François CEVERT
 F.CEVERT
Tyrrell Ford Cosworth
Emerson FITTIPALDI
 E.FITTIPALDI
Lotus Ford Cosworth
Jackie STEWART
 J.STEWART
Tyrrell Ford Cosworth

221st Grand Prix

X Gran Premio de la Republica Argentina
Sunny
28 january 1973 - Buenos Aires
96 laps x 3.345 km - 321.120 km
F1

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Driver
Constructor
  • 48th win for Lotus
  • 11th and last pole position for BRM
  • 20th podium for Tyrrell
Engine
Regazzoni est en pole pour la première épreuve de la saison.

Le championnat du monde 1973 s'annonce à bien des égards comme le deuxième acte de la saison 1972. Les deux principales forces en présence sont de nouveau Tyrrell et Lotus-Ford-Cosworth.

 

Ken Tyrrell peut nourrir de grandes ambitions. Tout d'abord parce que son équipe est désormais installée dans de nouveaux locaux modernes à Ockham dans le Surrey. Ensuite parce qu'il peut toujours compter sur son excellent duo de pilotes composé de Jackie Stewart et François Cevert. Enfin Derek Gardner a travaillé sur des évolutions de la 005 et de la 006, notamment une 006/2 à structure déformable. Toutefois celle-ci ne sera présentée qu'au GP d'Espagne et en attendant il faudra courir avec les voitures de la saison précédente.

 

Lotus a remporté les titres pilotes et constructeurs en 1972. L'équipe de Colin Chapman a conservé son champion Emerson Fittipaldi et surtout a recruté le brillant Suédois Ronnie Peterson, vice-champion en 1971. Elle utilise toujours la 72 qui a fait tant de merveilles l'année précédente. Le seul changement vient des pneumatiques: Lotus utilise désormais des Goodyear et non plus des Firestone. Le manufacturier américain a en effet annoncé son retrait fin 1972, avant de décider finalement de poursuivre une saison de plus. D'où un bel imbroglio et la perte de ses principaux clients.

 

McLaren n'a pas changé ses pilotes qui sont toujours Peter Revson et Denny Hulme. Gordon Coppuck prépare une M23 qui n'apparaitra qu'en Europe et les M19 reprennent du service pour la tournée sud-américaine.

 

Chez Brabham Bernie Ecclestone a effectué de grands changements en plaçant Gordon Murray à la tête du département technique. Celui-ci a conçu une BT42 à structure pyramidale qui n'apparaitra elle aussi qu'en Europe. Graham Hill est parti fonder sa propre écurie, ce qui permet à Carlos Reutemann d'être promu premier pilote. Il est épaulé par Wilson Fittipaldi et Andrea de Adamich qui pilotera plus tard dans l'année une troisième voiture sponsorisée par Ceramica Pagnossin.

 

La Scuderia Ferrari est quant à elle en crise. Les relations entre FIAT et Enzo Ferrari se détériorent, le climat socio-économique italien est mauvais, les grèves se succèdent, et l'équipe technique est déstabilisée par la mise à l'écart de Mauro Forghieri. Le nouveau directeur sportif Sandro Colombo a lancé la conception d'une nouvelle voiture tandis que les 312B2 vont achever leurs carrières. Jacky Ickx est toujours de l'aventure mais son seul équipier est Arturo Merzario, Clay Regazzoni n'ayant pu être conservé. Quant à Mario Andretti, il ne courra qu'aux États-Unis en 1973. Comme Lotus, Ferrari a abandonné Firestone pour Goodyear.

 

Chez BRM les ambitions sont modestes. Mike Pilbeam s'est rabattu sur la vieille P160 qu'il a retravaillée tandis qu'une nouvelle version du moteur est annoncée. Jean-Pierre Beltoise est premier pilote aux côtés de Clay Regazzoni qui a refusé une offre d'Ecclestone pour rejoindre Brabham. Quant au troisième larron, c'est le pilote payant Niki Lauda... « Payant » est un bien grand mot puisque le jeune Autrichien a fait croire à Louis Stanley qu'il avait le soutien d'un sponsor... imaginaire.

