Le dernier Grand Prix de la saison se déroule sur ce nouveau circuit de Las Vegas. Ce tracé très sinueux et sans grand intérêt se situe sur l'immense parking de l'hôtel-casino Caesars Palace. Surtout les pilotes tournent dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, d'où une grande sollicitation des muscles du cou.
Avant cette dernière manche, trois pilotes peuvent prétendre au titre mondial. Reutemann est en tête avec 49 points, mais compte seulement une unité d'avance sur Nelson Piquet, 48 points. Vainqueur au Canada, Jacques Laffite, avec 43 points, a de faibles chances de sacre et doit presque impérativement gagner. A priori Reutemann, qui bénéficie d'une excellente machine, serait le favori mais l'Argentin est en froid avec son équipe, au sein de laquelle il se sent esseulé au profit d'Alan Jones. L'Australien, qui va prendre sa retraite à l'issue de cette course, ne cache pas le peu d'estime que lui inspire son équipier et semble guère disposer à lui porter secours. En revanche Nelson Piquet est entièrement soutenu par son patron Bernie Ecclestone et bénéficie donc d'un climat moral plus favorable.
Malgré tout, les qualifications donnent un premier avantage à Reutemann qui obtient la pole position devant Jones. Gilles Villeneuve est troisième devant Piquet. Suivent Prost, Watson, Tambay et Giacomelli. Laffite n'est que douzième et semble avoir déjà obérer ses dernières chances de titres. Parmi les non-qualifiés on retrouve de nouveau Jacques Villeneuve sur la seconde Arrows, Borgudd, Daly, Serra, Gabbiani et Henton. Derek Warwick parvient à se qualifier pour la première fois avec la Toleman et fera donc sa première apparition en course.
A noter que le directeur de course n'est autre que l'acteur et pilote américain Paul Newman.
Le dimanche, peu avant la course, Carlos Reutemann apparait très nerveux. Sa Williams ne lui a pas donné satisfaction lors du warm-up et il demande à ses mécaniciens de vérifier ses suspensions. Aucune anomalie n'est découverte, mais l'Argentin reste très circonspect, d'autant plus que tout semble aller pour le mieux pour son équipier Jones.
L'épreuve se déroule sous un grand soleil et une chaleur de plomb recouvre le circuit.
Grille de départ: Troisième, Villeneuve se place très en décalage par rapport à son emplacement, ce qui va lui être reproché.
Départ: Reutemann s'élance mal et se fait immédiatement passer par Jones et Villeneuve. Jones conserve l'avantage sur le Canadien au premier freinage. Derrière Reutemann se fait aussi passer par Prost. Piquet est lui aussi mal parti et se retrouve septième.
1er: Jones s'envole en tête. Reutemann se fait surprendre par Giacomelli. Plus loin Laffite réalise un superbe début de course, et après avoir déposé Piquet, pointe au septième rang. Le classement est: Jones, Villeneuve, Prost, Giacomelli, Reutemann, Watson, Laffite, Piquet, Mansell, Tambay. Jarier est le premier pilote à abandonner, sur une panne de transmission.
2e: Prost attaque Villeneuve, sans résultat. Décidément bien lent, Reutemann se fait passer par Watson et se retrouve sous la menace de Laffite. De Angelis rentre aux stands pour abandonner, sa Lotus subissant une fuite d'eau.
3e: Prost passe Villeneuve et s'empare de la deuxième place. Le Québécois se retrouve sous la menace de Giacomelli. Laffite passe Reutemann. Le pilote français est désormais le seul prétendant au titre à se trouver dans la zone des points.
Grosse sortie de route de Tambay qui percute de face un mur de pneus. L'avant de la Ligier est complétement détruit, et son pilote en sort en boitillant de la jambe gauche. Fort heureusement Tambay n'est pas blessé.
4e: Jones compte six secondes d'avance sur Prost. Laffite dépasse Watson. Au vu de sa rapidité, le pilote français apparaît alors comme le nouveau favori pour le titre, Reutemann et Piquet étant hors des points.
7e: Deux groupes se forment derrière Jones et Prost: le premier composé de Villeneuve, Giacomelli, Laffite et Watson, le second de Reutemann, Piquet et Andretti.
11e: Seulement dixième, Arnoux revient à son garage et abandonne, suite à une panne électrique sur la Renault. C'est également la fin de la course pour Cheever dont le moteur est à bout de souffle.
12e: Jones mène devant Prost (8s.), Villeneuve (21.3s.), Giacomelli (21.9s.), Laffite (22.7s.) et Watson (23.3s.). Suivent Reutemann, Piquet, Andretti et Mansell.
