes seulement. Rindt complète la première ligne mais concède six secondes à Ickx. Siffert obtient une très belle quatrième avec sa Lotus privée, malgré une sortie de route due à un bris de suspension. Les McLaren de Hulme (5ème) et de Bruce (8ème) tiennent bien leur rang. Toutefois le réel exploit est à mettre à l'actif d'Elford, brillant sixième au volant de sa M7 privée. Autre belle performance, celle de Courage, septième avec la Brabham de l'équipe Williams. La quatrième ligne est celle des déçus : Hill (9ème) a peiné à mettre au point sa 49 tandis que Beltoise (10ème) souffre d'une forte grippe. Andretti (11ème) a réalisé de bons chronos au volant de quatre roues motrices avant de sortir de la piste.

Le désastre est complet chez BRM : la 139 de Surtees est victime d'une série de bris de suspensions. Les mécaniciens s'aperçoivent que le châssis est tout simplement cassé et « Big John » quitte le circuit écœuré... Très prudent, Oliver (12ème) devance tout juste les F2. Bonnier clôt le peloton des Formules 1 au volant sa Lotus personnelle. Son chrono est à peine inférieur à celui de Perrot, le dernier des pilotes de F2...

 

En Formule 2, les Matra-Ford font la loi. Servoz-Gavin signe le meilleur temps tandis que Pescarolo se classe troisième. Cevert s'intercale entre eux pour compléter un trio français. Suivent Westbury, Ahrens, Attwood, Stommelen et le pauvre Perrot dont la voiture dépourvue d'aileron se traîne piteusement.

 

Le Grand Prix

Défiant les prévisions météorologiques, un soleil radieux inonde l'Eifel en ce dimanche d'août. Lors de l'entraînement, Rindt se plaint d'un manque de puissance de son moteur, ce qui oblige ses mécaniciens à changer en hâte le système électrique du V8 Cosworth. Le problème ne sera pas pour autant résolu.

 

Départ : Comme souvent, Ickx manque son envol et se retrouve noyé dans le peloton. Il est neuvième au premier virage. Stewart part le mieux devant Siffert et Rindt. Hill se faufile entre Elford et Courage. En F2, Cevert démarre mieux que Pescarolo tandis que Westbury s'élance avec un net retard.

 

1er tour : Stewart creuse l'écart en tête. Ickx déborde Andretti dans la descente d'Hatzenbach. Quelques kilomètres plus loin, dans les enfilades qui précèdent le Karussel, Andretti perd le contrôle de sa Lotus qui se fracasse contre un poteau, arrachant deux roues. Les débris jonchent le sol et Elford ne peut éviter une roue folle. Déséquilibrée, la McLaren quitte la piste et atterrit sur le toit dans un fossé. Sorti indemne de sa monoplace, Andretti se précipite au secours d'Elford. Pendant ce temps-là, Ickx double successivement McLaren, Hill et Hulme. Servoz-Gavin et Pescarolo doublent Cevert.

Au premier passage, Stewart compte huit secondes d'avance sur trio composé de Siffert, Rindt et Ickx. Suivent Hulme, Hill et McLaren, puis Beltoise et Courage. Oliver est dixième devant Servoz-Gavin, Pescarolo et Cevert.

 

2e : Courage dérape après le pont d'Adenau. La Brabham arrache sa roue arrière-gauche contre une haie, puis tournoie au milieu de la route avant d'achever sa course dans un fossé. Courage se tire sans mal de cet accident. Ickx dépasse Rindt. Pendant ce temps-là, Andretti et quelques commissaires sont parvenus à extraire Elford de son épave. L'Anglais souffre d'un bras et va être évacué en ambulance. En fin de tour, Stewart possède neuf secondes d'avance sur Siffert, rattrapé par Ickx.

 

3e : Ickx déborde Siffert au freinage de la courbe sud. Le pilote belge se lance ensuite à la poursuite de Stewart. En fin de tour, seulement quatre secondes les séparent. Bonnier a cédé la lanterne rouge à Perrot.

 

4e : Ickx revient sur les talons de Stewart qui rencontre des problèmes avec sa boîte de vitesses. Suivent Siffert (26s.), Rindt (41s.), Hulme (46s.), Hill (47s.), McLaren (48s.) et Beltoise (56s). Bonnier s'arrête à son garage.

 

5e : Ickx tente de doubler Stewart au virage sud, sans succès. Rindt est handicapé par des ennuis d'allumage. Hill déborde Hulme.

 

6e : Stewart et Ickx sont roues dans roues. Rindt doit laisser passer Hill, Hulme et McLaren, et voit Beltoise le rattraper. Hulme repasse devant Hill. Cevert s'arrête au Karussel, en panne de moteur. Le jeune Français parvient à repartir après une minute d'immobilisation, mais il a entretemps laissé filer les Matra de Servoz-Gavin et de Pescarolo. Bonnier abandonne car son réservoir a été crevé par une pierre.

 

7e : Ickx déborde Stewart par l'intérieur sur la ligne de chronométrage et s'impose au virage sud. Le voici en tête. Il réalise ensuite le meilleur tour de la course : 7'43''8'''. McLaren dépasse Hill qui a perdu l'usage de son quatrième rapport. Beltoise se débarrasse de Rindt. Servoz-Gavin stoppe sa Matra après le Karussel : une durite a lâché et le Grenoblois n'a plus de pression d'huile. Pescarolo prend la tête des F2.