 

Les autres équipes forment la piétaille. Matra a quitté la Formule 1 pour se concentrer sur l'endurance. Surtees présente sa nouvelle voiture confiée à Mike Hailwood et Carlos Pace, révélation de la saison 1972. Frank Williams s'est associé avec Renzo Rivolta et le grand cigarettier Philip Morris pour construire une « Iso-Marlboro » dont les modèles sont confiés à Howden Ganley et Nanni Galli. March est en proie à de graves soucis financiers et n'engage que deux voitures: une officielle pour le Français Jean-Pierre Jarier et une privée pour Mike Beuttler. L'équipe américaine Shadow doit faire son apparition au Brésil et on attend une Ensign pour le Grand Prix d'Espagne. L'avenir de la petite équipe Tecno est flou bien que Chris ait été recruté comme pilote.

 

Enfin les équipes se sont récemment alliées au sein de la Formula One Constructors Association (FOCA) qui sera chargée de défendre leurs intérêts.

 

La saison s'ouvre par le Grand Prix d'Argentine. Celui-ci a toutefois failli ne pas avoir lieu à cause des graves remous politiques qui frappent le pays. La sécurité est renforcée à Buenos Aires car les autorités craignent les risques d'enlèvement contre certains pilotes vedettes. Par conséquent le nombre de participants est réduit à 19. Seules les équipes Lotus, Tyrrell, Brabham, Ferrari, McLaren, March, Surtees, BRM et Williams font le déplacement.

 

Les qualifications

Tout le week-end se déroule sous une chaleur étouffante. Les essais voient une grande surprise avec la pole position de Regazzoni pour sa première course sur BRM. Le Suisse devance Fittipaldi de trois dixièmes de seconde. Ickx obtient une belle troisième place et précède Stewart. Peterson a souffert de problèmes de boîte de vitesses mais obtient tout de même la cinquième place devant Cevert. Beltoise est septième devant Hulme, Reutemann, Hailwood et Revson.

 

Le Grand Prix

Malgré la fournaise, le public est venu en masse pour soutenir son héros Carlos Reutemann. Juan-Manuel Fangio est dans le paddock à la rencontre des pilotes.

 

Au départ, Fittipaldi et Cevert prennent de superbes envols et se retrouvent devant Regazzoni. Mais le Suisse parvient à remonter, fond sur Cevert et le double à l'intérieur au premier freinage. Stewart a mal démarré et se retrouve dans le peloton.

A l'issue du premier tour Regazzoni mène devant Cevert, Fittipaldi, Peterson, Beltoise, Ickx, Stewart, Reutemann et Revson. Galli est déjà obligé de mettre pied à terre suite à un souci avec la courroie de la pompe à eau

 

Au cours des premières boucles, les premiers sont proches les uns des autres mais aucun ne semble en mesure d'attaquer ses concurrents. Regazzoni contrôle l'épreuve avec une demi-seconde d'avance sur Cevert, lequel contient les Lotus de Fittipaldi et Peterson, la BRM de Beltoise et la Ferrari de Ickx. Stewart remonte peu à peu vers le haut du plateau. Au troisième tour il prend la septième place à Hulme. Puis au septième passage il se débarrasse de Ickx.

Au dixième tour, les deux Surtees se retirent coup sur coup: Hailwood sur un problème de cardan, Pace suite à l'affaissement d'une suspension dû aux vibrations engendrées par les pneus Firestone. Au treizième tour, Stewart double Beltoise.

 

Puis le Grand Prix sombre dans la monotonie. Les six premiers roulent en peloton: Regazzoni devant Cevert, Fittipaldi, Peterson, Stewart et Beltoise. Plus loin les McLaren sont en lutte et Revson prend la huitième place à Hulme. Au 17ème tour, coup de semonce pour le public: Carlos Reutemann est au ralenti, ne pouvant plus sélectionner ses vitesses. C'est l'abandon pour « Lole ».

 

Passé le vingtième tour, Regazzoni commence à être en difficulté car ses pneumatiques se détériorent. Les Firestone semblent moins endurants que les Goodyear utilisés par tous ses rivaux. Dans le même temps Stewart se rapproche du commandement en doublant Peterson lors de la vingt-quatrième boucle.

 

Finalement, au vingt-neuvième tour Cevert trouve enfin l'ouverture sur Regazzoni et s'empare du commandement. Dans le même temps, Stewart est sur les talons de Fittipaldi et le double au passage suivant.

Tandis que Cevert s'installe en tête, Regazzoni perd pied: entre le 32ème et le 34ème tour, il se fait successivement passer par Stewart, Fittipaldi et Peterson. Voici les deux Tyrrell installées en tête de la course, mais les Lotus ne lâchent pas prise.