15e: Les deux groupes précités font leur jonction. Giacomelli attaque Villeneuve et Piquet attaque Reutemann.
16e: Piquet attaque de nouveau Reutemann, sans succès.
18e: Dans une audacieuse manœuvre, Piquet prend la septième place à Reutemann dans le dernier virage.
La situation au championnat est pour l'instant la suivante: Reutemann: 49, Piquet: 48, Laffite: 45.
19e: Dans la foulée de Piquet, Andretti déborde à son tour Reutemann. L'Argentin semble en grandes difficultés avec sa Williams.
20e: Très rapide, Piquet revient en trombe sur Watson. Surer regagne son stand pour abandonner, suspension cassée.
21e: Rebaque part en tête-à-queue et se retrouve coincé dans les graviers. Le Mexicain abandonne pour son dernier Grand Prix chez Brabham. On ne le reverra plus en Formule 1.
22e: Grâce à sa grosse cylindrée qui compense un châssis médiocre, la Ferrari de Villeneuve contient toujours un groupe qui va de Giacomelli à Watson. Ce dernier s'est fait dépasser par Piquet qui entre ainsi dans les points. Par conséquent, le Brésilien est virtuellement champion du monde, au nombre de victoires: Piquet: 49, Reutemann: 49, Laffite: 45.
23e: Laffite attaque Giacomelli par l'intérieur du premier virage et le passe. Le Français est quatrième, puis troisième: Gilles Villeneuve s'arrête dans les graviers, victime d'un souci d'injection. De toute façon, le Canadien était sous la menace d'un drapeau noir pour sa mauvaise position sur la grille, et sera disqualifié après la course. Derrière, Andretti sonne la charge et passe dans ce même tour Watson, mais surtout Piquet qui ne peut rien face à l'Alfa Romeo.
24e: La situation est désormais favorable à Laffite, troisième. Le classement virtuel est le suivant: Piquet: 49, Reutemann: 49, Laffite: 47.
26e: Devant Piquet, les deux Alfa se battent pour la quatrième place. Sur la ligne de départ, Giacomelli tente de tasser Andretti qui plonge à l'intérieur, mais l'Italien ferme la porte. Piquet tente d'en profiter pour repasser Andretti, sans résultat. Tout ce beau monde est relégué à plus de quarante seconde de Jones, tranquille leader.
27e: Giacomelli commet une erreur et sort de la piste. Il parvient à repartir péniblement, avec l'aide des commissaires, en dixième position. De Cesaris est bloqué au stand McLaren à cause d'un souci technique. Il repartira au bout de plusieurs minutes.
29e: Watson est le premier pilote de tête à s'arrêter à son stand pour changer de pneus. Il ressort dixième. Du coup Reutemann entre dans les points, et la situation au championnat est la suivante: Piquet: 50, Reutemann: 50, Laffite: 47.
30e: Andretti est victime d'une rupture de suspension à l'arrière-droite. Sa roue brinquebalant, le vétéran américain n'a pas d'autre choix que de s'arrêter sur le bas-côté. Piquet: 51, Reutemann: 51, Laffite: 47.
31e: Jones mène devant Prost (20.8s.), Laffite (40s.), Piquet (47.7s.), Reutemann (58.9s.) et Mansell (59.1s.). Suivent Giacomelli, Patrese, Alboreto et Watson.
32e: Mansell déborde Reutemann et se retrouve cinquième.
33e: Arrêt au stand de Prost. Le pilote Renault se retrouve sixième, derrière Reutemann.
35e: Reutemann se fait « déposer » par Prost, plus rapide en pneus neufs. Le classement virtuel est désormais le suivant: Piquet: 52, Reutemann: 50, Laffite: 49.
36e: Prost passe Mansell sans difficulté.
39e: Jones mène toujours devant Laffite (43s.), Piquet (55s.), Prost (1m. 02.7s.), Mansell (1m. 08.2s.) et Reutemann (1m. 11.1s.). Piquet semble donc se diriger vers le titre. Second, Laffite pourrait se contenter de cette place pour être sacré, mais il faudrait pour cela que le pilote Brabham soit rejeté hors des points. Quant à Reutemann, vu les difficultés de sa machine, il ne peut que se contenter de finir et croiser les doigts.
42e: Très rapide, Prost revient sur Piquet. En retardant son changement de pneus, Laffite perd du temps sur le pilote Renault dans la lutte pour la seconde place.