 

8e : Ickx mène devant Stewart (2s.), Siffert (1m. 09s.), Hulme (1m. 40s.), McLaren (1m. 41s.), Hill (1m. 49s.), Beltoise (1m. 55s.) et Rindt (2m. 24s.). Oliver devance de peu les Formules 2. Dans cette catégorie, Pescarolo précède Attwood, Ahrens et Stommelen. Cevert tente de rattraper ceux-ci tandis que Westbury et Perrot sont très attardés.

 

9e : Ickx compte maintenant cinq secondes de marge sur Stewart. Beltoise a doublé Rindt qui entre ensuite aux stands pour faire examiner son allumage. Les mécaniciens ne peuvent rien faire et l'Autrichien reprend la piste derrière la BRM d'Oliver.

 

10e : L'intervalle entre Ickx et Stewart passe à treize secondes. L'Écossais a de plus en plus de mal à sélectionner ses vitesses. Siffert concède une minute et demie au leader. Beltoise prend l'avantage sur Hill. Rindt décide d'abandonner plutôt que de casser son moteur. Cevert abandonne sa Tecno sur le circuit. Il ne peut plus trouver ses rapports car son couple conique s'est brisé.

 

11e : Stewart n'a plus l'usage que de ses troisième et cinquième rapports. Il rend 19 secondes à Ickx. Hulme regagne les stands au ralenti avec une boite de vitesses bloquée. Il est rejoint par Oliver qui jette l'éponge également, carter crevé.

 

12e : Beltoise ralentit fortement et se fait doubler par Hill. Le Français rejoint les stands et ses mécaniciens s'aperçoivent que sa rotule de suspension avant-gauche est brisée. C'est l'abandon. Stommelen est très rapide grâce à ses pneus Goodyear et double successivement Attwood puis Ahrens.

 

13e : Trente-quatre secondes séparent Ickx et Stewart. Au Karussel, Siffert est victime d'une rupture de suspension avant-gauche, comme la veille. La Lotus effectue une série de tête-à-queue avant de s'arrêter sur le bas-côté, sans trop de dommages. McLaren récupère la troisième place devant Hill. Stommelen tente de rattraper Pescarolo qui limite son régime pour préserver du carburant.

 

14ème et dernier tour : Un début d'incendie se déclare sur la Brabham de Stommelen, contraint de ralentir. Il est dépassé par Ahrens et Attwood, en bagarre pour la seconde place en F2. C'est l'Anglais qui finira par s'imposer.

 

Jacky Ickx remporte sa seconde victoire en Formule 1. Stewart termine deuxième malgré une boîte de vitesses passablement endommagée. McLaren monte sur la troisième marche du podium et Hill finit quatrième. Cinquième, Pescarolo remporte la course des Formules 2 devant Attwood, Ahrens, Stommelen, Westbury et Perrot. Classés malgré leurs abandons, Siffert et Beltoise inscrivent les derniers points.

 

Stommelen franchit la ligne d'arrivée avec un moteur en flammes. Le jeune Allemand ne perd pas son sang-froid : il s'arrête calmement le long des rails, déboucle son harnais et laisse les commissaires éteindre le braiser avec leurs extincteurs.

 

Après la course

Jacky Ickx donne à l'équipe Brabham sa première victoire depuis près de deux ans. Présent sur l'autodrome, « Black Jack » embrasse chaleureusement son jeune équipier, une effusion rare chez lui. Ickx remporte sur le Nürburgring une victoire très prestigieuse qui complète admirablement son précédent succès aux 24 heures du Mans. 1969 est une année faste pour lui. Toutefois, il a aussi bénéficié de la supériorité de ses pneus Goodyear, beaucoup plus performants que les Firestone et les Dunlop sur le bitume gras du Ring. En outre, du fait de la blessure de Jack Brabham, la BT24 est maintenant entièrement réglée à sa convenance par les hommes de Ron Dennis, ce qui lui permet de tirer le maximum de profit de cette voiture bien équilibrée et très rapide en ligne droite.

 

Après son accident, Vic Elford finit son dimanche à l'hôpital avec une fracture de la clavicule et un bras cassé. Le Britannique aurait pu s'en tirer plus mal ; il a eu beaucoup de chance que sa monoplace retournée ne se soit pas enflammée. Les accidents d'Elford et de Mitter renforcent la position des partisans de la sécurité. Il devient impensable de courir au Nürburgring tant que de profonds aménagements n'auront pas été effectués.

 

Faute de victoire, Stewart ne s'est pas assuré du titre mondial, mais ce n'est plus qu'une question de temps. Avec 51 points, il devance très nettement Ickx (22 pts), McLaren (21 pts) et Hill (19 pts). Il ne lui reste plus qu'à rajouter trois unités dans son escarcelle en Italie pour recevoir la couronne. En ce qui concerne la coupe des constructeurs, Matra-Ford peut aussi se mettre à l'abri dès la prochaine épreuve puisqu'elle possède vingt-trois points d'avance sur Lotus et Brabham, désormais ex æquo. McLaren est maintenant quatrième.

Tony