 

Après 40 tours, Cevert mène avec environ deux secondes d'avance sur Stewart, lequel ne possède qu'une seconde d'avance sur Fittipaldi. Peterson est quelque peu décroché. Il précède Regazzoni, Beltoise, Ickx, Revson, Hulme et Wilson Fittipaldi. Ickx commence à rattraper les deux BRM.

 

Après le 45ème tour, Fittipaldi se fait pressant derrière Stewart. L'Écossais n'est visiblement pas très satisfait de sa voiture. Fittipaldi demande à passer par signes, mais Stewart fait celui qui ne voit rien. Au quarante-septième passage, Ickx double Beltoise, puis Regazzoni au tour suivant. Ensuite c'est au tour de Revson de doubler Beltoise. Les pneus des BRM ne résistent pas et leurs pilotes doivent lever le pied. Au 50ème tour, Revson prend la sixième place à Regazzoni.

 

Fittipaldi ne va pas cesser de se morfondre derrière Stewart, tandis que Cevert conserve le commandement avec une poignée de secondes d'avance sur son équipier. Ne pouvant espérer l'emporter, Stewart protège son lieutenant habituel. Fittipaldi tente souvent sa chance à l'épingle serrée d'Entrado a Mixtos, sans succès. Sa Lotus devient plus difficile à conduire et souffre de sous-virage. Pendant ce temps-là, Regazzoni dégringole dans le peloton et finit par s'arrêter aux stands pour changer de pneus.

 

Au 65ème tour le classement est le suivant: Cevert mène devant Stewart, attaqué par Fittipaldi. A bonne distance de son équipier se trouve Peterson. Ickx est cinquième devant Revson, Hulme, Beltoise, W. Fittipaldi et Lauda. Au 68ème tour, Peterson doit renoncer suite à une fuite d'huile sur sa Lotus. Cela permet à Hulme de grimper dans les points. Lauda abandonne peu après, à cause d'un problème de pression d'huile.

 

Fittipaldi commence à trouver le temps long derrière Stewart. Ce n'est qu'au 76ème tour qu'il parvient à dépasser le pilote Tyrrell à Entrado a Mixtos, non sans résistance de la part de l'Écossais. Dès lors il se lance dans une remontée vers Cevert et signe le meilleur tour au 79ème passage: 1'11''22'''. Stewart lâche prise de son côté. Pendant ce temps-là, Regazzoni remonte grâce à ses pneus neufs tandis que Beltoise abandonne suite à une panne de moteur au quatre-vingtième tour. La BRM répand de l'huile dans la partie tortueuse du circuit, ce qui contraint les pilotes à la prudence. Puis c'est Jarier qui renonce à cause d'un radiateur percé. Le jeune Français occupait la douzième place.

 

Fittipaldi n'a pas tardé à revenir derrière Cevert mais celui-ci se révèle aussi coriace que son équipier. Cevert résiste tant bien que mal, mais finalement au 86ème tour, Fittipaldi l'attaque à l'épingle Horquilla. Il se jette à l'intérieur et Cevert tente de se rabattre, mais il doit céder au Brésilien. Dès lors Fittipaldi n'a plus de rival dans la course à la victoire. Le dernier incident concerne Revson, contraint à un passage aux stands de dernière minute qui le prive d'une place dans les points au profit de W. Fittipaldi. Bon dernier après le retrait de Jarier, Beuttler abandonne dans les derniers kilomètres suite à une panne de suspension.

 

Emerson Fittipaldi remporte se septième victoire en F1 et ouvre ainsi la saison en fanfare, bien décidé à conserver sa couronne mondiale. Cevert termine deuxième et Stewart troisième. Ickx est quatrième après une course solide. Hulme est cinquième et précède Wilson Fittipaldi qui inscrit son premier point en Formule 1. Après une assez belle remontée, Regazzoni finit septième. Revson et Merzario sont les autres pilotes à voir l'arrivée, tandis que Ganley finit non-classé après avoir été immobilisé une demi-heure aux stands.

 

Après la course

Si la saison ne fait que commencer et que tout le plateau n'était pas présent, l'enseignement de cette première course argentine est très clair: les Tyrrell et les Lotus sont nettement au-dessus du lot, et ni les Ferrari, ni les Brabham, ni les BRM, ni les McLaren ne semblent en mesure de se mêler à la lutte pour la victoire.

Tony