45e: Abandon de Warwick, victime d'un souci sur sa boîte de vitesses.
46e: Prost déborde Piquet qui n'a guère cherché à résister, tant la Renault est plus véloce que sa Brabham. Dans le même temps Giacomelli prend la sixième place à Reutemann.
48e: Prost passe Laffite qui est désormais en grandes difficultés avec ses pneus. Le classement virtuel est désormais le suivant: Piquet: 51, Reutemann: 49, Laffite: 47.
49e: Malgré une course totalement anonyme sur une Ferrari très rétive, Pironi, seulement douzième, signe le meilleur tour en 1'20''156'''.
50e: Jones prend un tour à son équipier Reutemann. Piquet passe Laffite et se retrouve troisième.
51e: Mansell revient sur Laffite désormais très lent. Le Britannique réussit un dépassement osé par l'extérieur dans un virage serré.
52e: Irrésistible, Mansell prend la troisième place à Piquet. De son côté Laffite entre enfin au stand Talbot pour changer de pneus. Il revient en piste au huitième rang et ainsi a définitivement perdu ses chances de titre. Piquet: 51, Reutemann: 50, Laffite: 43.
54e: Plus rapide encore que Mansell, surgit Giacomelli qui revient derrière Piquet. La Brabham du Brésilien produit des vibrations inquiétantes, et son pilote ne résiste pas lorsqu'il est attaqué par l'Alfa. Piquet et Reutemann sont désormais à égalité, cinquante points chacun, et le pilote Brabham ne l'emporterait qu'au nombre de victoires.
58e: Giacomelli revient sur Mansell, le double et prend ainsi la troisième place.
59e: Watson prend la sixième position à Reutemann et rend ainsi indirectement un grand service à Piquet, qui compte maintenant un point provisoire d'avance sur l'Argentin.
65e: La fin de la course de Nelson Piquet est extrêmement pénible. De frêle constitution, le Brésilien souffre de la fournaise et est exténué. Son pilotage, très haché, s'en ressent.
69e: Désormais très rapide, Laffite passe Reutemann et remonte sur Watson. Abandon d'Alboreto, moteur cassé.
73e: Au bord de l'évanouissement, Piquet conduit plus qu'il ne pilote sa Brabham. Watson et Laffite reviennent en trombe derrière lui et son titre mondial est menacé.
75ème et dernier tour: Alan Jones franchit la ligne d'arrivée en vainqueur, devant Prost, Giacomelli et Mansell. Piquet conserve la cinquième place. Dans le dernier virage, Laffite tente une attaque désespérée sur Watson et parvient à lui subtiliser le dernier point. Reutemann termine son cauchemardesque Grand Prix au huitième rang. Suivent Pironi, Rosberg, Patrese et de Cesaris. Salazar finit non classé suite à de nombreux soucis techniques.
Nelson Piquet décroche donc pour un point seulement son premier titre de champion du monde. Lorsqu'il revient dans les stands, il est dans un état lamentable: au bord de l'évanouissement, il a vomi dans son casque. Il est tiré avec difficulté de sa voiture et reprend peu à peu ses esprits. Il pourra apparaître sur le podium aux côtés de son ancien rival Alan Jones, vainqueur pour son dernier Grand Prix et visiblement ravi de l'échec de son équipier.
En effet, l'équipe Williams célèbre sans vergogne la victoire de Jones et est indifférente à l'échec de Reutemann. Furieux, l'Argentin accuse de nouveau ses mauvaises suspensions et sa boîte de vitesses. Il est vrai que l'écart de performances entre les deux Williams lors de cette course fut impressionnante. Mais Patrick Head balaie les critiques de Reutemann d'un revers de main: aucun problème n'affectait la Williams n°2, son pilote ne peut s'en prendre qu'à lui-même. C'est à partir de cette fin de saison 1981 que se forge ainsi la réputation de l'équipe de Frank Williams. L'important est le succès de la marque, le triomphe personnel des pilotes compte peu.
Chez Talbot-Ligier-Matra, l'ambiance n'est pas non plus à la gaieté. Certes, après un début de saison médiocre, le fait de pouvoir jouer le titre lors de la dernière manche est miraculeux. Mais si Laffite s'était bien qualifié, nul doute qu'il se serait installé solidement sur le podium, voire aurait pu concurrencer Jones et ainsi inscrire les points lui permettant de devenir le premier champion du monde français de l'histoire.
Enfin l'autre homme heureux du jour est Bruno Giacomelli, qui monte sur son premier podium après une course mouvementée.
Tony